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Le Targoum de Yonatan et le deuil de Jérusalem

Le rabbin Élie Kling explique le passage du Talmud (Megilla) sur le deuil de Jérusalem et la traduction de Yonatan ben Ouziel.

55 min

Rav Élie Kling

Ensuite : Le psaume 107 et le retour des exilés, 11 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour à tous. Très heureux, et en même temps un peu ému, de participer à votre Yom HaTorah. Le calendrier juif nous place en ce moment dans une période propice pour parler de délivrance: nous sommes entre Pessa'h, la délivrance physique, la sortie d'Égypte, et Chavouot, qui est la délivrance spirituelle. Ce sont deux fêtes du calendrier, auxquelles se sont ajoutées des fêtes plus récentes: Yom HaTzmaout, qui vient juste après Pessa'h,

sans doute parce qu'elle est plus liée à la délivrance physique, et Yom Yerouchalaïm, qui vient une semaine avant Chavouot, parce que la libération de Jérusalem a sans doute une connotation un peu plus spirituelle. Je suppose que Celui qui organise tout cela d'en haut, le grand organisateur des choses, a fait en sorte que Yom HaTzmaout soit plus près de Pessa'h et Yom Yerouchalaïm plus près de Chavouot. En tout cas, cette période, malgré ce qui s'est passé avec les « elfes » de Rabbi Akiva, était au départ prévue pour être une période de joie, une période de délivrance, de Gueoula, entre la Gueoula physique et la Gueoula spirituelle. Elle est certainement en train de le redevenir aussi. Cela me donne l'occasion de parler un peu de tout cela, et pour ce faire, il y a un texte talmudique important.

Je vais vous le partager. Ceux qui pourront le suivre, suivez-le, c'est en hébreu, mais je suppose que tout le monde est capable de le faire. Vous voyez le texte ? J'espère que vous le voyez. Ce texte s'appelle Hamisped Birouchalaïm. C'est un texte talmudique tiré du traité Massekhet Meguilla, tout au début, et c'est un texte un peu mystérieux, il faut le dire. Il est resté mystérieux très longtemps, jusqu'en 1904, où l'on a eu une explication qui tient la route. Je vous lis d'abord le texte. Suivez avec moi: Amar Abirmiyya veïta Marabichya barava.

Qu'est-ce que nous dit Rav Yirmiya ? Il nous dit que celui qui a traduit la Torah, le Targoum shel Torah, c'est-à-dire les cinq livres de Moshé, Béréchit, Chemot, Vayikra, Bamidbar, Devarim, celui qui a traduit cela en araméen, s'appelait Onkelos. Tout le monde sait finalement qu'il s'appelle Onkelos, puisque dans n'importe quel Choumach normalement constitué, vous avez le texte de la Torah et, à côté, la traduction d'Onkelos.

Or, cette traduction a été authentifiée, puisque le texte nous raconte que Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua eux-mêmes, les grands Tanaïm, les élèves de Rabbi Yochanan ben Zakaï, c'est eux, Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua, qui ont donné en quelque sorte le sceau d'authenticité de cette traduction, et c'est sans doute la raison pour laquelle elle a le mérite de figurer dans notre Mikra. Donc c'est lui, c'est Onkelos. Évidemment, ce n'était pas un Juif d'origine, mais on l'entend à son nom: c'est un converti. C'est lui qui a traduit la Torah en araméen.

Et le texte continue: celui qui a traduit non pas les cinq livres de Moshé, mais le reste, c'est-à-dire les Nevi'im, on parle ici des Nevi'im Rishonim et des Nevi'im Aharonim, c'est-à-dire des livres de Yehochoua, Choftim, Chmouel, Melakhim, puis les Nevi'im Acharonim, comme vous le savez, les trois grands, Yeshayahou, Yirmiyahou, Yehezkel, et puis les douze petits. Celui qui a traduit les Nevi'im, c'est Yonatan ben Ouziel, lui aussi très connu. Yonatan, quand il a fait cette traduction, a été aidé par les trois derniers prophètes, les trois petits prophètes, Haggaï, Zacharie et Malachi: ils ont donc participé à la traduction de leurs propres écrits.

En effet, ce sont les trois derniers prophètes. Après la prophétie, cela s'est arrêté. Il y a encore eu, à l'époque des Tanaïm et des Amoraïm, ce qu'on appelle des bat-kol, nous en parlerons tout à l'heure: de temps en temps, vous êtes au Beit Hamikdach et vous entendez une voix céleste qui dit quelque chose, mais il n'y a plus cette prophétie qu'il y avait à l'époque de la prophétie, pour toutes sortes de raisons, qui ne sont pas le sujet du moment. Et voilà ce qui s'est passé.

Au moment où le pauvre Yonatan ben Ouziel achevait la traduction des Nevi'im, Mizdaazéa Erets Israël, arba meiot parsa al arba meiot parsa: la terre d'Israël, figurez-vous, s'est mise à trembler, sur quatre cents parsa par quatre cents parsa, c'est-à-dire quatre cents parsa au carré. Ce n'est pas rien.

La terre d'Israël s'est donc mise à trembler, et c'est apparemment la preuve d'un mécontentement du Patron. Dieu n'était pas complètement satisfait. On ne sait pas très bien si c'est le principe même de la traduction qui le dérange, ou bien cette traduction-là en particulier. On va essayer de le comprendre dans la suite. Yatsa bat kol min hachamayim: la fameuse bat-kol, cette voix divine, céleste, est sortie du ciel, elle est entrée dans le Beit Hamikdach, et elle a dit: Mi zé shégalá sitri livné Adam, « Qui est celui qui a dévoilé mes secrets aux hommes ? »

Autrement dit, apparemment, la traduction en elle-même est problématique: tu n'aurais pas dû traduire, tu as dévoilé des secrets, et il ne fallait pas le faire. C'est un peu bizarre, parce que Yonatan n'est pas accusé d'avoir inventé quoi que ce soit; il est accusé d'avoir dévoilé des secrets qui sont déjà contenus dans le texte. Cela signifie que si l'on parle des Nevi'im, celui qui est à l'origine des Nevi'im, c'est bien le message prophétique, qui a été énoncé par Dieu lui-même. S'il y a des secrets à l'intérieur de ces messages, et que Dieu ne voulait pas qu'on les connaisse, il ne fallait pas les dire, tout simplement. Et s'il les a dits, il devrait être content que quelqu'un les dévoile. On comprend donc mal pourquoi Dieu s'énerve: Yonatan aurait dévoilé des secrets qui se trouvent de toute façon dans le texte d'origine. C'est assez problématique.

D'autant plus qu'en général, les traductions appauvrissent davantage le texte qu'elles ne l'enrichissent. Comment dit-on en français ? Traduttore, traditore: toute traduction est une trahison. En particulier quand il s'agit du texte de la Lachon Hakodech, où chaque lettre a plusieurs sens, des formes particulières, des valeurs numériques particulières. Mais cette traduction-là, celle de Yonatan, a eu le mérite, si l'on peut dire, de faire trembler la terre d'Israël et de provoquer la colère d'Ili, qui est celui qui a dévoilé ses secrets aux hommes.

Yonatan ben Ouziel al raglav: Yonatan ne se dégonfle pas, il se met sur ses pieds, il se lève et il dit: Ani hou, « c'est moi ». Ché guiliti sitrakha livné Adam: c'est moi qui ai dévoilé tes secrets aux hommes. Galouï vé-iduï lefanékha: ils sont révélés et connus devant toi. Mais tu sais bien, shé lo likhvodi assiti: je ne l'ai pas fait pour ma gloire personnelle, je ne l'ai pas fait pour qu'on dise: tiens, Yonatan ben Ouziel est bilingue, pas du tout. Vé-lo likhvod beit avi: je ne l'ai pas fait pour l'honneur de la famille, pour qu'on dise que les Ben Ouziel sont des gens doués. Pas du tout.

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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