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La Torah du père et la Torah du maître

Pourquoi la vie précède l'étude, et comment la Torah des parents fonde celle des maîtres.

1 h 13

Rav Yoël Benharrouche

Ensuite : Torah et modernité : la liberté et la police dans l'État juif, 1 h 22

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

C'est en réalité l'essence même du judaïsme. Nous avons une Masseket, une Guemara, qui est en réalité une Michna avant d'être une Guemara. C'est la Michna qui s'appelle Massekhet Avot, le Maxime des Pères. Cette Michna est un petit peu différente de toutes les autres Michnayot, puisqu'elle nous enseigne un mode de vie, des mesures de vie, des attributs, des qualités humaines à développer.

Les sages, dans la Guemara de Baba Kama, nous disent que si cette Massekhet, de la même manière que d'une manière générale quand on parle de père, automatiquement on parle de descendance. Un père ne peut pas être père s'il n'a pas d'enfant. Donc quand on dit Massekhet Avot, dit la Guemara, nous apprenons que toutes les autres Guemarot sont en réalité les enfants, les descendants de cette Massekhet Avot.

Autrement dit, je résume: le Maxime des Pères, c'est une Michna. Et cette Michna, étant donné qu'elle est celle des pères, toutes les autres Michnayot sont en réalité celles des fils. Morale: celui qui n'a pas étudié cette Michna ne peut pas rentrer dans la Torah, parce qu'il s'occupe des fils en oubliant le père.

Et ça, c'est quelque chose de très grave dans le judaïsme: séparer un résultat de sa source. Remarquez qu'à chaque fois que nous mangeons un fruit, par exemple, qui vient de l'arbre, quelle est la bénédiction ? On ne dit pas « merci pour la pomme », on dit merci à l'Éternel d'avoir sorti cette pomme de l'arbre. Automatiquement, dans la bénédiction que je suis en train de réciter, je rappelle que cette pomme est une pomme qui vient de l'arbre. Il y a donc ici une éducation à ne jamais oublier d'où viennent les choses.

Quand je dis père, je vais expliquer un petit peu plus à quoi je veux en venir. Massekhet Avot, le Maxime des Pères: comme je l'ai dit tout à l'heure, c'est un recueil de toutes les pensées de nos sages concernant un mode de vie simple.

Ce n'est pas par hasard que nous étudions cette Michna avant la fête de Chavouot. Entre Pessa'h et Chavouot, nous avons cinquante jours pour l'étudier. Il y en a même qui la continuent tout l'été, jusqu'à Roch Hachana. Pourquoi ? Parce qu'on ne peut pas arriver à Chavouot, qui est le jour du don de la Torah, sans être passé auparavant par cette étape qui s'appelle le Maxime des Pères.

Autrement dit, je ne peux pas toucher la Torah si je n'ai pas d'abord une éthique de vie, si je n'ai pas une morale, si je n'ai pas construit quelque chose qui relève de la vie, et que je plonge directement dans ce qu'on appelle l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Je ne peux pas appréhender le bien et le mal sans avoir d'abord goûté à la vie. Et pour goûter à la vie, il faut d'abord goûter à la Torah des parents.

Là, je vais expliquer la différence entre la Torah des parents et la Torah des rabbins: Torat HaAv et Torat HaRav. Beaucoup d'entre nous pensent que la Torah, c'est un enseignement rabbinique. En réalité, l'enseignement rabbinique de la Torah est un deuxième degré. On est obligé de passer par un premier degré, qui est la Torah de nos pères.

La Torah de nos pères, c'est la Torah naturelle que je reçois dès ma naissance, et qui traverse mes gènes sans même que mon père ne me parle. Mon père et ma mère: « Écoute, mon enfant, la morale de ton père, et ne quitte jamais la Torah de ta mère. » Cela veut dire que la vie, tout simplement, précède la connaissance.

Aujourd'hui, nous sommes dans un monde qui inverse les processus. On a l'impression qu'on vit parce qu'on pense, comme a dit l'autre: « Je pense, donc je suis. » C'est faux. Je suis, donc je pense. Je ne peux pas penser sans être. La vie précède toute chose, c'est la nature de tout.

Je vais maintenant commencer à rentrer dans certains détails. J'espère que ces détails ne vont pas trop vous être lourds, mais on est obligé de donner des références pour renforcer ce qu'on vient de dire. Un exemple: dans la Guemara de Chabbat, à la page 23, il est écrit, concernant la fête de Hanouka, quelle est la bénédiction que nous prononçons lorsqu'on allume les lumières de Hanouka: Baroukh ata Hachem, Eloqeinou melekh haolam, asher kidechanou bemitsvotav, vetsivanou lehadlik ner shel Hanouka. Béni sois-tu, Éternel, qui nous as sanctifiés par tes commandements et qui nous as ordonné d'allumer la veilleuse de Hanouka.

La Guemara pose la question: quand je dis cette bénédiction, où est-ce qu'Il nous a ordonné cela ? La Torah, elle, pose la question: Hanouka n'existait pas au moment de la Torah. Alors qu'est-ce que tu me racontes ? Dieu est venu après Hanouka pour te dire d'allumer des veilleuses de Hanouka ? Ce n'est pas écrit dans la Torah. La fête de Hanouka n'est même pas mentionnée dans la Torah.

Et la Guemara, comme elle recherche la vérité, pose une vraie question: qu'est-ce que tu me racontes ? Tu dis « qui nous as sanctifiés par tes commandements et qui nous as ordonné »; où est-ce qu'Il nous a dit d'allumer ? La question de la Guemara est posée telle quelle. Et là, deux sages vont se prononcer pour nous expliquer où cela a été dit.

Le premier, Rabevia, dit: Lo tassourou, inversé dans Devarim, qui nous dit: ne changez pas, ne bougez pas, ni à droite ni à gauche, de tout ce que les sages vont vous dire. Puisque dans la Torah il y a un verset tel que celui-ci, les sages considèrent que tout ce que les sages vont dire, même si cela n'a pas été dit dans la Torah, c'est comme si c'est Dieu lui-même qui l'avait dit, puisque Dieu lui-même dit: ne bouge pas, ni à droite ni à gauche, de ce que les sages vont te dire. Normalement, ça suffit: j'ai une preuve, je peux fermer la Guemara.

Vient alors un deuxième sage, qui est sympathique, mais qui a une autre référence: tu sais pourquoi on dit qu'Il nous a sanctifiés de ces mitsvot ? Pas parce que les sages nous ont dit certaines choses et qu'il ne faut pas bouger à droite et à gauche. Rav Nehemia, c'est le deuxième sage, vient et cite un autre verset dans le même livre, un peu plus loin, au chapitre 32 de Devarim: « Demande à ton père. »

Alors on se pose la question: pourquoi ai-je besoin d'une deuxième référence, de demander à mon père, si la première me dit déjà ce que les sages te diront, ne bouge pas ni à droite ni à gauche ? Cela devrait me suffire. En réalité, les sages nous ramènent cette deuxième référence, « demande à ton père », parce que c'est là que se trouve la clé de l'étude que je propose de développer ce soir.

Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche

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