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Les deux récits de la création de l'homme

Pourquoi la Torah raconte deux fois la création de l'homme, et ce que change le récit du chapitre 2 : la côte, Isha et le lien conjugal.

1 h 03

Rav Élie Kling

Ensuite : Pourquoi la Torah commence-t-elle par la Création, 1 h 04

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Et puis, la semaine dernière, on a parlé de la première lettre de la Torah, du Beit de Béréchit. Si vous croyez qu'on va continuer à ce rythme-là, vous vous trompez. Aujourd'hui, on ne va pas parler de la deuxième lettre, et la semaine prochaine de la troisième. On a compris le principe. Aujourd'hui, on va parler d'une question qui devrait normalement préoccuper tous ceux qui lisent le début de la Torah pour la première fois.

Pendant la paracha, en essayant de comprendre le texte, on s'aperçoit très rapidement qu'il y a deux récits de la création. Pas deux récits de la création du monde, mais deux récits de la création de l'homme. En soi, c'est déjà problématique: on nous raconte deux fois la même chose. Logiquement, les répétitions sont superflues, donc inutiles, et donc problématiques dans la Torah.

Mais le problème se complique, parce que non seulement on nous raconte deux fois le même événement, la création de l'homme, mais en plus on ne le raconte pas de la même manière. Il ne s'agit pas seulement d'une répétition, mais parfois de contradictions, en tout cas de deux récits qui apparemment n'ont rien à voir l'un avec l'autre. Je parle du récit de la création de l'homme tel qu'il apparaît dans le premier chapitre de la Torah, Perek Aleph, et du même récit, mais tel qu'il apparaît cette fois-ci dans le deuxième chapitre.

Ces deux récits sont tellement problématiques, parce qu'ils ne sont pas les mêmes et qu'ils présentent le même phénomène de deux manières différentes, que pour ceux qui ne le savent pas, c'est l'une des preuves, entre guillemets, de la critique biblique. C'est un de ses chevaux de bataille: la critique biblique en conclut que la Torah n'a pas une seule source. Il y avait sans doute deux récits différents de la création qui circulaient à l'intérieur du peuple juif, deux légendes différentes concernant la création, et l'auteur ou les auteurs de la Torah, pour ne pas faire de jaloux, auraient donné les deux récits l'un après l'autre. C'est évidemment la thèse de la critique biblique.

Quelqu'un qui est un homme de émouna, qui pense que la Torah a été donnée par HaKadosh Baroukh Hou en une seule fois, donc qu'il n'y a qu'un seul auteur de la Torah, ne peut évidemment pas s'identifier à cette manière de voir les choses. Mais pour lui, le problème est un problème évident: comment se fait-il qu'on nous raconte deux fois la même chose, et de manière tellement différente ? C'est ce qui va nous préoccuper aujourd'hui.

Pour que les choses soient claires, il faut d'abord se remémorer les deux récits. Encore une fois, je ne parle pas de la création du monde en général, mais de la création de l'homme en particulier. Pour le premier chapitre, le texte s'affiche sur votre écran, à partir du verset 26. Nous sommes donc le sixième jour. Le sixième jour de la création n'est pas consacré uniquement à la création de l'homme. Il y a eu deux créations importantes ce jour-là. Au début, ce sont les animaux, du moins ceux qui ne sont pas ovipares, puisque les ovipares ont été créés le cinquième jour: les poissons, les reptiles. Le sixième jour, ce sont donc les animaux vivipares, puis l'homme, qui vient après.

Le fait que ce soit le vingt-sixième verset n'est sans doute pas un hasard. Je ne suis pas un grand spécialiste des guématriot ni des remazim, les allusions de la Torah, mais la répartition en versets remonte à Moché au Sinaï. C'est quelque chose de kadoch. La répartition en chapitres, en revanche, vous le savez peut-être, a été faite pour la première fois par des chrétiens, par des curés. Dire que le chapitre 1 s'arrête à tel verset et que le chapitre 2 commence au verset suivant n'a donc pas de kédoucha particulière: c'est une convention que nous avons reprise de nos voisins, qui n'est pas sacrée en soi. Pour les versets, c'est différent. Quand on lit la Torah le Chabbat, le Baal Kéré ne s'arrête pas n'importe où: il marque dans l'intonation la fin d'un verset, et on le reprend si nécessaire. La fin d'un verset est quelque chose de particulier.

Le 26e verset annonce la création de l'homme. Or 26 est la valeur numérique du nom de Dieu, du tétragramme: Yod, Hé, Vav, Hé, cela fait 26. Sans doute pour souligner que l'homme est créé à l'image de la divinité, c'est là que l'on nous raconte le projet de la création de l'homme, puis la création elle-même. Je vais vous lire le verset, que vous pouvez suivre en même temps que moi.

Vayomer Elohim: Dieu dit: « Naassé adam [...] bitsalménou kidmoutényou », faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance. On remarque ici deux choses importantes. D'abord, c'est la première fois, depuis le début de la création, qu'un projet de création est établi. Jusqu'ici, lorsque Dieu veut créer quelque chose, il n'annonce pas qu'il va créer: il crée, et c'est tout. Vayomer Elohim yehi or, vayehi or: Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut. Là, c'est un peu différent: Dieu expose son projet de création pour l'homme, « faisons l'homme ». Et tout de suite après, comme si c'était l'essentiel de ce qu'il cherchait à faire, on nous raconte que la particularité de cet homme est sans doute d'avoir été créé à l'image de Dieu.

Qu'est-ce que cela veut dire, l'image de Dieu ? Pour une vision monothéiste des choses, Dieu n'a pas d'image et n'a pas de représentation. Le paradoxe de nous raconter que l'homme a été créé à l'image de Dieu demande évidemment une explication. Nous y reviendrons un peu plus tard. En tout cas, cela semble essentiel: dans le projet divin, l'homme doit être la créature créée à l'image du Créateur.

Et tout de suite après, on nous dit quelle est la fonction première de l'homme: dominer la nature. Vayiredou bidgat ha-yam, « qu'ils dominent les poissons de la mer, ouveof hachamayim, les oiseaux du ciel, ouve-behéma, le bétail, ouvkhol ha-arets, toute la terre, ouvkhol ha-remès ha-romès ʿal ha-arets, et tous les reptiles qui rampent sur la terre ». Dieu présente son projet ainsi: je vais créer un être à mon image, dont la fonction sera de dominer toute la nature, qui a été créée avant lui. Voilà ce que nous dit le premier verset.

Le verset suivant, le verset 27, est la réalisation de ce projet: Vayivra Elohim et ha-adam bitsalmo. Dieu a créé l'homme à son image. C'est à l'image de Dieu qu'il l'a créé. Vous voyez à quel point on revient sur ce thème, qui semble essentiel. On le présente dans le projet, et on le double, puisqu'on dit bitsalménou kidmouténou, à notre image, à notre ressemblance, on le dit deux fois. Au moment de la réalisation, il y a de nouveau Elohim, et on nous dit à nouveau que c'est à l'image de Dieu qu'il a été créé. Dieu réalise donc le projet tel qu'il l'avait prévu.

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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