Lag Baomer, la fête de la Kabbale selon le Rav Kook
Pourquoi la Kabbale touche le peuple entier, et comment le Rav Kook la distingue de la philosophie grecque.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Lag BaOmer, joie de la progression et convalescence d'Israël, 55 min
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Shalom et bonjour à tous. Après une insupportable interruption, nous allons continuer nos études. D'habitude, nous étudions le Sidour, n'est-ce pas ? Oui. Mais, étant donné que nous approchons d'un jour très important, Lag BaOmer, j'aimerais vous entretenir quelque peu de la signification de ce jour et de la tradition.
Qu'il perpétue. J'entends par là la tradition kabbalistique. Je pense qu'il n'est pas inutile d'avoir quelques informations sur cette tradition, qu'on appelle la tradition ésotérique du judaïsme, la partie secrète réservée à quelques initiés. Même si elle n'est pas étudiée ou comprise par tout le monde, elle a un rayonnement populaire très important, et on peut se demander pourquoi une doctrine réservée à quelques initiés est aussi populaire, à tel point que, par exemple, le jour de la Hiloula de Rabbi Shimon Bar Yochaï à Méron, vous avez près d'un demi-million de personnes.
Qui viennent non seulement d'Israël mais du monde entier, qui prennent l'avion, qui dorment sur place, etc. Pour être là, lorsqu'on allume un feu en l'honneur de Rabbi Shimon Bar Yochaï: c'est un phénomène qui a besoin d'être expliqué. Est-ce que vous me suivez ? Très bien.
Là, je voudrais me référer à un enseignement du Rav Kook, dans Orot HaKodesh, qui explique une des différences qui existent entre la philosophie et la Kabbale, qu'il appelle là-bas du nom de Sodiyyut, c'est-à-dire la doctrine secrète. La philosophie, d'après le Rav Kook, est une discipline aristocratique. C'est-à-dire qu'elle est réservée à certains spécialistes qui connaissent le vocabulaire de la philosophie, qui sont sensibles à ses enseignements, mais, finalement, ça reste séparé du particulier, de l'individu.
Vous savez qu'un philosophe du nom d'Aristote expliquait que l'objet de la philosophie, c'est le général, et non le particulier. C'est-à-dire que le philosophe parlera du cheval en tant que concept, mais il ne parlera pas de tel cheval particulier; de l'homme en tant que concept, mais non pas de l'homme en particulier. C'est donc quelque chose de général.
Or il y a ici un petit problème: Aristote affirmait qu'il n'existe que le particulier, donc on peut se demander quel est l'objet de la philosophie. Mais ça, c'est un autre problème. Tandis que la Kabbale, dit le Rav Kook, ne connaît pas la différence entre le grand et le petit. Tout est jugé selon les mêmes échelles.
Pour donner un petit exemple: quand les kabbalistes parlent de la création du monde, ils parlent d'une conjugaison de cercles et de lignes droites, en hébreu Igoulim Veocher. Ce sont des concepts extrêmement abstraits, difficiles à comprendre, mais la Kabbale emploie ce genre de termes en disant que des cercles et des lignes droites sont à l'origine du monde.
Quand un homme veut se marier, la halakha dit qu'il faut qu'il donne un anneau à sa femme. Et les kabbalistes expliquent qu'il est important que cet anneau soit circulaire à l'intérieur et carré à l'extérieur. Pas le contraire, c'est-à-dire pas carré à l'intérieur et circulaire à l'extérieur, parce que cela peut faire très mal aux doigts. Mais les kabbalistes ont cette coutume de prendre un anneau qui a une forme, enfin, avec quatre angles à l'extérieur et un cercle à l'intérieur.
— Comment ? C'est quelque chose d'absolument impossible. Je raconte n'importe quoi.
— Il a demandé si c'était possible.
— Oui, mais il demande si c'est possible. C'est-à-dire qu'en fait il se demande: est-ce que j'ai baratiné ou est-ce que j'ai dit quelque chose de vrai ? La question aurait dû être: comment est-ce possible ? Ah, eh bien voilà, c'est tout à fait possible. Vous faites carré à l'extérieur et rond à l'intérieur, il n'y a pas de problème.
Maintenant, le problème, ce n'est pas pourquoi, mais pour que ça ressemble à la création du monde. Vous allez me dire: oui, mais un mariage, c'est un événement particulier, familial, qui concerne ma vie à moi. Qu'est-ce qu'on a besoin de mêler le Big Bang à mon mariage ? C'est ça ? L'explication du Rav Kook, c'est que, pour les kabbalistes, il n'y a pas de différence entre le petit et le grand. La Kabbale est une discipline englobante, globalisante, qui s'occupe de tout à la fois, du grand et du petit.
Et c'est la raison pour laquelle la Kabbale est ressentie par le public comme quelque chose qui le concerne. Pas par admiration du magique, comme on peut parfois le penser: c'est parce que la doctrine enseignée par Rabbi Shimon Bar Yochaï est tellement large que tout le monde sait qu'il y appartient. C'est ce qu'on appelle chez les kabbalistes la lumière environnante, or makif.
— Oui, c'est une création d'un monde à ce niveau-là. D'accord ? Aujourd'hui, c'est devenu une donnée banale en physique de déduire de la conduite des atomes des conclusions sur la création de l'univers. Mais enfin, il y a un rapport.
Maintenant, une fois que cela est expliqué, je voudrais vous donner un peu d'historique. Vous savez que, quand on parle de la Guemara, de la halakha, il y a ce qu'on appelle des époques.
Les époques, grosso modo, sont: Moshé, les prophètes, les Tanaïm, c'est-à-dire les sages de la Michna, les sages du Talmud, les Amoraïm, et puis après, les Guéonim, les Richonim, les Aharonim. Ce sont des divisions bien connues; il faut un peu les nuancer, mais disons que, dans l'ensemble, c'est comme ça.
Il existe également une tradition historique concernant la Kabbale. D'un point de vue historique, la Kabbale se subdivise en cinq époques différentes. Ce sont cinq époques qui, à chaque fois, sont une reformulation de la doctrine secrète de la Torah en fonction des nécessités de l'heure, c'est-à-dire des enjeux spirituels du moment. À chacune de ces cinq époques, il y a un maître de la tradition, la personne la plus en évidence de ce mouvement.
Jusque-là, vous me suivez ? La première époque de la Kabbale, ce sont les prophètes. Les prophètes sont les kabbalistes. D'ailleurs, c'est très intéressant: le terme « kabbaliste » est un mot français. On a ajouté « iste » à Kabbale. Pourquoi ? Parce que c'est comme ça: quelqu'un qui est pour le communisme, c'est un communiste; quelqu'un qui est démocrate, il est démocratique, etc. Tandis qu'en hébreu, le mot kabbaliste se dit comment ?
Mekoubal. Mekoubal, c'est un passif: c'est celui qui est accepté. kabbale veut dire transmission, tradition, mais mekoubal, c'est celui qui est accepté. On devrait l'appeler mekabel, celui qui reçoit. Or il est appelé celui qui est reçu. Bizarre.
Si on trouve le mot mekoubal chez, par exemple, les maîtres de la Michna, c'est celui dont la prière est exaucée: mekoubal bitfilato, sa prière est acceptée. C'est lui qui est agréé par le Créateur, à qui la prière a été adressée. Il y aurait donc un rapport entre le fait d'être mekoubal et le fait de savoir prier. Et pourquoi ? Parce que, comme nous l'avons appris dans notre étude de la prière, seuls les prophètes ont le droit de prier. Vous vous rappelez de ça ? Seuls les prophètes ont le droit de prier.
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