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Avraham le pompier et le château en flammes

Le midrach de Rabbi Yitzhak : pourquoi Avraham a été choisi, parce qu'il a posé la bonne question.

1 h 16

Rav Élie Kling

Ensuite : Moché et la faute des explorateurs selon Abravanel, 46 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

— Bonsoir tout le monde, on est très contents de se retrouver avec le Rav Élie Kling. Ça fait déjà, je crois, trois semaines, avec les vacances et les fêtes. On se retrouve et on va parler d'Avram. Ça y est, on a passé la préhistoire avec Béréchit, Noa'h, et on va entamer Lekh Lekha et Vayéra, les deux paracha qui vont mettre le focus sur Avram, le premier des patriarches. Tu veux nous dire qu'Avram, c'est un pompier. C'est bizarre, mais on est impatients d'entendre de quoi tu veux nous parler. Be'chavad, Rav Kling.

Rav Élie Kling: Oui, parce qu'il y a un midrach assez connu qui parle, en effet, de l'incendie auquel Abraham a assisté et de la réaction des pompiers par rapport à cet incendie. Le midrach n'est pas très clair, en fait, comme on va le voir tout de suite. Il se trouve dans Béréchit Rabba, le fameux midrach sur Béréchit.

Mais ce midrach s'occupe davantage du côté Haggada, c'est-à-dire de la partie narrative, et non de la halakha. Vous savez qu'il existe deux sortes de midrachim: les midrachim de halakha et ceux de Haggada. Dans Béréchit, il n'y a pas tellement de halakha, il n'y a pas tellement de côté juridique. Les midrachim sur ce livre sont donc essentiellement des midrachim de Haggada. Le plus connu d'entre eux est Béréchit Rabba, qui lui-même est divisé en dix livres: cinq midrachim pour les cinq livres de la Torah, et cinq midrachim pour les cinq Megillot.

Donc Ruth Rabba, Chir HaChirim, etc. Dans Béréchit Rabba, c'est la première référence que je t'ai envoyée, Yoann. Voilà exactement: le midrach commence ainsi. Lekh lekha hamer tsecha Rabbi Yitzhak patah. D'abord, Rabbi Yitzhak patah, on fait ici une référence qu'on a déjà vue, il me semble, à plusieurs reprises. Le midrach a une technique pour tenir les gens en éveil.

Ces drachot se prononçaient comme aujourd'hui, c'est-à-dire lors des grandes occasions, quand on se retrouvait tous au Beit HaKnesset, et d'abord, en général et avant tout, le Chabbat. On lisait la paracha de la semaine, puis on demandait à un des rabbins présents de faire une petite dracha sur ce qui venait d'être lu. Or les gens n'étaient pas venus pour écouter le rabbin; ils étaient venus pour prier, parfois pour discuter avec leurs amis, mais pas pour entendre une dracha. Ils étaient pressés de rentrer à la maison pour le couscous, la nafina ou autre chose.

Les darshanim, ceux qui faisaient ces fameuses drachot, avaient donc toutes sortes de techniques pour capter l'attention d'un public qui n'était pas acquis à l'avance. L'une de ces techniques s'appelait la péticha.

Qu'est-ce que la péticha ? C'est commencer le commentaire d'un passage de la Torah par un verset qui n'est pas tiré de la paracha de la semaine. Il s'agit en général d'un verset des Ketouvim, mais pas uniquement; ça peut être d'autres versets.

Les gens qui s'attendaient à entendre le rabbin parler de la paracha de la semaine étaient très curieux de savoir comment il allait revenir à son sujet, comment il allait passer de ce verset à la paracha. Dans le langage du midrach, on appelle cela une péticha, une ouverture. C'était un moyen pédagogique et didactique pour capter l'attention. Et donc Rabbi Yitzhak fait la péticha suivante:

Chim'i bat ur'i ve'hati ozneh ve'chikhi amekh ve'bet avikh. C'est donc un verset de Téhilim. Et on est en pleine paracha de Lekh Lekha, comme l'indique le titre de ce midrach. Tout d'un coup, au lieu de parler de Lekh Lekha, Rabbi Yitzhak prend un verset de Téhilim. La vérité, c'est que le suspense n'est pas très grand, puisqu'il s'agit d'un passage du chapitre 45 de Téhilim, dans lequel nous voyons un David ameler, l'auteur des Téhilim, qui se met à la place d'une jeune fille, en fait une princesse, à laquelle le roi, son père, a décidé de donner un époux.

Le problème, c'est que cet époux n'est pas du tout l'homme de son cœur, ce n'est pas quelqu'un qu'elle côtoie et qu'elle connaît: c'est le roi d'un pays voisin. Vous le savez, à l'époque, c'était assez courant, et jusqu'à il n'y a pas très longtemps, chez les têtes couronnées, de faire des alliances qui servaient en fait les intérêts politiques des royaumes. Pour sceller une alliance entre deux royaumes et éviter qu'une guerre n'éclate un jour, on liait les familles. Telle princesse épousait tel prince du pays voisin, etc. Cela ne servait pas toujours, bien sûr, et souvent les guerres éclataient quand même. Mais c'était une forme de dire: on n'est pas ennemis, au contraire, nous sommes des États qui se respectent l'un l'autre et qui sont même unis par les liens du mariage.

Or, et c'est assez moderne quand on y pense, David, lorsqu'il écrit son texte, se met à la place de la jeune fille. Elle sait qu'elle va épouser quelqu'un qu'elle ne connaît pas, qu'elle n'a jamais vu, et que ce mariage n'est pas un mariage d'amour mais un mariage politique. Il lui donne donc des conseils. Je dis que c'est moderne parce qu'à l'époque, je ne sais pas s'il y avait beaucoup de personnes qui s'intéressaient à savoir comment la jeune fille réagissait, quel était son état d'esprit, etc. En tout cas, voici ce qu'il lui dit: Chim'i bat ur'i, écoute, constate et regarde; ve'hati ozneh, tends l'oreille; ve'chikhi amekh ve'bet avikh, oublie ton peuple et la maison de ton père.

Il est évident que cette jeune fille va quitter sa famille, quitter le royaume dans lequel elle a vécu, donc toutes ses références, tous les gens de la cour qu'elle côtoie régulièrement. Elle va vivre un déracinement, en allant vers quelqu'un qu'elle ne connaît pas, dans un autre pays, sans doute avec une autre langue. Et David lui dit: écoute, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Fais avec. Ça ne sert à rien de pleurer dans ton coin maintenant. Ça ne sert à rien d'essayer de remédier à la situation. De toute façon, tu n'as pas le choix. Et comme tu n'as pas le choix, essaie de voir les bons côtés des choses.

Si vous regardez la fin du verset, il faut sauter quelques lignes de ce midrach. Sautez la ligne numéro deux, trois, quatre, cinq, et allez à la sixième: Ve'yitav ha-melekh yifyar. C'est deux lignes avant la fin. Ce ve'yitav ha-melekh yifyar n'est que la suite du verset commencé au début du midrach. C'est la suite du conseil que David donne à la jeune fille. Le roi va évidemment avoir envie de te rendre belle. Vous savez qu'on peut voir ensuite la photo dans... je ne sais pas comment s'appellent de

nos jours ces fameux magazines, vous voyez de quoi je parle, tête couronnée, gala, je ne sais pas quoi. Si tu veux avoir ta photo en première page, le roi qui va t'épouser, que tu ne connais pas, eh bien, vois les choses du bon côté. Il va certainement faire tout pour que tu apparaisses sous ton plus beau jour, parce que cela l'arrange aussi. Il ne va pas sortir avec une laide, il ne …

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Ce cours fait aussi partie de la série « Toutes les vidéos, Rav Élie Kling ».

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