La prière, expression de l'âme qui prie sans cesse
Rav Kook explique que l'âme prie en permanence et que la tefila ne fait que révéler ce désir dans le monde concret.
Rav Yossef Benshoushan
Ensuite : La tefila, un fardeau pour l'âme : comprendre Olat Reia, 56 min
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Allons-y. Donc on est au deuxième paragraphe.
Tu peux fermer la fenêtre, qu'il y a un peu moins de bruit ? Donc, on avait déjà vu dans le paragraphe précédent qu'en fait, la neshama prie de manière constante.
Je ne dis pas les lettres, ça veut dire qu'elle prie. Tefila, en hébreu, c'est ha-kesher, qui veut dire lien. Comme tefilin shel yad, tefilin shel rosh, c'est un lien. Donc la neshama est en lien constant avec HaKadosh Baroukh Hou. Sa seule volonté est de vouloir ce que Dieu veut. Sa seule satisfaction, c'est de voir que la volonté de Dieu se concrétise dans ce monde. Et c'est à cela qu'elle aspire de manière constante.
Donc le Rav nous explique, là, dans cette piste-là, qu'on ne peut véritablement prier aujourd'hui que lorsqu'on sait que la neshama prie de manière constante. C'est-à-dire, il ne s'agit pas de diction mécanique de quelques mots, mais il s'agit d'exprimer avec des mots, par notre corps, ce à quoi la neshama, de toute manière, aspire de manière constante. Ce n'est pas que maintenant, de manière artificielle, je me mets à réciter toutes sortes de textes, me lier à toutes sortes de concepts. Je ne fais qu'exprimer en langage humain, par mon corps, ce à quoi mon âme aspire de manière constante.
Regardez dans le texte: En ha-tefila ba ke-tikouna: la tefila ne peut apparaître comme il se doit, kiyum mi-tor ha-marchava, seulement s'il s'est fondé sur une pensée. Ki-bemet ha-neshama etamid bala-ret.
En fait, l'âme prie toujours. Elle s'envole, elle se blottit dans les bras de son bien-aimé, qui est Dieu, sans aucune séparation entre les deux. Et là, seulement, nous prions avec des mots, de manière concrète. On se tient debout, avec un sidour dans les mains, on dit toutes sortes de mots.
C'est alors que la tefila de l'âme, qui, elle, est constante, apparaît de fait à travers nous, dans notre conscience, dans nos mots, dans nos sentiments. Ce n'est pas à ce moment-là qu'on crée cette existence. On ne fait que la dévoiler. Elle est toujours constante, cette existence de volonté de l'âme, de tous ces idéaux qu'on cite dans la Chmona Essré.
En fait, qu'est-ce qui intéresse l'âme ? Ce que Dieu veut. Et qu'est-ce que Dieu veut ? Eh bien, un certain nombre de tsadikim et de guedolim, parmi lesquels il y avait aussi des prophètes, ont formulé, grâce à leur esprit saint, quelles sont les volontés de Dieu, constantes, depuis la destruction du Deuxième Temple jusqu'à la reconstruction, shalom, du Troisième Temple. C'est ce que Dieu veut. Alors, qu'est-ce que Dieu veut ?
On ouvre le Chma Israël, on voit ce qui est marqué. Ata honen le-adam da'at, qu'il y ait plus de sagesse dans ce monde. Je saute Boneh Yerouchalayim, la reconstruction de Jérusalem, Mekabetz nidehei Israël, la réunion des exilés en Israël, etc. Telle est la volonté de Dieu. Et l'âme, étant accolée à Dieu, aspirant aux idéaux divins, c'est ce qu'elle veut elle aussi, de manière constante. Elle est constamment en train d'espérer et d'aspirer à la concrétisation de ces idéaux divins. Et par là même, elle est liée à Dieu.
Et quand on se tient debout et qu'on dit ces mots, ce n'est que l'expression de notre âme dans le monde concret, par notre bouche. Et alors elle est en extase. Pourquoi est-elle en extase ? Parce que dans la majeure partie de la journée, elle, l'âme, aspire à des choses très hautes, très spirituelles, très idéales. Et nous, ce bout de chair, ce qu'il recherche, c'est bien manger, bien boire, bien s'amuser. Il y a donc une certaine incompatibilité entre ce que l'âme aspire et ce que ma conscience, mes sentiments, mes aspirations veulent. Ce n'est pas totalement la même chose.
Et voilà que, lorsque arrive le moment de la tefila, il y a une compatibilité parfaite entre l'âme et le corps. Le Kuzari appelle ça pri atsmo. C'est le fruit. Le fruit dans l'arbre, c'est l'apothéose: toute la sève qui monte dans les branches, etc., finit par apparaître dans ce fruit. Tout l'arbre n'est là que pour donner naissance à ce fruit. C'est l'essentiel, c'est le concentré, c'est l'objectif ultime de cet arbre, qui apparaît dans le fruit. De même, l'objectif ultime de toute ta journée de vie, c'est le moment où tu exprimes, en mots, et c'est censé être pas seulement en mots, même au niveau de tes conceptions, au niveau de tes sentiments, d'être totalement mobilisé autour de ces mots, ce à quoi ton âme aspire constamment.
Donc là, il y a une compatibilité parfaite. On peut imaginer que cette âme, qui la plupart de la journée est assez frustrée de vivre à l'intérieur d'un corps, une conscience emplie de sentiments qui va totalement à la dérive, totalement déconcentrée de son objectif essentiel, est assez frustrée toute la journée. Et voilà que pendant la tefila, ce bonhomme avec qui elle vit aspire exactement aux mêmes aspirations qu'elle. Donc là, elle est dans sa jouissance la plus parfaite.
Comment se fait-il qu'elle reste ? Parce qu'elle est patiente. C'est comme une femme qui vit avec un mari qui est un peu tordu. Les femmes sont très fortes, elles sont patientes. Elles attendent que ce mari se remette sur les bons rails et qu'ils puissent continuer à vivre une vie conjugale normale. Malgré toutes ces déviations, ces idioties, etc., elles attendent patiemment. Et si finalement elles se rendent compte que ça ne mène à rien, eh bien, c'est le divorce. Donc l'âme aussi est patiente. Et il est normal que le corps prenne du temps. Elle ne peut pas s'envoler dans la stratosphère comme elle le voudrait, dénudée de tout.
L'apesanteur, puisqu'elle est toute âme, et le corps est lourd, il a ses problèmes, ses fatigues, ses crises, etc. Donc elle est réaliste, elle sait bien que ça prend du temps. Et de temps à autre, elle explose de frustration. Donc qu'est-ce qu'elle fait ? Elle met son mari, qui est le corps, au lit, et elle va se promener dans les cimes les plus hautes. Ça s'appelle le sommeil. Ce n'est que le sommeil, dans un premier temps.
Donc, qu'on sache: comme symptôme, plus quelqu'un dort, plus cela prouve qu'il n'arrive pas à exprimer son potentiel. Il s'évade, il se laisse mourir un petit peu. S'il arrivait à exprimer entièrement son potentiel, c'est-à-dire donner à son âme la possibilité de s'exprimer dans toute sa vigueur, il n'y aurait pas besoin de dormir. Dormir, c'est se sauver et permettre à l'âme de se sauver. Elle met ce boulet de canon auquel elle est attachée toute la journée au lit, et elle s'envole dans la stratosphère, dans les mondes spirituels, dans les espérances les plus idéales, etc.
Et si, à plusieurs reprises, elle fait ça, c'est-à-dire pendant quelques années, et que ça ne donne rien, puisque c'est complètement bouché, eh bien finalement, elle le met dans un lit bien creux et bien profond, et elle s'envole pour l'éternité. Ça s'appelle la tombe. C'est la mort. Le sommeil long.
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Ce cours fait aussi partie de la série « La téfila selon le Rav Kook ».
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