Messianisme et sionisme, où en sommes-nous ?
Le Rav Cherki distingue la Gueoula politique du mythe messianique et analyse la transformation de l'identité juive.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Les Béné Noa'h peuvent-ils habiter en Erets Israël ?, 54 min
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Bonsoir, Chag Sameah à tout le monde. C'est un bonheur pour nous de fêter les 25 ans de l'existence du CNEF, avec lequel j'ai l'honneur de collaborer depuis à peu près sa création, et que j'encourage de mes quelques paroles. Le sujet de notre étude ce soir, ce sera sionisme et messianisme: où en sommes-nous ? Pourquoi en parle-t-on à Hochaana Raba ? Pour une raison très simple: Hochaana Raba, c'est la soirée du roi David, étant le fondateur réel de l'État d'Israël, de l'époque biblique. La chose étatique est donc très importante pour nous, surtout qu'elle est liée au messianisme.
Alors il faut d'abord, pour comprendre de quoi nous parlons, peut-être remettre quelques points sur les « i », qui n'auraient jamais dû manquer. Rappelons des choses banales. Qu'est-ce que c'est que le messianisme du point de vue juif ?
C'est-à-dire que quand on parle de messianisme, ça évoque immédiatement en nous une quantité assez incroyable d'images d'épinal qui ont la vie dure. Et donc, bien que ce que je vais vous dire soit extrêmement banal pour ceux qui connaissent un peu les sources, on a quand même besoin de se rappeler ces choses-là. Le messianisme, d'un point de vue juif, est tout d'abord politique.
Notre ancêtre Abraham a été élu pour faire de la politique. Vous le voyez très bien dans le livre de Béréchit: à l'âge de 75 ans, il a une révélation, et Dieu lui dit: il faut que tu t'en ailles, parce que je dois t'envoyer dans un pays, et tu seras là-bas une grande nation. Une nation liée à un sol, ça veut dire un État.
Mais qu'est-ce qu'il faisait, Abraham, jusqu'à l'âge de 75 ans ? 75 ans, c'est quand même un âge respectable. Même à la très haute époque biblique, où les gens vivaient parfois plusieurs centaines d'années, 75 ans, on a quand même eu le temps de faire quelque chose. Vous avez les Midrachim, vous avez quelques allusions dans les textes. Abraham s'occupait de diffuser le monothéisme, c'est très bien. Il s'occupait de lutter contre le paganisme, les idoles, les sacrifices humains, tout ça. Il enseignait la morale. On peut dire qu'Abraham, jusqu'à l'âge de 75 ans, faisait de la religion. C'était très important pour lui, c'était un homme religieux.
Et pendant toutes les années où il enseigne, il explique à ses auditeurs qu'il y a un Dieu qui a créé le monde, et puis, dans le secret de son cœur, Abraham a une grande espérance: il espère que Dieu lui parlera un jour. À l'âge de 75 ans, enfin, ça se passe. Et qu'est-ce qu'il lui dit, le bon Dieu ? Il lui dit: tout ce que tu as fait, tu le laisses tomber. C'est un coup de tonnerre dans un jour clair. On lui dit: tu t'es occupé jusqu'à présent de religion, c'est très bien, mais maintenant, tu vas t'occuper de politique. C'est pour ça que le peuple juif a été élu.
Et on peut dire que c'est exactement l'inverse de ce qu'a enseigné un juif qui est né beaucoup plus tard, un juif, pour tout vous dire, qui n'était pas un bon juif, et qui a dit: rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Ce qui veut dire: les choses de l'État n'intéressent pas l'Éternel, donc vous allez laisser ça de l'autre côté. Dieu laisse les choses de l'État aux méchants, c'est-à-dire à César, tandis que Dieu s'occupe de religion, il s'intéresse à l'âme. Voilà, c'est à peu près ça qu'a enseigné Jésus.
Et on peut dire que, dans ce point de vue-là, Jésus voulait faire marche arrière dans l'histoire. Il se disait que l'expérience de sanctification du politique n'avait pas réussi. C'était ça son grand truc. Et c'est la raison pour laquelle les rabbins lui ont dit: c'est très intéressant ce que vous dites, monsieur, mais vous êtes en dehors du judaïsme, parce que nous n'avons pas perdu l'espoir de la réparation du monde. Or la réparation du monde se passe par l'utilisation des leviers les plus puissants de l'histoire humaine, c'est-à-dire le levier politique.
Revenons donc à notre idée centrale. Le messianisme est tout d'abord politique du point de vue du peuple d'Israël. Qu'en est-il alors de tous les messages des prophètes qui nous parlent d'une paix universelle, d'une manifestation de Dieu, de l'amour, de la fin de la disette, des maladies, que tout ça ira bien, que tout le monde y sera beau, idem que gentil ?
Tout cela est vrai, mais ça a un fondement. Le fondement est tout d'abord la libération d'Israël. Or la libération, la rédemption, c'est tout d'abord sortir de l'asservissement aux nations. Et là, pour que ce soit bien clair, je voudrais rappeler une chose bien connue: le terme de Gueoula, tel qu'il est employé dans la Torah, dans le Tanakh, dans la Bible, signifie toujours une libération juridique.
Il s'agit soit, s'il s'agit d'une nation, de l'émancipation politique, c'est-à-dire l'indépendance politique; soit, s'il s'agit par exemple d'un champ, d'un bien, de le libérer de la servitude à un autre maître, par exemple racheter une maison familiale ou racheter un champ qui appartenait à la famille et le ramener à son propriétaire originel. Ça s'appelle dans la Torah Gueoula.
Le terme de Gueoula, dans le sens de libération spirituelle, n'existe pas dans la Bible. Il faut bien se pénétrer de ça. Jamais nos ancêtres et nos maîtres ne nous ont parlé de Gueoula en tant qu'événement spirituel. Maintenant, il est évident qu'à la suite de cet événement politique, il y a énormément de transformations qui se font dans le monde, mais c'est à la suite de lui.
De ce point de vue-là, on peut comprendre que la Gueoula, la rédemption d'Israël, la libération d'Israël, n'est pas la fin de l'histoire. C'est le début de l'histoire. Tant qu'Israël n'est pas libéré, tant qu'Israël est asservi aux nations, l'histoire ne fonctionne pas comme elle devrait fonctionner. Ça va mal. Il y a un désordre spirituel, un désordre politique, un désordre économique. Ce désordre doit prendre fin. Il y a un moment où il faut remettre la rose en place.
Rabbi Nahman de Breslev dit que le monde fonctionne comme un grand trône de gloire qui est un peu en désordre. Vous connaissez cette histoire du fils du roi et du fils de la servante, qui ont été intervertis ? Oui, bien sûr. Je ne vais pas vous raconter toute l'histoire, vous la connaissez peut-être, mais à la fin de l'histoire racontée par Rabbi Nahman, le fils du roi, qui se prend pour un fils de servante, arrive au palais du roi, le palais de son père. Il voit que le palais est abandonné, qu'au milieu du palais il y a un trône, que le trône est entouré de ronces, qu'il y a des sentiers qui mènent au trône, mais que là-bas il y a des lions et des tigres, et qu'il y a également des falaises infranchissables pour arriver jusqu'au trône.
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