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Rav Élie Kling : pourquoi il a décidé de monter en Israël

Le souvenir de Souccot 1973, le journal lumineux de Lyon et l'idée d'être acteur de son histoire plutôt que spectateur.

25 min

Rav Élie Kling

Ensuite : Entretien avec Élie Kling sur Israël aujourd'hui, 58 min

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

— Shalom Rav Kling, merci beaucoup d'être avec nous.

Mais merci de m'avoir invité. Vous avez fait monter beaucoup de personnes en Israël, et vous-même vous êtes monté en Israël. J'aimerais que vous replongiez un petit peu dans les années avant que vous montiez. Quel était le moteur, quelle était la raison profonde pour laquelle vous pensiez qu'il fallait vivre sa vie ici ?

Rav Kling: Alors, ça, c'est une question facile, parce que je peux répondre exactement. Je me rappelle exactement du jour, et même de l'heure, où j'ai pris la décision de faire mon Aliya.

Je ne sais pas dans quel milieu ça peut intéresser ceux qui nous écoutent, mais puisqu'on a étendu la perche, j'y vais. Nous sommes en 1973. La guerre de Kippour a déjà une semaine. Elle a commencé à Kippour, mais elle s'est terminée après Souccot. Moi, je viens d'une famille religieuse. Mon père était grand rabbin, on était à Lyon. Les religieux, vous savez, n'écoutent pas la radio, n'allument pas la télé. Et ce jour-là, on était le jour de Yom Tov.

Premier jour de Souccot, je suis devant mon mahzor, mon livre de prière, et je suis censé, comme à chaque fête, me concentrer sur ce que je suis en train de réciter. C'est absolument impossible. Je n'arrivais pas du tout à comprendre ce que je disais, je récitais de manière machinale. En fait, ma tête était au Golan, ma tête était au Sinaï. Qu'est-ce qui se passe ? Est-ce qu'on a contenu l'avance des armées égyptiennes et syriennes ? Est-ce qu'on ne l'a pas contenue ?

Impossible de me concentrer. J'avais quatorze ans, exactement. Un ado, quoi. À Lyon, pour ceux qui connaissent, nous, on priait à la grande synagogue. À dix minutes à pied de là, il y a ce que les Lyonnais appellent toujours aujourd'hui la rue de l'Arrée, la rue de la République. C'était une rue piétonne, et il y avait là-bas, sur Le Progrès de Lyon, qui est le journal, ce qu'on appelle un journal lumineux.

C'est-à-dire que les informations défilaient en boucle et étaient changées régulièrement dès qu'il se passait quelque chose d'important dans le monde. Je savais que là-bas, sans transgresser la fête, je pourrais savoir ce qui se passe. Au bout d'un moment, je ferme le mahzor, j'enlève le talit et je sors en courant jusqu'à la rue de la République. Dix minutes pour aller, dix minutes pour revenir, et je vois le journal lumineux. Il y avait écrit: « Israël, deux points.

Perte importante, mais nous avons réussi à contenir l'avance des Syriens dans le Golan. Grave combat également dans le Sinaï, etc. » Je reviens. Je n'en sais pas beaucoup plus que ce que je savais avant. Mais évidemment, les gens qui sont autour de moi, je leur en raconte. Dix minutes après, je me dis: il a dû se passer quelque chose, je ne peux pas rester, je retourne là-bas. J'ai fait quatre fois l'aller-retour. Il faut dire qu'en France, on avait l'habitude de prier très longuement. Pendant les jours de fête, on avait largement le temps de faire l'aller-retour, on n'avait pas raté grand-chose, finalement.

Mais au bout de la quatrième fois, je me dis: c'est la dernière fois que ça m'arrive, ce genre de chose. La prochaine fois qu'il arrive quelque chose, je serai sur place, acteur de mon histoire et non pas spectateur. Et ce jour-là, je savais qu'un jour ou l'autre, je partirais en Israël. Ça a pris beaucoup plus de temps que prévu, une dizaine d'années, mais je savais en tout cas que c'était là-bas que je devais vivre.

Et puisque je suppose qu'on parle également de ce qui se passe en ce moment, des dossiers d'Aliya qui, paraît-il, se multiplient: j'étais il y a quelques semaines là-bas, pour des salons d'Aliya, et c'est vrai qu'il y avait plus de monde que d'habitude. Je ne sais pas très bien si ça va aboutir ou si ça va se calmer. Mais en tout cas, c'est vrai qu'il y a plus d'intérêt, et je crois très profondément que la raison essentielle

pour laquelle les gens s'intéressent, c'est exactement ce que je vous ai raconté sur mon cas personnel. C'est-à-dire que, beaucoup plus que le malaise de l'antisémitisme qui renaît, et des manifestations pro-palestiniennes, et de Macron qui change d'avis tous les deux jours, et de Mélenchon qui, qui a complètement … ça, ce sont des choses qu'on connaît déjà, ça va se calmer avec le temps, etc. Par contre, il y a ce sentiment tout d'un coup que

nous en avons assez d'être les spectateurs, d'être cloués à notre radio, à notre télé pour savoir ce qui se passe, et on continue, etc. C'est, si vous voulez, la frustration de l'homme qui se trouve dans un stade, assis sur les gradins, et qui voudrait bien rentrer à l'intérieur, parce qu'il est très frustré de ne pas avoir le ballon dans les pieds et de ne pas pouvoir tirer quelque chose. Et je pense que c'est ça, le moteur numéro un.

Et d'ailleurs, quand on demande aux juifs français (nous, on parle des Français, on les connaît mieux que les autres, mais je suppose que c'est pareil ailleurs) quelle est la vraie raison pour laquelle ils veulent monter, est-ce que ce n'est pas à cause du regain d'antisémitisme ? Ils sont très vexés. « Mais non, ce n'est pas du tout à cause de ça. » Bon, je pense qu'ils exagèrent un petit peu, ça doit être aussi un peu à cause de ça. Mais l'essentiel, c'est ce sentiment tout d'un coup, ce réveil de l'appartenance, de l'appartenance à une identité.

Qui, depuis que l'État d'Israël existe, est devenue multiple. C'est-à-dire que l'identité juive est sortie de ce qu'on appelle dans nos textes les quatre amot de la halakha. Il est évident qu'avant l'aventure sioniste, et pendant les deux derniers millénaires, plus ou moins, le judaïsme, l'identité juive, se résumait en fait à notre relation avec le rituel, avec l'étude.

Et depuis que l'aventure sioniste a abouti, qu'elle se développe et qu'elle a redonné au peuple juif une autre composante de l'identité, on se sent pleinement juif, on peut réellement le ressentir. Et je pense que, quelque part, tout le monde le sait: si tu veux vraiment vivre ton identité, pas seulement du point de vue livresque, par l'étude des textes, mais aussi d'une manière beaucoup plus

Comment arrive-t-on à expliquer qu'il y a une autre dimension ? C'est-à-dire que l'on peut entendre des personnes qui vont nous dire: « Moi, à titre individuel, j'ai l'impression d'avoir une vie épanouie, de Torah, etc. » Comment arrive-t-on à expliquer que la Torah, ce n'est pas uniquement l'individu, mais qu'il y a quelque chose d'autre ?

Rav Kling: Vous avez raison, qui existe. La difficulté à l'expliquer provient du fait que, pendant très, très longtemps, par la force des choses, c'est devenu restreint. C'est-à-dire que l'identité juive est en effet devenue une identité individuelle ou, à la rigueur, communautaire. Et on a perdu, en perdant Jérusalem, en perdant l'autonomie juive qui existait à l'époque des Maccabim, ou juste après ou …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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