Le dénombrement d'Israël dans le désert de Bamidbar
Pourquoi compter le peuple : la guerre à venir, la rencontre de Moshé avec chacun et l'amour qui fonde le décompte.
Rav Rony Akrich
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Introduction
Chers amis, bonjour, heureux de vous retrouver dans cette série d'études bibliques. Vous vous rappelez, la dernière fois, nous étions restés, après cette sortie d'Égypte, dans ces premiers pas dans le désert. Nous allons y rester, car dans ce désert que nous appelons en hébreu Bamidbar, c'est-à-dire « dans le désert », mais qui s'entend aussi: dans ce lieu où la parole est capable de s'exprimer. Comme si, quelque part, on voulait dire que dans ce lieu où il n'y a véritablement aucun bruit, seul dans cet endroit-là, dans ce lieu dit désertique, la parole était capable de dire véritablement ce qu'elle voulait faire entendre.
## Le dénombrement
Dans ce désert, un premier événement va s'articuler autour du dénombrement des enfants d'Israël. Je vous demande pour quelle raison il est nécessaire de compter et de décompter chacun des enfants d'Israël.
Je pensais qu'après être sortis d'Égypte, où les Égyptiens nous avaient mis dans des conditions qui n'étaient pas humaines, tout simplement parce que nous étions devenus pour cette société esclavagiste simplement des chiffres, nous avions perdu nos noms. Alors que lorsque nous étions arrivés en Égypte, sur les chemins de Bné Israël à Mitsraïm, voici le nom des enfants d'Israël arrivés en Égypte, très vite, très rapidement, nous n'étions devenus qu'un nombre infime et surtout une quantité négligeable. Alors, à la sortie de cette Égypte, je pensais que nous allions reprendre notre nom. Il est vrai que nous retrouvons ce nom-là.
Et le dénombrement ici ne tient pas simplement à vouloir quantifier les enfants d'Israël, mais surtout, d'abord et avant tout, à vouloir savoir quel est le nombre d'hommes qui, au-dessus de l'âge de vingt ans, seraient capables de tenir les armes, malheureusement, pour les guerres qui nous attendent.
## La préparation à la guerre
Un des petits-enfants de Rachi, le Rashbam, pour ceux qui le connaissent, Rabbi Shlomo ben Meir, dit ainsi: « Au moment où le peuple va se préparer à pénétrer en terre d'Israël, il est indispensable de connaître le nombre précis de jeunes gens en âge de combattre, et ce en prévision d'une guerre. »
Il y a cet adage latin: Si vis pacem, para bellum. Bien évidemment, si tu veux la paix, il faut te préparer à la guerre. Oui, nous sommes sortis d'Égypte, mais tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et comme de bien entendu, ces hommes devront se préparer à l'éventualité.
Nous nous rappelons bien sûr combien l'Éternel avait été miséricordieux, et nous avait détournés du chemin du pays des Philistins, car ne nous sentant pas tellement prêts à partir au combat, il nous faisait traverser la mer des Joncs et nous retrouver dans ce désert. Peut-être qu'à travers ce désert, nous aurions dû le traverser le plus rapidement possible afin de nous retrouver là où nous arriverions un jour.
Seulement, quarante ans plus tard, comme vous le savez. Mais en tout état de cause, même dans ce chemin, dans ces pérégrinations, personne ne peut venir dire que, sur le chemin sur lequel nous nous trouvons, ne nous attendent pas nombre d'embûches et d'obstacles. Voici ce que dit Nachmanide, Rabbi Moshe ben Nahman, au XIIIe siècle:
La guerre est une réalité. Les enfants d'Israël s'apprêtaient à pénétrer en terre d'Israël et à y affronter les rois amorréens qui occupaient la rive est du Jourdain. Or la Torah, qui nous enseigne qu'il ne faut pas compter sur des miracles dans les situations difficiles, conçoit fort rationnellement qu'une seule personne ne puisse en vaincre mille. D'où la raison qui entraîne Moshe à ce décompte-là, un véritable décompte, comme nous l'avons dit, afin de savoir qui était à même de partir à la guerre.
## Connaître chacun
Mais ce n'est pas suffisant. Il fallait non seulement, nous dit Nachmanide, décompter ces hommes-là, mais il fallait aussi certainement, comme nos sages le continuent par la suite, essayer de connaître, d'entendre, de faire connaissance, pour Moshe, avec chacun de ces hommes. Pour quelle raison ? Nous pouvons nous en douter, bien sûr.
Rappelez-vous que, pour partir à la guerre, tout le monde n'est pas véritablement prêt à cela. Quand je dis prêt, ce n'est pas par sa volonté, mais par les conditions dans lesquelles il devrait partir à la guerre. Cette nécessité pour Moshe de rencontrer chacun des hommes d'Israël, c'est peut-être aussi, et peut-être avant tout, établir ce climat de confiance qui pourrait se réaliser entre le dirigeant, celui qui, en général, a une appréciation globale de l'événement, mais aussi globale de son peuple.
Connaissons-nous véritablement un dirigeant politique, un dirigeant royal ou impérial, qui aurait pris le temps, un temps soit peu, un jour, de faire défiler l'ensemble de ses sujets devant sa personne, afin, par un mot, un geste, une phrase, de vouloir entendre ces hommes, ces femmes, essayer de connaître, d'entendre et de comprendre qui ils sont ?
Bien sûr, la réalité est totalement différente. L'appréciation que se fait le dirigeant est une appréciation conséquente de ce que les conseillers d'un côté et de l'autre vont venir apporter, mais chacun de ces conseillers a bien sûr une appréciation subjective.
Ce que demande ici le texte, c'est d'abord et avant tout, et comme de bien entendu, essayer de permettre à ces dirigeants de prendre pleinement conscience qu'ils ne sont là que par la volonté du peuple, la volonté du peuple, la volonté d'un divin. Mais cela n'empêche en rien que le dirigeant doit être à même de pouvoir entendre, comprendre, connaître et reconnaître chacun de nous.
## Le dirigeant et le peuple
Quelle image d'une démocratie où les dirigeants seraient véritablement les représentants du peuple, parce qu'ils connaissent sensiblement ceux qui composent ce peuple. Nous avons dit que chaque membre du peuple se devait de connaître le chef de la nation, comme nous l'avons expliqué d'un autre côté. Pour le chef de la nation, il dénombre les étoiles, il leur donne à toutes un nom, nous dit le psaume écrit par David, repris dans le Midrash, bien entendu.
De loin, toutes les étoiles se ressemblent, c'est clair. De loin, il nous est impossible de différencier véritablement quelle étoile est différente de telle autre. Vouloir donner un nom, c'est vouloir apporter véritablement une différence, une différence sensible.
Il y a une bénédiction, le mot bénédiction en hébreu étant bracha, qui nous dit: Baroukh Hakham Harazim. Comment traduit-on ici « le sage des secrets » ? De quels secrets parle-t-on ? On parle ici de ces hommes sortis d'un esclavage où ils n'avaient plus de nom, mais n'étaient plus que des chiffres. Et alors qu'ils se trouvent dans ce désert où la parole peut s'exprimer, la parole vient essayer de les compter, de les dénombrer, de les qualifier.
Cela signifie peut-être, non pas simplement de trouver le nombre quantitatif, mais le nombre qualitatif. Baroukh Hakham Harazim vient spécifier que l'Éternel était capable de créer, à partir de ces hommes, d'un même moule de création humaine, des visages différents.
Moshe, en les rencontrant, se rendait compte que sur chacun de ces visages il y avait des traits. Non pas seulement les traits de caractère, mais les traits du visage, les traits d'un visage …
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