Le rire dans la Torah : briser l'attente sans briser le sens
Abraham qui rit de la promesse d'Isaac : le rire comme rupture de la loi naturelle, et ses limites.
Orot veKelim
Ensuite : Pourquoi la Massekhet Avot se trouve dans Nezikin, 1 h 02
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Et bien, aujourd'hui, un peu comme ça jusqu'à la fin de l'année, on va faire des cours qui sont des sujets de un cours, peut-être un ou deux cours à chaque fois. Et donc là, aujourd'hui, c'est vraiment un one-shot, ça va vous durer juste aujourd'hui. Et le sujet, c'est l'humour dans la Torah. Qu'est-ce que la Torah pense des blagues ?
Bien sûr, en un cours, c'est compliqué de couvrir tout le sujet, mais on va voir plusieurs sources, et ça va nous donner une direction pour appréhender la position de la Torah face à l'humour. Déjà, pour recentrer un peu le sujet, on ne part pas, bien sûr, de l'humour qui est lié à des interdits, comme par exemple la moquerie, ou l'humour vulgaire, parce que tout ça, en fait, on sait déjà ce que la Torah en pense, vu que c'est lié à des interdits. On sait qu'on n'a pas le droit de se moquer, on sait qu'on n'a pas le droit de dire de vulgarité, et donc ça, en fait, c'est lié aux interdits du lachon hara, tout simplement.
Et donc, même si c'est par l'intermédiaire de blagues — par exemple, on se moque de quelqu'un et on fait ça de manière humoristique — ça reste quand même un interdit, donc on ne parle pas de ça. On parle vraiment de l'humour pour l'humour, c'est-à-dire vraiment des blagues, etc. Qu'est-ce que la Torah a à dire par rapport à ça ? Et donc, pour le savoir, il faut déjà qu'on définisse: qu'est-ce que c'est que le rire ? Qu'est-ce qui provoque le rire ? Quel est ce mécanisme qu'on appelle le rire ?
En hébreu, on appelle ça tsa'hok. Et on a une clé d'étude très importante qui nous a été donnée par Rabbi Tsadok HaCohen, qui nous dit que lorsqu'on veut appréhender un concept dans la Torah, ça peut beaucoup aider de regarder où il est écrit pour la première fois dans la Torah écrite. Donc on prend le Choumach depuis Bereshit, et on essaie de voir où est marquée la racine du mot tsa'hok dans la Torah. Et là, on verra qu'à cette première occurrence, ce sera, on va dire, le contexte le plus parlant de ce concept.
Et donc, où est-ce qu'il est écrit pour la première fois le mot tsa'hok dans la Torah ? Eh bien, regardez: Sarah, Sarah, Yitzhak, Tsa'hok Asariel. Absolument. Mais le premier qui rigole, en vérité, c'est Abraham, parce que c'est le premier qui est au courant, tout simplement. Et donc, c'est marqué ici. Voilà.
La source numéro 1, en haut à droite: Vayomer Elohim el Avraham. On est vers la fin, en tout cas le début de la fin de la vie d'Abraham, et on lui annonce qu'on va changer le nom de sa femme.
Et donc, je vais bénir Sarah et je vais te donner d'elle un enfant. En fait, Dieu est en train d'annoncer à Abraham qu'il va avoir un enfant avec sa femme, Sarah, qu'il aime, qui est avec lui depuis une centaine d'années maintenant. Elle a déjà un bon 90 ans, lui il en a 99. Et Dieu lui annonce qu'il va avoir un enfant d'elle. Et donc là, c'est la réaction d'Abraham, qui est en fait la première occurrence du mot tsa'hok.
Donc, Abraham tombe sur sa face et il rit. C'est d'ailleurs ce qui va donner son nom à son fils, Yitzhak. Vayomer be-libo: il dit dans son cœur, havé yiwaled le-meah chana ve-Sarah tiwalèd le-tish'im chana... est-il possible qu'à 100 ans on ait un enfant, et que Sarah, qui a 99 ans, puisse enfanter ?
De là, on peut peut-être essayer de définir ce qui a provoqué le rire d'Abraham. Ce serait, en vérité, une brisure de la réalité telle qu'on l'attend. C'est-à-dire qu'on attend, selon les lois de la nature normale, selon ce à quoi on est habitué, selon ce à quoi on s'attend, qu'à un certain moment le fait de tomber enceinte devient impossible selon la nature. Donc, en fait, on ne s'attend pas à ce qu'un enfantement soit possible. Et là, Dieu nous dit: non, non, ne t'inquiète pas. Ce que tu pensais être impossible, ce cadre-là que tu t'étais fait dans ta tête, il peut être cassé, il peut être brisé, il peut sortir de ce à quoi tu t'attendais.
Donc on va dire que ça peut être une des définitions du rire selon la Torah, et c'est d'ailleurs dit en allusion dans le mot même: tsa'hok, ça peut se lire yatsa, c'est-à-dire sortir. C'est ce qui sort de la loi. Ce qui engendre le rire, c'est qu'on s'était mis une loi dans la tête, un cadre, ce à quoi on s'attend. Notre cerveau, en fonction des données, en fonction de ce qu'on a vu dans sa vie, commence à construire une certaine attente de ce qui va se passer. Et puis d'un coup, tac ! On casse complètement cette attente, et ça provoque le rire.
C'est un peu le principe de la personne qui glisse sur une peau de banane dans la rue. On se dit: une personne qui marche sur le trottoir, sans faire exprès, de manière inconsciente, on s'attend à ce qu'elle continue de marcher normalement. Et là, elle glisse. Ce n'est pas drôle, elle se fait mal, etc. Mais ça provoque une réaction comme ça, qui peut faire rire parce que c'est sorti de son contexte.
Et cela peut rejoindre la définition du rire selon le philosophe Bergson, qui dit que le rire, c'est de la mécanique plaquée sur du vivant. Qu'est-ce que ça veut dire ? Comment je comprends la mécanique ? Ça veut dire qu'on a des pensées qui sont des pensées mécaniques, qui marchent toutes seules. Sans faire exprès, notre cerveau établit un plan de ce qui est susceptible de se passer. C'est mécanique, et ça nous sert énormément. Si à chaque fois on devait tout remettre en question avant de sortir de chez nous — est-ce que la loi de la gravité va continuer d'être vraie ? est-ce que mon bus va vraiment arriver ? est-ce que le ciel ne va pas nous tomber sur la tête aujourd'hui ? — ce serait impossible. Donc on a des pensées mécaniques comme ça, et c'est très bien.
Et puis, il y a du vivant. Ça veut dire que le vivant n'est pas forcément toujours prévisible. Il lui arrive toutes sortes de situations qu'on n'avait pas prévues. Eh bien, lorsqu'on a ce vivant plaqué sur du mécanique, et qu'il ne colle pas à nos attentes, à ce qu'on avait prévu, ça peut provoquer le rire. Ça, on va dire, c'est la première définition qu'on a du rire selon la Torah.
Ensuite, on a plein de sources dans la Torah qui parlent du rire, et certaines en parlent de manière positive, d'autres de manière négative. Ce que je vous propose maintenant, c'est de lire plusieurs sources qui sont négatives par rapport au rire, puis plusieurs sources qui sont positives, juste les lire sans vraiment les expliquer, et ensuite de proposer ce qu'on appelle un relook, c'est-à-dire de faire une différenciation entre pourquoi …
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