Mordechaï : cinq lectures possibles de la Méguila
Prophète, sioniste, galoutique ou assimilé : chacune éclaire le rôle de Mordechaï et la présence cachée de Dieu.
Rav Oury Cherki
Ensuite : L'éducation des enfants et la transmission juive, 1 min
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Il y a une règle, qui a sa source dans la Michna, et qui est amenée dans le Chou'lhan Arou'h: depuis que commence le mois d'Av, on réduit la joie jusqu'à néant. Parce que le mois d'Av est un mois de deuil. Et de même, dit la Michna, de même qu'à partir de Av, quand commence le mois d'Av, on élimine la joie, de même, quand commence le mois d'Adar, on augmente la joie.
Donc voilà, il faut savoir, et c'est amené dans le Chou'lhan Arou'h. Pourquoi est-ce qu'on a besoin de faire tant de joie ? C'est suspect. C'est-à-dire, si je fais abondance de joie, c'est qu'il y a quelque chose de triste que je veux cacher. Par contre, si je dois supprimer la joie à partir de l'entrée d'Av, ça veut dire quelque chose de suspect: il y a quelque chose d'heureux qui se passe, mais que l'on ne peut pas festoyer, alors on fait le deuil.
Est-ce que vous avez compris ? — Oui. — Quel chapitre crois-tu que c'est le dernier ? — Je crois.
En tout cas, ça veut dire une chose très importante: le mois d'Adar serait en principe une raison de se réjouir. Pourquoi faut-il se réjouir ?
Alors on dit: Mizmor le-Assaf, Elohim, baou goyim bénahalatékha, timeu èt hékhal kodchékha — « Cantique d'Assaf. Ô Dieu, des nations sont entrées dans ton héritage et ont souillé ton sanctuaire. » Alors pourquoi dire Mizmor le-Assaf ? Mizmor veut dire « cantique », donc une réjouissance. Alors on dit: parce qu'on est heureux que Dieu ait exercé sa colère contre le bois et la pierre, et non pas sur le peuple d'Israël.
C'est-à-dire: s'il n'y avait pas eu le Beth Hamikdach, comme un plomb qui saute quand ça va trop mal, alors le peuple d'Israël aurait été exterminé totalement lors du Hourban. Tandis que là, une partie de la colère s'est déversée sur le Beth Hamikdach, ce qui a permis à Israël de survivre. Et donc il y aurait une bonne raison de se réjouir pendant le mois d'Adar, parce qu'il y a un élément, une sorte de soupape de sûreté, qui fait que l'on est à l'abri de la destruction totale.
Mais ça s'est quand même passé de manière assez catastrophique, alors c'est la raison pour laquelle on prend le deuil. De même, il y aurait une raison d'être attristé pendant le mois d'Adar, mais comme on a été sauvé de l'extermination, alors on se réjouit. Alors, quelle est la raison d'être attristé pendant le mois d'Adar ?
Qu'est-ce qu'il reste à la fin ? — Quoi ? — La fin de l'histoire n'est pas... Elle n'est pas belle. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a dans la fin de l'histoire ? — On reste en galout. — D'abord, on reste en galout, et puis Esther est coincée chez le roi. — Oui. — Non, mais on s'en est sauvé, donc c'est très bien. — Oui, c'est-à-dire, je pense qu'on vous a donné un cours là-dessus. Qui c'est qui vous a donné un cours là-dessus ? — Ah, d'accord. Alors pourquoi est-ce qu'il a demandé que je fasse un cours sur Pourim, s'il vous a déjà tout raconté ?
Bon, l'image que je prends, c'est celle de quelqu'un qui est tombé dans un puits. C'est très embêtant d'être dans un puits. Et celui qui est dans le puits, brusquement, est mis face à un serpent. Alors c'est encore pire. Il arrive à tuer le serpent. Baroukh Hachem, il n'est que dans le puits. C'est comme ça que ça commence, au tsimtsoum de Yossef: c'est l'histoire de Pourim. C'est-à-dire, ça commence mal, Israël est en galout. Ça va de plus en plus mal, puisque Haman veut nous détruire. Baroukh Hachem, ça ne finit à la fin que mal ? Non: nous sommes en galout, mais on a été sauvés de Haman.
Bon, ça veut donc dire que l'histoire de Pourim mérite quand même la réjouissance. Mais il faut comprendre pourquoi cette abondance de réjouissance se cache derrière tout ça. On peut dire que la raison de la réjouissance à Pourim, c'est que ce qui s'est révélé le jour de Pourim est quelque chose qui transcende les temps d'exil et de délivrance. Ce qui s'est manifesté, c'est l'éternité d'Israël, en hébreu, Nétsa'h Israël. Et donc Nétsa'h Israël est quelque chose qui est au-delà de toutes les époques. Et donc nous sommes heureux que Nétsa'h Israël se soit manifesté. C'est la raison de la grande réjouissance.
Mais ça va encore plus loin, on va y arriver tout de suite. Tout d'abord, est-ce qu'on vous a parlé de la manière dont le décret d'extermination a été déclenché ? C'est-à-dire, Hachem, comment il a choisi la date ? — Comment il a choisi la date ? — Non, comment est-ce que la décision de détruire Israël a été prise ? A cause de quoi ? — A cause de Mordechai. — A cause de Mordechai, n'est-ce pas ? Mordechai refuse de se prosterner devant Haman. C'est ce qui est là. Pourquoi tu rigoles ? C'est le pchat de la Méguila, mais... — C'est le pchat de la Méguila, pourquoi ne pas accepter le pchat ?
C'est-à-dire, Mordechai refuse de se prosterner devant Haman, c'est ça qui fait tous les problèmes. D'ailleurs, comment est-ce que le problème est réglé à la fin ? Tu vois ? — Non. — Quand Haman est tué, le décret n'est pas annulé. En faisant un autre décret ? — Non plus. — C'est quand Esther se prosterne devant le roi.
Tous les problèmes ont commencé par le refus de Mordechai de se prosterner. Tout est réglé quand Esther se prosterne. Donc le trouble fait, c'est Mordechai. Le tikoun, c'est trop cher. — Oui, c'est la raison pour laquelle Haman n'a pas accepté l'existence du peuple juif, parce qu'il y en a un qui ne se prosterne pas. Et tout est réglé lorsque Esther se prosterne. D'accord ? Donc, s'il avait accepté de se prosterner devant Haman, toute l'histoire de Pourim aurait été évitée. C'est bien clair.
Donc c'est Mordechai le grand responsable. D'ailleurs, la Méguila l'appelle à la fois Ich Yehoudi et Ich Yemini: il est de la tribu de Yehouda, mais il est aussi de la tribu de Binyamin. La Guémara dit: parce qu'aucune tribu ne voulait de lui. Les Judéens disaient qu'il est de la tribu de Binyamin, et ceux de Binyamin disaient qu'il est de la tribu de Yehouda. Parce qu'on lui en voulait d'avoir été la cause de tout ce problème. — Oui, quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
C'est dans Massekhet Méguila. 95 % des sources qui concernent Pourim sont dans Massekhet Méguila. — D'accord. — Est-ce que, entre guillemets, quand on se présente devant le roi, c'est une sorte de tikoun par rapport à ce que Hachem avait demandé ? — C'est la question qu'il a posée. Je ne l'ai pas répondu. Pourquoi ? Parce que le terme de tikoun n'est pas approprié ici. On peut dire que le temps de la galout est le temps dans lequel il faut se prosterner devant le goy. — Ça …
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