De la mémoire à la joie : entre Yom Hazikaron et Yom Haatsmaout
Pourquoi fêter Yom Haatsmaout, en quoi il prolonge Hanouka, et où en est la délivrance.
Rav Mickael Toubiano
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Dans ces moments très, très particuliers, entre Yom HaZikaron d'un côté et Yom Haatsmaout de l'autre, il m'est un peu difficile de mettre en mots l'innombrable pensée que j'ai envie de vous faire partager. Je vais quand même essayer. En guise d'introduction, je crois que les moments que nous vivons maintenant, entre Yom HaZikaron et Yom Haatsmaout, sont des moments très révélateurs et très particuliers. J'ai l'impression que le processus de délivrance que nous vivons ressemble à la fois à Yom Haatsmaout et à Yom HaZikaron. Il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir la lumière, pour ne pas voir la grandeur des événements que nous vivons. Surtout nous, ces derniers mois, en pleine crise du coronavirus, alors que nous vivons des événements d'ampleur mondiale.
Mais d'un autre côté, on ne peut pas et on ne doit pas faire abstraction de toute la douleur qui accompagne ce processus. Les Hachamim vont nous donner comme image les douleurs de l'enfantement. Je pense que c'est une image très précise, parce que dans le processus de l'enfantement, nous avons une nouvelle fois deux dimensions complètement contraires: d'un côté la douleur, et de l'autre la lumière et la délivrance. Une autre image, donnée aussi par les Hachamim dans le traité de Yerouchalmi, c'est la lumière qui sort de l'obscurité.
Il est donc évident qu'il faut essayer de gérer correctement ces deux dimensions, qui sont contraires mais qui se complètent. J'ai envie de vous dire la même chose: ce n'est pas parce qu'on fait Yom Haatsmaout qu'on n'est pas conscient de tous les manques et qu'on ne pleure pas à Tichá BeAv. Mais ce n'est pas parce qu'on pleure à Tichá BeAv et qu'on a conscience de tous les manques qu'on n'est pas capable de voir la grandeur de Yom Haatsmaout. Beaucoup de gens ont du mal à gérer le passage de Yom HaZikaron à Yom Haatsmaout, et à gérer correctement Tichá BeAv et Yom Haatsmaout. Pour ma part, je vais essayer, dans le temps qui m'est imparti, de vous donner certains points de repère pour mieux comprendre la période dans laquelle nous vivons.
Je vais poser trois questions, et dans le déroulement du cours, je vais essayer d'y répondre. La première: pourquoi faire Yom Haatsmaout ? Apparemment, on s'est très bien débrouillé pendant 2000 ans sans faire Yom Haatsmaout. Alors pourquoi maintenant ? Quelle est la particularité de Yom Haatsmaout ?
La deuxième question: vous, les rabbins, vous avez inventé quelque chose qui n'existe pas, de toutes pièces. On n'a jamais entendu parler de Yom Haatsmaout, c'est une invention. Alors pourquoi serait-on tenu de fêter une invention de toutes pièces ? Quelles sont les sources ? D'où vient cet enseignement ?
La troisième question, j'espère qu'on aura le temps de la traiter aussi ensemble: après 70 ans où, grâce à Dieu, nous avons l'État d'Israël, où nous sommes aujourd'hui 7 millions de Juifs, grâce à Dieu, à vivre en Israël, et où l'État d'Israël est devenu prospère dans tous les domaines, aussi bien matériel que spirituel, sur quoi devons-nous concentrer nos efforts ? Je n'ai pas la prétention de dire quelles seront les prochaines étapes du processus. J'en sais absolument rien. Mais quelles sont les grandes lignes, et où devons-nous concentrer nos efforts ?
Je récapitule: nous avons trois points à toucher ensemble. Premièrement, pourquoi Yom Haatsmaout ? Deuxièmement, cette fête est apparemment une invention de toutes pièces. Troisièmement, où se trouve-t-on dans le processus de délivrance ?
Pour répondre à la première question, pourquoi Yom Haatsmaout, je crois qu'il faut prendre le temps de faire deux choses. Première chose: bien étudier l'histoire d'Israël. Malheureusement, très souvent, les Juifs ne prennent pas le temps de bien étudier cette histoire. Je tiens à vous expliquer que nous sommes dans une situation très particulière: nous avons une perspective, nous avons plus de 3000 ans d'histoire, et on peut donc prendre le temps de regarder les événements avec du recul.
Je tiens aussi à vous dire tout de suite que la semaine dernière, nous étions à Yom HaShoah. Notre génération a une très grande responsabilité. Nos enfants, et encore plus nos petits-enfants, vont apprendre la Shoah à travers les livres et les films, mais ils n'auront jamais la possibilité de rencontrer face à face quelqu'un qui leur dira: « J'étais à Treblinka, j'étais à Auschwitz. » Vous savez qu'aujourd'hui, malheureusement, il y a environ 1000 rescapés de la Shoah qui disparaissent chaque année, en moyenne 40 par jour. Cela veut dire que, de la même manière que nous sommes tenus de nous rappeler la sortie d'Égypte, pour que cet événement ne rentre pas dans les bibliothèques ou ne soit pas complètement oublié dans les oubliettes de l'histoire, nous sommes tenus d'étudier et de réfléchir à l'histoire d'Israël, et surtout à l'histoire d'Israël de ces 100 dernières années.
Ça, c'est le premier point. Pour véritablement comprendre Yom Haatsmaout, il faut prendre le temps d'étudier l'histoire juive correctement, pour avoir une perspective. Le deuxième point: il faut étudier les sources rabbiniques différentes qui ont été écrites par nos Hachamim à travers toutes les générations. Nous avons un patrimoine culturel de plus de 3000 ans. Il faut prendre le temps, une nouvelle fois, d'ouvrir, d'étudier, de réfléchir, de poser des questions et d'intégrer ce message spirituel.
Il est évident que le retour en Israël doit être pour nous l'occasion de retrouver notre identité, à un niveau personnel, et surtout à un niveau collectif, et de retrouver notre patrimoine perdu. On connaît tous Charlemagne vers Saint-Gétorix, et on ne connaît pas notre histoire ni nos référents juifs. C'est un peu dommage.
Vous devez savoir qu'il y a une mitsva d'habiter en Erets Israël. Mais cette mitsva a été formulée par les Hachamim il y a plus de 3000 ans. Et disons-le tout de suite: ce n'est pas là le point principal de Yom Haatsmaout. Vivre en Israël, c'était déjà une mitsva bien avant. Elle ne s'est peut-être pas réalisée, ou elle s'est réalisée à un niveau individuel, mais pas à un niveau collectif. On ne va pas dire que Yom Haatsmaout, c'est le privilège de pouvoir venir habiter en Israël.
Je vous donne trois sources, très rapidement, pour expliquer d'où l'on apprend que nous avons aujourd'hui une mitsva d'habiter en Erets Israël. Premier enseignement: Maïmonide. Maïmonide nous dit, et cela sera repris ensuite dans le Choulhan Aroukh, que si, par exemple, un homme veut monter en Israël alors que sa femme ne le veut pas, qu'est-ce qu'on fait ? Les Hachamim nous disent: il a le droit de divorcer, il donne le get à son épouse, et lui monte en Israël. Je tiens à préciser qu'il ne peut pas imposer à sa femme de venir en Israël. Mais il monte en Israël parce que nous avons la mitsva d'habiter en Erets Israël.
La Guemara, et ensuite Maïmonide, poursuivent: c'est la même chose dans le cas contraire. Si la femme veut monter en Erets Israël, le mari ne peut pas s'y opposer; il sera obligé de donner le get, parce que nous avons une mitsva d'habiter en Israël. Là encore, elle ne peut pas …
Cours de Machon Meir
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