Moché et la faute des explorateurs selon Abravanel
Pourquoi Moché n'entre pas en Erets Israël : l'exégèse d'Abravanel sur l'envoi des explorateurs.
Rav Élie Kling
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Ce n'est pas du tout ce que j'avais prévu au départ, mais pendant Chabbat, j'ai lu un commentaire d'Abravanel que je connaissais, sans l'avoir jamais réellement lu. C'est un commentaire qui m'a fait beaucoup réfléchir, et je me suis dit qu'on allait partager ça.
[Brève mise au point technique sur le son.] — Je me rapproche, mais je ne sais pas si c'est ça le problème. Ça va mieux ? Ça va mieux ou pas ? — C'est mieux, c'est mieux.
Ok, très bien. Donc, le contexte d'abord: c'est la fameuse paracha des explorateurs. Comme vous le savez, cette paracha est enseignée à deux reprises dans la Torah. Une fois en direct, dans la paracha de Chelah Lekha, dans le livre de Bamidbar. Et une fois en différé, c'est ce qu'on a lu hier, dans la paracha de Devarim, où Moshé, trente-huit ans après les faits, rappelle ce qui s'est passé, mais à sa façon.
La vérité, quand on compare les deux récits qui sont censés raconter la même chose, on s'aperçoit qu'il y a de grandes différences. Il y a des éléments qui se trouvent dans Bamidbar et pas dans Devarim, ce qui est assez normal: au bout de trente-huit ans, Moshé ne raconte pas tout, il fait un discours. Si vous comptez les versets, vous verrez qu'environ un tiers des versets de la paracha de Devarim est consacré aux explorateurs, par rapport à toute la paracha. C'est évidemment beaucoup plus rapide, beaucoup plus court, et il y a des détails qu'on ne donne pas. Par exemple, la liste des noms des explorateurs n'apparaît pas dans Devarim, alors qu'elle apparaît dans Chelah Lekha.
Mais ce n'est pas seulement qu'il y a des choses dans Bamidbar qui ne se trouvent pas dans Devarim. Il y a aussi des choses dans Devarim qui ne se trouvent pas dans Bamidbar, et c'est plus curieux. Comme on vient de le dire, c'est un récit condensé, on devrait donc y trouver moins de choses, et pourtant il y a des détails importants qu'on apprend dans Devarim et qu'on ne connaissait pas dans Bamidbar. Et ce qui est un peu plus compliqué, et un peu plus dérangeant, c'est que parfois on a l'impression d'avoir affaire à des contradictions.
Nous avons trois quarts d'heure devant nous, donc je ne vais pas faire un grand exposé ni une étude comparative complète des deux textes. Je voudrais me concentrer sur deux points précis, qui sont les différences entre ce qui est raconté dans Bamidbar et ce qui est raconté trente-huit ans plus tard, dans Devarim.
Dans Bamidbar, dans la paracha de Chelah Lekha, la question est de savoir qui prend l'initiative d'envoyer les explorateurs. Quand on lit ce qui se passe dans Bamidbar, la chose semble claire. C'est d'ailleurs pour cela que la paracha s'appelle Chelah Lekha, qui est un impératif: Chelah lekha, ça veut dire « envoie-toi ».
On voit les explorateurs. Et d'où vient cette initiative ? De Dieu lui-même. Le premier verset de la paracha dit: Vayedaber Hachem el Moshé lémor — Dieu parle à Moshé et lui dit: envoie des hommes. Mais il ne se contente pas d'envoyer des hommes, il précise le but de cette mission: Tour. Rappelez-vous bien de l'expression utilisée: Tour. Ça, c'est dans Devarim, aussi. Moi, je parle de Chelah Lekha, Yochan. Alors là, ça dit tout. Exactement: Chelah lekha anachim, « envoie des hommes ». On voit donc des gens, Tour Eretz Kena'an, afin qu'ils visitent. Je traduis « visiter », mais c'est plus qu'une visite ordinaire, c'est une visite avec un sens: latour et Eretz Kena'an asher ani noten livné Israël, pour voir la terre de Canaan que je donne aux enfants d'Israël.
Du mot latour, on a fait aujourd'hui le mot tayar, qui veut dire « touriste ». Tour et « touriste » viennent de la même racine. Dieu demande donc de chercher des gens pour faire ce tourisme, latour. Ish echad, ish echad, émtei avotav tichlechou, un homme par tribu, chacun des chefs de leur tribu, vous les enverrez. Mais pas n'importe qui: il prend des représentants parmi les plus élevés des différentes tribus. Il en faut douze. Vayichla'h otam Moshé midbar Paran al pi Hachem, et c'est au nom de Dieu que Moshé choisit les douze personnes. Kulam anachim, roshei bné Israël hèmmah, tous sont des grands responsables du peuple d'Israël. Voilà ce qui est dit dans Bamidbar, dans la paracha de Chelah Lekha, au moment où les choses se passent.
Et trente-huit ans après, au moment où Moshé fait le point et raconte à nouveau l'histoire, les choses sont complètement différentes. Là, le texte nous dit: Vatikrevoun élai koulchem, vous vous êtes tous approchés de moi, et vous m'avez dit: Nishlecha anashim, veyachperu lanu et ha'aretz, envoyons des hommes devant nous, qu'ils explorent pour nous le pays. Le terme utilisé ici n'est pas latour, mais vayachperu, de la racine ḥ-p-r, qui explore. Aujourd'hui, on a fait de cette racine le mot haphirah, qui veut dire « fouilles archéologiques ». Vayachperu et ha'aretz, ils explorent le pays. Et ils ont ramené des fruits, et ils ont dit: Tov ha'aretz asher Hachem Elokéinu noten lanu, le pays est bon que Hachem notre Dieu nous donne.
Dans Devarim, c'est Moshé qui raconte. Et moi, dit Moshé, j'ai trouvé que c'était une bonne idée, finalement. Vayitav davari be'énai, et j'ai pris douze hommes, un par tribu. Et c'est là qu'il faut remarquer une chose: il n'est pas écrit, dans Devarim, que les personnes en question devaient être des gens formidables. Il est simplement écrit qu'il faut prendre douze personnes, une par tribu.
La première différence, qui est essentielle, c'est: qui prend l'initiative de cette affaire ? Est-ce Dieu lui-même, comme c'est écrit dans Bamidbar, ou est-ce le peuple, comme c'est écrit dans Devarim ? Il y a un autre point sur lequel je voudrais m'arrêter aujourd'hui, et il est très étonnant.
Une fois que Moshé a raconté son histoire, il nous explique quelle est la conséquence dramatique: à cause de cela, vous allez être obligés de tourner pendant quarante ans dans le désert. Là-dessus, si Yohanan peut nous donner les versets, ce serait bien: dans le chapitre 1 de Devarim, versets 35, 36, 37. On ne sait pas exactement lesquels… Je n'ai que ceux-là pour l'instant. Dès que j'ai les textes, je les vous donne. [Passage inaudible, hésitations sur les références.]
Donc on parle ici de la gzéra, c'est-à-dire du décret divin, suite à la faute des explorateurs. Et Moshé dit: si c'est comme ça, hichba'a Hachem, ha-Kadosh Baroukh Hou, Hachem a juré, il a pris une décision irrévocable. Deux fois: Im yir'eh ha'ish ha'éleh … ha'dor hara, aucun de ceux de cette génération, cette génération mauvaise, ne verra la bonne terre asher nichba'ti latet la'avoteichem, qu'il a promis de donner à vos pères. Aucun de ceux qui sont sortis d'Égypte ne pourra y entrer.
Écoutez bien: Zulat Caleb ben Yefouné, à part Caleb fils de Yefouné. Oui, il y en a un qui est épargné: Caleb. Vous vous rappelez, c'est l'un …
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