Jacob Gordon, maître du Rav Léon Ashkenazi
Qui était Jacob Gordon, et ce que son disciple Manitou a reçu de sa méthode d'étude.
Manitou
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Chers amis, bonjour. Heureux de vous retrouver depuis Yerouchalaïm, les studios de Meir TV, la télévision de la yeshiva Machon Meir. Aujourd'hui, je vais vous parler d'un personnage que la plupart d'entre vous ne connaissent certainement pas. Je veux parler du maître Jacob Gordon. Il a grandi en Lituanie, étudié et enseigné en Allemagne, enseigné en France. L'époque, c'est la Seconde Guerre mondiale.
Et il va laisser énormément de traces dans ce que l'on appelle l'école de pensée de Paris, dont l'un de ses élèves les plus éminents, le Rav Léon Ashkenazi, Manitou Zerher Tadik Libraha, vient nous conter, un tant soit peu, qui était Jacob Gordon, mais surtout le ressenti de Manitou dans la rencontre comme disciple avec le maître.
Ce qu'un disciple reçoit de son maître, dit Manitou, indépendamment des contenus élaborés ou suggérés, c'est essentiellement une méthode. De sa méthode telle que j'ai pu la comprendre et telle qu'à mon tour j'ai tenté de la transmettre, dit le Rav Manitou, je mettrai en évidence deux points essentiels. Premièrement, la réhabilitation des intuitions immédiates de la conscience juive comme cohérence de pensée.
C'est-à-dire, l'attitude des universitaires traitant des contenus traditionnels juifs était, en général, dit Manitou, de prendre comme critère d'évidence les postulats de la pensée philosophique. Pensée, même et surtout le judaïsme, c'est d'abord la pensée en grec. Il en résultait une approche pratiquement ethnographique de la pensée juive. Le principe sous-entendu à l'introduction de tout discours scientifique à ce sujet était que les études juives se situaient quelque part dans le monde de l'archéologie intellectuelle.
Pensez que nous sommes dans ce début du XXe siècle, même pas à la moitié de ce XXe siècle, et qu'il faut, en quelque sorte, mais les événements vont nous y obliger, remettre à jour la pensée juive, la réalité juive, et puis, comme dira Manitou plus tard, l'être hébreu. Subitement,
eh bien, au vu et au su des événements, nos livres vont devenir de grands livres. C'était la pensée dite universelle qui, à son tour, devait être évaluée aux critères de la conscience juive. Étonnamment, la connotation hébraïque de tout concept était requise en premier lieu, comme vérification obligée de toute vraisemblance intellectuelle. Vous entendez ? C'est une véritable révolution. D'emblée, la pensée juive se formulait comme universelle à sa manière.
La théologie, c'est la pensée du philosophe utile croyant qui parle de Dieu. La prophétie, c'est Dieu qui parle à l'homme. Vous entendez ? La théologie, c'est la pensée du philosophe utile croyant qui parle à Dieu. Mais la prophétie, dont nous sommes les enfants, c'est Dieu qui parle à l'homme. Et puis il y a, à part cette première affirmation étudiée et entendue chez Jacob Gordon, la réhabilitation donc de cette pensée juive.
Le deuxième postulat est ce qu'il appellera, et que personnellement j'utilise aussi lorsque j'enseigne le Tanakh, j'enseigne l'historiosophie du Tanakh. Et bien, cette terminologie d'historiosophie, Manitou dit que c'est par ce barbarisme évident, emprunté au vocabulaire des philosophes allemands, que Jacob Gordon désignait l'exploitation du sens de l'histoire selon la prophétie hébraïque
dans sa lecture des récits bibliques, un ensemble de structures de termes d'identité. Et de là vient ma joie et ma passion pour l'enseignement de ce livre qu'est le Tanakh, la Bible. C'est lui, ce texte, qui pour la première fois chez Jacob Gordon va indiquer le parallèle étroit entre l'ordonnance des concepts de la Kabbale et le développement des lignées d'engendrement si étonnamment précisées dans la Kabbale,
en genre romanesque, qui sera repris par Manitou. C'est bien évidemment le processus généalogique, non seulement de l'homme, mais aussi de l'événement. Et Manitou continue, et je vais terminer, parce que les choses sont profondément abyssales, comme vous l'entendez. Il disait, Jacob Gordon: « La Bible est le livre qu'aucun homme n'a pu écrire, car le héros du livre, entendez bien, c'est le lecteur lui-même. »
C'est moi, c'est toi, fils de Jacob, fils d'Israël, fils d'Abraham. Il disait parfois aussi, avec un humour d'érudit: c'est comme un roman policier, car l'accusé, c'est le lecteur, celui qui est remis en question dans le texte biblique. Et nous parlons ici, aujourd'hui en tout cas, de l'approche si révolutionnaire du maître Jacob Gordon concernant non seulement
le retour de la pensée juive à l'ordre du jour, mais aussi cette notion d'historiosophie dans l'approche des textes du Tanakh, qui va, bien entendu, nous mener. Mais Jacob Gordon, dit Manitou, n'a pas connu le temps de l'État d'Israël. Sa culture politique le rattachait essentiellement à l'identité très cosmopolite des Juifs de l'exil européen.
Nul ne saurait donc préjuger de ce qu'aurait été sa réaction à la réalisation historico-politique que le sionisme avait donnée à l'espérance messianique du rassemblement des exilés. Toutefois, je sais pour l'avoir entendu dire, et le dire à plusieurs reprises, qu'il adhérait totalement aux catégories du Maharal de Prague, abi ou d'Aleve, XVIIe siècle: celles de Galout et de Gueoula, c'est-à-dire de l'exil et de la délivrance,
qui ont mené par la suite la plupart des maîtres du judaïsme français, au temps de la guerre des Six Jours, à réaliser leur Alia, leur montée vers Erets Israël. Ce fait m'a été personnellement confirmé, dit Manitou, par sa femme, Rachel Gordon, à différentes occasions.
Si j'ai pu être, quant à moi, pour ma communauté, pour mes propres élèves, de quelque secours, dans quoi que ce soit, qu'ils sachent à qui ils le doivent, en premier lieu. Il écrivait cela à Jérusalem, en janvier 1994.
À la semaine prochaine, depuis Yerouchalaïm, je vous dis shalom et à très bientôt.
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