Roch Hachana, deux calendriers et deux histoires
Pourquoi l'année juive commence en Tichri alors que la Torah fixe Nisan comme premier mois, et ce que ce décalage dit de l'histoire.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La fête de Souccot et La dimension universelle du peuple Juif 🇮🇱, 52 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Roch Hachana, c'est, je crois, ça tombe quand ? Le premier ? Le premier Tichri, n'est-ce pas ? Le mois de Tichri, quel mois c'est dans l'année ? C'est le septième. Le septième mois de l'année. Le premier mois de l'année, selon la tradition juive, c'est Nissan. Et donc, le septième mois de l'année, c'est Tichri. Et c'est là que tombe la fête de Roch Hachana.
Il faut savoir, qu'est-ce que c'est, que veut dire le mot Roch Hachana ? Tête de l'année. C'est-à-dire que c'est là que commence l'année, et elle commence, ce qui a l'air paradoxal, elle commence lors du septième mois. D'accord ? Si vous avez regardé dans la Torah, nulle part il est dit que ce jour qui tombe le premier du septième mois, c'est Roch Hachana. Nulle part il est donc dit que c'est le début de l'année.
Ce qui pose, évidemment, un problème. Comment, d'où est-ce que les Hachamim m'ont tiré que c'était le début de l'année, alors que l'année commence, six mois auparavant, en Nissan ? Oui ?
— Simchat Torah, oui. Simchat Torah devrait être le début de l'année. Pourquoi ? Vas-y.
— Parce qu'on commence la Torah à Béréchit ?
Oui, le problème, c'est que l'usage de lire la Torah à partir de Béréchit après Simchat Torah est un usage tardif. Par exemple, en Erets Israël, dans l'Antiquité, on lisait la Torah en trois ans, pas en un an. Et donc ça ne tombait jamais à Simchat Torah. À Babylone, on lisait la Torah en un an. C'est l'usage qui aujourd'hui a prévalu chez les Juifs. Mais on lisait Béréchit, par exemple chez les Geonim, à Kippour. D'accord ? En tout cas, rien dans la Torah ne nous dit qu'il faudrait commencer la lecture de la Torah à ce moment-là. Donc ça pose effectivement un problème. Pourquoi est-ce qu'on fait commencer l'année…
Tout d'abord, je voudrais mettre en évidence ici un petit problème. Lors de la première apparition du peuple juif, enfin, du peuple hébraïque dans l'histoire, en tant que peuple, la première chose qui est faite, c'est une mitsva, n'est-ce pas ? Quelle est la mitsva qui est donnée au moment même de l'apparition d'Israël dans l'histoire ?
Eh bien, la première des mitsvot, n'est-ce pas ? Et c'est quoi, la première des mitsvot ? Hein ? Brit Mila, non, ce n'est pas la première. Pas du tout. D'abord, si je te renvoie à Avraham Avinou, Avraham Avinou est antérieur à l'apparition d'Israël dans l'histoire. Pessa'h, c'est la deuxième, effectivement. La deuxième mitsva qui est donnée aux Hébreux, juste au moment où ils commencent à apparaître dans l'histoire, c'est de préparer un Nanyo pour le sacrifice de Pessa'h. Ça, c'est la deuxième mitsva. On n'est pas loin, on se rapproche. La première, allez-y.
— J'ai une allusion. C'est en rapport avec le sujet dont vous avez parlé auparavant. C'est de fixer le jour de Rosh Hodesh. Vous connaissez les versets dans Chemot, chapitre 12. Vaidaber Hachem el Moshe …
Vel Aharon, et Dieu s'adressa à Moshe et à Aharon, be-érets Mitsrayim, dans le pays d'Égypte, en ces termes: Ha-hodech hazé lakhem, Roch Chodachim. Ce mois-ci, il s'agit du mois de Nissan, est pour vous le premier des mois. Rishon hou lakhem lé-chodchei hachana: il est le premier pour vous parmi les mois de l'année. Ce qui veut donc dire, soyons précis, que l'histoire d'Israël commence avec une réforme du calendrier.
La première chose qui s'est passée, on ne pouvait pas avancer sans passer par là, il fallait tout d'abord réformer le calendrier. Si la Torah juge nécessaire de nous dire qu'à partir de maintenant c'est Nissan le premier mois, ça veut donc dire qu'auparavant ce n'était pas Nissan le premier mois. Vous avez compris ? Est-ce que c'est clair ce que je dis là ? Bon, c'est ce que dit la Torah: c'est la première mitsva, c'est de fixer Nissan comme le premier des mois, et toutes les règles du calendrier qui en découlent.
C'est-à-dire qu'établir le calendrier hébraïque est une mitsva. C'est une mitsva pour le tribunal, pour le Sanhédrin. D'accord ? Mais c'est une mitsva quand même. Vous avez vu qu'il y a des mitsvot pour les Kohanim, des mitsvot pour les femmes, des mitsvot pour les rois, etc. Donc il y a une mitsva pour le Sanhédrin. C'est une mitsva collective, si on veut: établir le calendrier. Et donc, ça commençait par une réforme. Jusque-là, vous suivez ? J'ai compliqué les choses. Si ce n'est pas clair maintenant, il faut le dire tout de suite. Bon, tant pis pour vous.
Le problème, si c'est vrai ce que je dis là, c'est: quel était le premier mois avant ? C'est-à-dire, nos ancêtres, quand ils comptaient les années, ils les comptaient à partir de quel mois ?
— Apparemment, Tichri.
Non seulement c'est vrai, mais en plus de ça, je te demande d'où tu as tiré ça ? Qui te dit qu'ils ne comptaient pas à partir de Chabbat ?
— Oui, mais le Roch Hachana en question apparaît dans la Torah plus tard.
C'est-à-dire que, plus tard, la Torah nous dit qu'il faut fêter le premier du septième mois, et la Torah ne juge même pas nécessaire de nous dire que ça s'appelle Roch Hachana. Il y a bien une réponse à ça. Donc tu te dis: il y a quelque chose, une puce qui t'a gratté l'oreille et qui t'a dit que c'était le mois de Tichri pour faire une fête. Tout indique… Oui, c'est probable. C'est probable, oui. Très bien, très bien, j'accepte. Simplement, je veux donner des preuves.
Je vais vous donner une preuve, par exemple une preuve archéologique. Ça vous intéresse, une preuve archéologique ? Il y avait un roi en Babylonie qui s'appelait Amorabi [Hammurabi]. Vous avez entendu parler d'Hammurabi ? C'était un roi contemporain d'Avraham Avinou, qui d'ailleurs a écrit un code de lois: le code de Hammurabi, en hébreu Hamourabi, c'est-à-dire « le rabbin Hamor ». Il y a un éclat de rire parmi les élèves, c'est important.
Donc il y avait, dans le code de Hammurabi, un code très ancien, antérieur à la Torah, des lois qui ressemblent parfois aux lois de la Torah. C'est-à-dire que l'humanité était en disposition de recevoir la Torah à ce moment-là. Et dans les tablettes cunéiformes retrouvées dans le palais de Hammurabi, on voit là-bas une lettre signée par le roi, dans laquelle il ordonne aux prêtres de Babylone
la chose suivante: il leur dit, l'année n'est pas en place, vous allez donc rajouter un deuxième mois d'Elul. Chez nous, quand l'année n'est pas en place, c'est-à-dire qu'il y a un décalage entre l'année lunaire et l'année solaire, qu'est-ce qu'on fait ? On rajoute un deuxième Adar. Et du temps de Hammurabi, on rajoutait un deuxième Elul. Pourquoi est-ce que nous rajoutons un deuxième Adar ? C'est justement la question que je pose.
Quelle est la réponse ? C'est très simple. Étant donné que l'année commence en Nissan, et donc elle finit en Adar, à la fin de l'année on rajoute un mois. Si le roi Hammurabi rajoute un deuxième Elul, c'est …
Vidéo publiée sur YouTube : voir sur la chaîne d'origine
Dans la même série
11 cours du Rav Oury Cherki, classés par sujet.
- 3
La guerre de Gog et Magog et la fête de SouccotPourquoi la tradition place cette guerre à Souccot, et comment les prophètes Ézéchiel et Zacharie la décrivent. - 4
Simhat Torah et Chemini Atseret, une seule fêtePourquoi le huitième jour de Souccot est une fête à part entière, et ce qu'elle achève dans l'année juive. - 5
Kippour : la kapara et la techouvaPourquoi la techouva répare la personne et la kapara le monde, et laquelle précède l'autre. - 6
Leçon sur Roch Hachana N°2 (08/09/11) - 7
Roch Hachana, deux calendriers et deux histoiresPourquoi l'année juive commence en Tichri alors que la Torah fixe Nisan comme premier mois, et ce que ce décalage dit de l'histoire. - 8
La fête de Souccot et La dimension universelle du peuple Juif 🇮🇱 - 9
La fête de souccot et les non juifs - 10
Cours exceptionnel du Rav Cherki sur Yom Kippour - 11
La techouva selon les fêtes de TichriTrois fêtes, trois voies de retour : amour, crainte et joie, et les trois types d'hommes jugés à Roch Hachana, Kippour et Simhat Torah.
Ce cours fait aussi partie de la série « Toutes les vidéos, Rav Oury Cherki ».
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav