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Shavouot, la fête du don de la Torah et la sortie d'Égypte

Pourquoi la date de Chavouot n'est pas dans la Torah, et ce que signifie « nahasé vénichma » au pied du Sinaï.

7 min

Rav Yoël Benharrouche

Ensuite : Torah écrite et Torah orale selon Orot, sur la terre, 51 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

## Présentation

Nous allons à présent rejoindre en Israël le rabbin Didier Kassabi, qui reçoit l'artiste peintre Yoël Benharrouche. Il peint un monde dans lequel le matériel rejoint le spirituel en s'inspirant des textes sacrés.

Yoël Benharrouche, vous êtes artiste peintre, vous enseignez au Machon Meir, et nous allons essayer de découvrir quelques particularités de la fête de Chavouot. Tout d'abord, première grande particularité: dans la Torah, la fête de Chavouot est la seule dont la date n'apparaît pas explicitement dans le texte biblique.

Et bien évidemment, tous nos commentateurs vont poser la question: pourquoi connaissons-nous la date de Pessah, la date de Roch Hachana, mais pas la date de Chavouot, cette fête qui semble si importante, le don de la Torah, le début de la transmission de la Torah au peuple d'Israël ? À tel point que dans le Talmud, il y a une discussion pour savoir si la Torah a été donnée le sixième jour du mois de Sivan ou le septième jour du mois de Sivan. Pourquoi tant d'intrigues autour de la date du don de la Torah ?

Tout simplement parce que nous ne pouvons pas dissocier le don de la Torah de la sortie d'Égypte. Et les sages nous disent qu'en réalité, il faut compter cinquante jours après la sortie d'Égypte pour fixer le jour du don de la Torah. En réalité, ce n'est pas le jour du don de la Torah, mais c'est le jour où Israël a entendu. Alors, de quoi s'agit-il ?

Il fallait s'éloigner du contexte égyptien, qui s'appelle Mitsrayim, et qui, dans la traduction, veut dire un emprisonnement, pour atteindre un niveau qui a dépassé la nature. Je répète que la nature, pour mes élèves, est toujours le 7 x 7. Tant que nous sommes encore dans le 7 x 7, nous sommes dans le monde de la nature tel que l'homme la conçoit.

En réalité, le chiffre 50 équivaut au chiffre 8. C'est-à-dire que pour entendre, pour être disponible à une voix qui vient de l'au-delà, il faut suffisamment s'éloigner de l'Égypte, et c'est cela, la sortie d'Égypte. Et une fois que je me suis détaché de l'Égypte suffisamment, je peux entendre. C'est ce qui doit nous arriver, non pas seulement cinquante jours après Pessah, mais tous les jours de notre vie, si nous faisons ce travail-là.

## Un don adressé à tout le peuple

Alors là, nous sommes vraiment au cœur d'une approche révolutionnaire dans la Torah. C'est-à-dire que Dieu s'adresse au peuple entier. Dans d'autres traditions religieuses, il y a toujours un prophète qui vient porter la parole de Dieu au peuple. Mais ici, d'ailleurs, le Talmud insiste là-dessus: les deux premiers commandements ont été entendus directement par l'ensemble du peuple.

Pourquoi n'a-t-on pas gardé un schéma plus traditionnel, avec un grand prophète qui transmet la parole de Dieu ? Pourquoi cette nécessité de s'adresser au peuple entier d'un coup ?

D'abord, il faut se rappeler la prophétie d'Abraham, notre père. Il lui a été dit: « Je ferai de toi une grande nation, non pas un grand homme. » Il y a donc ici quelque chose d'extraordinaire qui sort de tout ce que nous connaissons. Il s'agit de quelques millions de personnes qui sont, en réalité, des témoins oculaires d'une grand film, j'allais dire, de la révélation des valeurs du ciel dans notre monde. Cela veut dire qu'il est beaucoup plus difficile d'être une grande nation qu'un grand homme.

Et alors, pourquoi cette rencontre ne pouvait-elle se faire que dans le désert ? Pourquoi pas en Égypte, ou pourquoi pas carrément en Israël ? Nous sommes en chemin vers la terre d'Israël. Pourquoi ne pas attendre de franchir les frontières, d'être sur la terre d'Israël, pour que Dieu entre en contact avec l'ensemble du peuple ? Pourquoi ce désert ? Le côté désertique de ce complexe, on va dire, c'est tout simplement parce qu'il y a ici une neutralité. Une neutralité qui place l'homme vis-à-vis de la vérité absolue.

## Le désert, lieu de la parole

J'allais dire, avec des mots modernes: nous sommes perturbés aujourd'hui par trop d'informations. Et lorsque nous voulons retrouver notre identité, nous devons être dans cette « solitude » face à soi, face à la vérité, face à l'absolu, pour pouvoir nous mesurer.

Donc le désert, d'un côté, c'est le silence total. Mais en hébreu, la langue hébraïque est tellement riche que Midbar se traduit aussi Medaber, c'est-à-dire: c'est là où la parole justement est libérée. Une parole de Dieu qui se libère, mais aussi la parole de l'homme qui se libère, puisque le peuple, à ce moment-là, va prononcer cette fameuse expression: Naassé vénichma, « Nous ferons et nous comprendrons ».

## Faire pour comprendre

Nous savons, dit le Midrash, que ces deux mots ont retenti dans les cieux, à tel point que les anges seraient descendus, chacun avec deux couronnes, pour nous les placer sur la tête. Honnêtement, sincèrement, quel peuple serait suffisamment fou pour accepter une loi avant même de la comprendre ?

En réalité, le secret est beaucoup plus profond. Il nous dit la chose suivante: tu ne peux pas entendre quelque chose au sens de comprendre quelque chose si ce n'est qu'en le faisant. En faisant la chose, tu vis la chose, et tu peux commencer à l'entendre.

Malheureusement, aujourd'hui, on a l'impression de penser pour être. Dans le judaïsme, c'est l'inverse: on doit d'abord être pour commencer à pouvoir penser. Faire la chose, vivre la chose, c'est donc immédiatement l'entendre, l'absorber et l'assimiler.

Nous sommes ainsi à contre-pied d'une philosophie antique, classique, traditionnelle, qui consiste à avoir de belles pensées, et puis les actes: on voit ce que ça donne. Ici, les actes, comme nous le disent nos maîtres, vont avoir une influence directe sur notre système de pensée. Tout à fait: je ne pense pas, donc je suis; je suis, donc je pense. Il y a quelque chose d'inversé, qui va en réalité activer un mouvement qui est en moi.

La Torah est un conseil de vie, la Torah est un nom en réalité. Si je suis le texte littéralement, cela veut dire que l'infini se trouve à l'intérieur de moi, sauf qu'il est inactif. Ce don de la Torah est donc une rencontre pour activer l'infini qui se trouve à l'intérieur de moi. Et au moment où cet infini est activé à l'intérieur de l'être, il commence à vivre, et c'est là, en réalité, que le monde commence à se parfumer.

Je cite le Midrash qui dit que le jour du don de la Torah, les parfums du monde entier sont sortis. Pourquoi ? Parce que parfumer le monde, c'est embellir le monde, c'est guérir le monde, c'est le compléter de tous ces manques.

— Yoël Benharrouche, vous êtes un enseignant, nous l'avons entendu et compris à travers vos propos. Vous êtes aussi un artiste peintre, et nous l'avons ressenti également dans votre façon de décrire cette scène si formidable: ce lien entre le peuple d'Israël et son Créateur, entre son Créateur et le peuple d'Israël. Merci beaucoup, et à très bientôt.

— Merci à vous.

Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche

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