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Pourim, la fête de l'unité du peuple juif

Pourquoi Pourim reste fêtée après la Gueoula, et les cinq explications sur le refus de Mordechaï de se prosterner.

6 min

Rav Eytan Fiszon

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour à tous. On se retrouve pour changer un peu de nos habitudes. On reviendra évidemment sur les grands personnages du peuple juif, mais il y a Nédei Yoma, les événements nous y obligent: Pourim. Pourim arrive à grands pas. Tel que nous parlons, c'est dans quelques heures pour vous, à l'extérieur de Jérusalem. Nous, nous avons encore 24 heures de répit avant Pourim. Alors peut-être essayer de comprendre quelques petites choses sur cette fête extraordinaire. D'abord, c'est une fête bizarre.

C'est une fête bizarre parce qu'elle n'a pas vraiment lieu d'être. Cette fête n'aurait pas dû avoir lieu, historiquement parlant. N'oublions pas que Pourim se replace sur la frise du temps entre la permission des nations de partir d'exil et de revenir en Israël, avec le roi Cyrus, Koresh, qui donne la permission de repartir, et Ezra et Nehémia, qui arriveront beaucoup plus tard et ramèneront une grande partie du peuple. Pourim se situe au milieu de cette histoire.

Et là on se pose la question: c'est une histoire qui s'est passée en exil, une histoire qui s'est même terminée en exil. À tel point qu'à la fin de la Méguila, au chapitre 10, alors que La Yehoudi haita ora ve simcha, Vayasem hamelech Achashverosh mas al ha'aretz ve'iyyim, le patron, à la fin de la Méguila, s'arrête sur Achashverosh. C'est d'ailleurs la raison principale pour laquelle on ne dira pas le Hallel à Pourim. Parce que…

Le Hallel nous voit comme étant serviteurs de Dieu. Et le Talmud dira: comment peux-tu dire le Hallel alors que tu es serviteur d'Achashverosh ? Alors la question se pose: si c'est une fête d'exil par excellence, y a-t-il raison de continuer à fêter Pourim une fois qu'on est rentré en Israël, une fois que la Gueoula a commencé ? Eh bien la Méguila elle-même répond à cette question et dit: oui ! Et le natif de Volojiv répondra:

Il ne faudra jamais oublier la fête de Pourim, même les descendants des Juifs qui ne sont pas les Juifs, qui sont les Bné Israël. Lorsqu'ils reviennent en terre d'Israël, on n'est plus seulement des Juifs, on redevient Israël. Et bien même eux devront faire Pourim. Mais pourquoi ? Il semble qu'il se cache derrière Pourim un yessod, une base fondamentale dans la compréhension du peuple juif. À tel point que le Midrash dira qu'viendra un temps où toutes les fêtes seront annulées, sauf Pourim. Mais qu'est-ce qui se cache dans Pourim ? Eh bien, les amis, c'est extraordinaire.

Vous savez que Mordechaï et Esther, on ne les connaît pas. Ils apparaissent dans la Méguila, ce sont les héros de l'histoire, mais on ne les connaît pas très bien. Par exemple, on ne sait pas, d'après la Méguila, pourquoi Mordechaï ne s'est pas prosterné devant Haman. C'est quand même à cause de ça que tous les problèmes ont commencé. Parce qu'il ne s'est pas prosterné, Haman a commencé à être extrêmement énervé contre le peuple juif, et ainsi de suite, toute l'histoire que l'on connaît. Pourquoi ne s'est-il pas prosterné ? Eh bien, la Méguila ne le dit pas.

Alors nos sages vont être obligés de nous donner plein d'indications. La première, celle de Rachi, dit que Haman se prenait lui-même pour une idole, pour un dieu. À ce moment-là, Mordechaï ne se prosterne pas. Oui, mais attention: comment peut-il savoir ce qu'il y a dans le cœur de Haman ? Il ne nous reste plus d'autre solution que de dire que, d'après cette explication, Mordechaï est prophète. Bon, c'est bien, mais ce n'est pas marqué dans la Méguila.

La deuxième explication est celle de Rabbi Abraham ibn Ezra, qui dit que Haman portait sur lui des symboles d'idolâtrie. À ce moment-là, plus besoin d'être prophète pour Mordechaï. Il suffit d'être un talmid hakham, un sage qui connaît la halakha. Une troisième explication est celle du Midrash dans la Gadat Esther, également mentionnée dans le Talmud. Elle dit que Haman et Mordechaï étaient en fait des opposants politiques en Israël. Mordechaï était revenu avec Zerubbabel. Haman habitait dans le Shomron, et il le détestait d'un point de vue politique, sur la reconstruction de la terre d'Israël. Arrivé à Shoushan, il plaide pour leur cause. Finalement…

L'histoire se poursuit. Mordechaï ne se prosterne donc pas devant Haman parce qu'il le déteste d'un point de vue politique. Et en plus, le Midrash raconte qu'en chemin, entre Israël et la Perse, Haman s'est vendu à lui comme esclave, et qu'il levait donc la sandale pour lui montrer le contrat de vente. Dans cette troisième explication, Mordechaï n'est plus un prophète, il n'est pas forcément un rabbin, mais il est un activiste sioniste.

La quatrième explication est celle de Rabbi Eliezer Ashkenazi, au XVIe siècle, havrouta du Maharam Malkher, qui dit que Mordechaï était le chef de la communauté juive de Shoushan, une sorte de président du consistoire de l'époque. Il ne se prosterne pas devant Haman parce qu'il y avait une loi à l'époque selon laquelle, lorsqu'on demande aux gens de se prosterner, cela ne concerne pas les Juifs, car les Juifs sont le premier peuple qui est sorti d'exil. En tant que chef de la communauté juive, il fait valoir les droits de la communauté. Selon cette quatrième explication, Mordechaï est un dirigeant communautaire.

La cinquième et dernière explication sera celle du Mea Shiloach, qui nous dit quelque chose d'extraordinaire, mais terrible: Mordechaï et Esther seraient peut-être eux-mêmes des Juifs assimilés, complètement éloignés de leur identité juive, ne serait-ce que par leurs noms. Mordechaï, Mardouk, le dieu principal de la mythologie babylonienne; Esther, Ishtar, la déesse de la fertilité. Eh oui, ce ne sont pas vraiment des gens qui représentent le peuple juif.

Mais comment expliquer que la Méguila ne nous dise pas laquelle des cinq explications est la bonne ? Selon cette cinquième explication, Mordechaï ne se prosterne pas tout simplement parce qu'il est le beau-frère du roi, Esther étant la reine. Mais pourquoi la Méguila ne nous a-t-elle pas dit lequel des cinq était le vrai Mordechaï ? Tout simplement parce que, si l'on savait qui était Mordechaï à ce moment-là, je vous assure que les gens auraient déjà pris position et auraient dit: oui, il a failli y avoir la Shoah à cause de ceux qui n'étaient pas comme lui. Haman a voulu tuer tout le monde.

Les Juifs, sans distinction. Ils s'en fichaient de savoir s'ils étaient prophètes ou non, rabbins ou non, sionistes ou non.

Et donc le principal sujet de la fête de Pourim, c'est le Ve-nikhrat … Kol HaYehoudim: rassembler tous les Juifs, en d'autres termes, les cinq sortes de Juifs. La Méguila* ne nous a pas dit qui était Mordechaï, pour que ce puisse être tout le monde. Parce que la fête de Pourim, c'est là où l'essence de Ahdout Israël, de l'unité du peuple juif, a été dévoilée. Et cela dépasse les temps d'exil ou de Gueoula. C'est pour ça que viendra un temps où toutes les fêtes seront annulées, mais Pourim, avec cette force d'unité, restera à jamais. Chag Sameah !

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Ce cours fait aussi partie de la série « Rav Eytan Fiszon, en direct du Machon Meir ».

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