Torah et travail : quelle place pour chacun
Le travail comme participation à l'œuvre de la création, et la question de l'équilibre entre étude et labeur.
Rav Élie Kling
Ensuite : Élie Valentin Genassia, parachutiste tombé le 7 octobre, 5 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Quelle société la Torah espère-t-elle ?
Quel genre de société la Torah espère-t-elle voir ? Chacun a un rôle à remplir. Évidemment, une fois que l'on a dit qu'il y a deux valeurs, la question est toujours de savoir laquelle des deux a la primauté, s'il y en a vraiment une qui a priorité sur l'autre. On est dans un monde où il y a l'âme, la Torah, et où il y a le corps, le travail. Dire qu'est-ce qui est plus important, c'est une erreur grave.
Travailler, finalement, c'est calquer notre attitude sur celle de Dieu. Et c'est l'acte religieux par excellence. Qu'est-ce qu'un acte religieux ? C'est faire ce que HaKadosh Baroukh Hou fait. C'est-à-dire que, de façon générale, l'homme doit acquérir la vertu de l'effort. L'idée du travail, c'est l'idée de la capacité de faire un effort, que tu es censé par l'acte du travail.
En faisant cela, tu participes à la création d'HaKadosh Baroukh Hou. Tu es le choutaf, tu es l'associé de Dieu dans l'œuvre de la création, tu fais un acte religieux par excellence, et c'est pour cela que tu ne peux pas en être dispensé. Ce qui dépend évidemment des uns et des autres, ce sont bien sûr les capacités des uns, les capacités des autres, la tendance que chacun a, la sensibilité de l'un ou de l'autre, mais il faut évidemment tâcher de partager son temps. Quand nous parlons du monde du travail, on parle d'un monde des adultes.
Mais, malheureusement, les choses ont été inversées. On a pensé que l'éducation était destinée à former les futurs travailleurs. Selon la Torah, ce n'est pas de l'éducation. Éduquer, c'est apprendre à connaître ton âme, à savoir à quel peuple tu appartiens, quelle est ton identité, quelles sont tes capacités. Il y a avant tout, dans la vie de l'homme, quelque chose de fondamental à mettre en place.
Je dirai ensuite quelques mots, et ensuite, questions et réponses. Si vous avez des questions, si vous avez des réponses, peut-être que vous avez des réponses et que nous, nous avons des questions. Tout peut se passer ce soir. Bravo. Alors pour vous dire la vérité, Shimshon nous a proposé de parler d'avodah et de Torah. Il aurait pu dire « on va parler de Torah et d'avodah », mais cela aurait fait trop slogan électoral, ou le parti politique, ou je ne sais quoi. Donc, avodah et Torah. Avodah. Moi, je n'aime pas l'avodah. Non, je veux dire, je parlais à un niveau politique uniquement, je ne parlais pas du concept lui-même.
Alors, le travail. On va peut-être faire d'abord un petit survol historique de la côte de popularité du mot travail et du concept du travail à travers les âges. Pas obligatoirement chez les juifs, d'ailleurs. Voilà, pendant très, très, très longtemps, le travail a eu très mauvaise presse. On n'aimait pas beaucoup cela. En 1893, comme ça, juste avant l'affaire Dreyfus, il y avait un grand dîner organisé par l'ensemble des étudiants, des représentants des étudiants en France, à Paris. Et l'invité d'honneur était Émile Zola, qui était à l'époque au faîte de sa gloire. Il avait déjà écrit tout ce qu'il avait à écrire. Il n'attendait plus que de rentrer à l'Académie française, ce qu'il n'a pas réussi à faire à cause de l'affaire Dreyfus juste après, mais cela, il ne le savait pas encore. Et il était invité à parler du travail.
On l'avait déjà prévenu que ce qu'il allait dire sur le travail allait ensuite être repris. Bon, à l'époque, il n'y avait pas tous les systèmes qu'on a aujourd'hui pour pouvoir faire un duplex et parler à des milliers de kilomètres de distance en direct, et tout ça. Mais le sujet devait être un débat entre lui et Tolstoï, qui se trouvait de l'autre côté de l'Europe, lui aussi au faîte de sa gloire. Il s'agissait de deux grandes personnalités du monde littéraire, également considérées comme deux grandes personnalités du monde de la philosophie et de la pensée. Et donc le thème était justement le travail.
Zola a dit que, pour lui, le travail était quelque chose de pratiquement sacré, que c'était la raison d'être même de l'existence humaine, que l'homme donnait un sens à sa vie dans la mesure où il travaillait. Vous savez que Zola écrit beaucoup sur le travail, enfin sur les gens qui travaillent, en tout cas. Ce n'était pas à l'Estam, parce qu'il voulait, comme ça, faire des études de société uniquement pour le plaisir d'en faire, et parce que les personnages qu'il avait dans la tête et sous les yeux étaient, pour lui, de grands personnages romanesques. Mais c'était aussi parce qu'il avait une sympathie réelle pour ce monde, ce monde ouvrier, ce monde du travail, du travail manuel en particulier.
Il a développé cela à la fin de sa vie. Il a raconté, c'était une très jolie conférence, paraît-il, je n'y étais pas, mais d'après ce qu'on dit, c'était une très jolie conférence, où l'on arrivait à la même conclusion à chaque fois: le travail, c'est vraiment ce qui donne la mashmaout, la raison d'être de l'existence. Sinon, à quoi sert de vivre, après tout ? Que représente la somme de toutes les années que vous et moi passons sur Terre, si ce n'est ce qu'on a réussi à produire finalement, ce qu'on a pu faire de nos mains ? C'est cela qui compte. Le reste ne sert pas à grand-chose.
Lorsque la conférence était terminée et qu'elle était passée de l'autre côté de l'Europe, Tolstoï, qui lit donc le texte, prend la parole pour dire exactement l'inverse. Il disait non seulement que le travail ne rend pas les êtres humains plus humains, mais que le travail, au contraire, ravale l'homme au rang de la fourmi. Il disait: le travail, c'est ce qui rend l'homme animal. Les animaux sont toujours en train de besogner quelque chose, et les êtres humains... peut-être y a-t-il une nécessité à travailler, mais de là à
en faire quelque chose d'idéal, la raison d'être de l'existence, ce qui donne un sens à la vie, non, bien sûr que non: le sens de la vie est à chercher ailleurs. Le travail est une nécessité, et en fait une nécessité qui est une véritable malédiction. Et dans la mesure où on peut s'en sortir de cette malédiction pour faire autre chose, pour s'adonner aux véritables tâches de l'esprit humain, c'est-à-dire contempler, réfléchir, penser, voir, réaliser un certain nombre de choses dans le domaine des arts, ah oui, cela,
c'est ce qui fait que l'homme est grand. Mais le travail... D'ailleurs, n'est-il pas écrit dans les textes sacrés de l'Occident tout entier ? Conclut Tolstoï: « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », et n'est-ce pas présenté depuis l'aube des temps comme une grande malédiction ?
Les écrivains de l'époque ont posé le problème: le travail est-il une malédiction, ou le travail est-il au contraire ce qui donne son sens à notre existence ? Et la vérité, c'est que, maintenant, avec du recul, quand on relit les deux textes, on se dit que le plus moderne des deux, c'était …
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