Chavouot : le don de la Torah et le sens du monde
Pourquoi la fête dépasse le souvenir du Sinaï : la Torah donne au monde une direction, grâce au peuple d'Israël.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : Roch Hachana, la tête de l'année et le retour à soi, 20 min
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Aujourd'hui, Bezrat Hachem, nous allons traiter de la fête de Chavouot et essayer de comprendre ce qu'elle vient nous enseigner. Il faut vous enlever de la tête l'idée que cette fête vient seulement commémorer le don de la Torah. Ça, c'est effectivement ce qui s'est passé dans la nature, dans la réalité, mais il y a quelque chose de beaucoup plus profond qui vient nous dire que l'idée première, qu'il y avait avant la création même de ce monde, c'est-à-dire la loi éthique qui gérait l'Infini béni soit-Il, qui était en fait toute la volonté de l'Infini béni soit-Il, toute cette idée première, toute cette morale première, qui était elle-même le plan de toute la création. Et bien toute cette idéologie-là
Autrement dit, il y avait ce qu'on appelle dans la Kabbale une klipa, une écorce de silence. Dieu ne s'était pas révélé durant ces 2000 ans. Et donc le monde était dans un état de Tohou va-Bohou, puisqu'il y a un partage en trois parties dans toute l'histoire humaine: 2000 ans de Tohou va-Bohou, 2000 ans de Torah, et 2000 ans de jour messianique. Avant le don de la Torah, de cette fête de Chavouot que nous fêtons, il y avait en fait un silence divin qui faisait que le monde d'en bas, la création tout entière, était dans un état de tohou va-bohou, c'est-à-dire sans aucune direction, sans aucun sens. Personne ne savait en fait où ce monde allait, vers quoi il avançait.
Ça, ce sont des personnes individuelles. Il n'y a pas encore de Torah qui est donnée au monde. Il n'y a pas encore de loi divine. Alors, ils étaient à un niveau prophétique où ils ont entendu des choses. Ce n'est pas suffisant, parce qu'ils ne peuvent pas le faire en tant qu'individus. Il faut être un peuple pour le faire. Tant que nous sommes des individus, ça ne marche pas. Et c'est Dieu qui le dit lui-même à Abraham. D'accord ?
Il lui dit: Lekh Lekha, ve-e'essé'a le-goy gadol, je veux faire de toi une grande nation. Venivrekhou vekha kol mishpekhot haadama: c'est seulement en tant que nation que tu pourras diffuser ma parole. En tant qu'individu, c'est sympathique, tu vas voir 10 000 personnes maximum, mais ce n'est pas l'humanité. Là, il y a quelque chose, un changement total et une réception de quelque chose. Ce n'est pas du vide. On m'a dit que là il y a…
Un élément très fort, avec une histoire, une Torah, un texte qui va descendre, et au-delà de l'histoire que ce texte va raconter, il va en fait donner un message beaucoup plus subliminal, caché à l'intérieur, de comment le monde doit être géré. C'est comme si maintenant Dieu donnait le plan pour que ce monde réussisse. Jusqu'à maintenant, il ne l'avait pas donné. Question: pourquoi ne l'a-t-il pas donné jusqu'à maintenant ? Réponse: parce que la forme humaine capable de le recevoir n'était pas encore là. Je veux parler du peuple d'Israël. Donc nous sommes ici dans un engrenage qui emprisonnait Dieu et qui l'empêchait de se dévoiler sur terre tant que le peuple d'Israël n'était pas dévoilé.
Quand est-ce que le peuple d'Israël s'est-il dévoilé ? Cinquante jours après la sortie d'Égypte. Au moment où il y a maintenant un peuple d'Israël, il va devenir l'intermédiaire, il va devenir le porte-parole, il va devenir le porteur de ce message. Donc ce message maintenant va descendre. Si on ne comprend pas le don de la Torah, au moins à ce niveau-là, ça reste une petite fête religieuse: j'ai reçu la Torah, je fais machin, Chag Chavouot, on mange du lait, des laitages et des machins. Il faut bien comprendre qu'il y a ici une révolution totale au niveau de la vie et de toute la création tout entière. Ça veut dire qu'en fait, ce qu'on a appelé tout à l'heure la klipa, l'écorce du silence divin, d'un coup cette écorce s'est cassée, a explosé. Et à partir de ce moment-là, l'Infini béni soit-Il commence à revenir dans sa propre création.
Jusqu'à maintenant, Il s'était retiré de sa création. Comment s'était-Il retiré de sa création ? Tout simplement: pour créer le monde, il fallait que l'Infini se retire, entre guillemets, se mette dans un secret, dans une cachette. Parce que, lui présent, le monde ne peut pas être, vous comprenez ? C'est comme si je prenais trop de place et que je ne laissais aucune place à personne d'autre. L'Infini béni soit-Il, s'il prend de la place, personne d'autre ne peut exister. Donc, pour que quelque chose d'autre puisse exister, pour que quelqu'un d'autre puisse exister, qu'est-ce qu'il fait ? Il se cache. On appelle ça le Tsimtsoum, c'est-à-dire qu'Il s'est contracté. Il s'est fait tout petit, Il s'est caché pour laisser une autonomie.
Quand vous allez être papa, Bezrat Hachem, c'est très important de comprendre ce secret. C'est-à-dire que vous ne devez pas être trop présent. Sinon, vous étouffez l'enfant. Donc il faut être présent, mais savoir en même temps se cacher, se retirer pour laisser à l'enfant une autonomie, pour qu'il grandisse, pour qu'il devienne lui-même ce qu'il doit être, et pas la réplique de son père qui lui dit « fais un, deux, trois, quatre, cinq ». Ça, ce n'est pas de l'éducation. La vraie éducation, c'est de donner une impulsion de désir et de te retirer pour laisser à l'enfant l'autonomie de grandir de lui-même. Et bien c'est ce qu'HaKadoch Baroukh Hou a fait dans la création. Il s'est retiré en quelque sorte. Il a caché Sa lumière, plus exactement.
Et maintenant, au moment du don de la Torah, que se passe-t-il ? Il revient dans le monde. Or, s'Il revient dans le monde, cela revient à ce qu'on a dit tout à l'heure: le monde va disparaître s'Il revient. C'est pour ça que son retour dans le monde ne se fait pas en pleine puissance. Il revient par injection, comme de l'essence qui est donnée dans une voiture, c'est-à-dire juste ce qu'il faut. Et ce juste ce qu'il faut, c'est le Matan Torah au mont Sinaï. C'est une lumière divine. La Torah, ce n'est pas un texte. C'est Or, c'est la lumière. Or raita. C'est la lumière qui revient sur terre. Et comment revient-elle sur terre ? Étape par étape, pour laisser le monde s'habituer aux différentes étapes et ne pas brûler complètement par le retour d'HaKadoch Baroukh Hou dans ce monde.
Donc on parle en fait d'un retour de Dieu. Comment est-ce qu'on appelle ça en hébreu ? Techouva. Donc le don de la Torah, c'est en fait une techouva, un retour de l'infini dans le fini. C'est le retour d'Hachem. Alors, pour comprendre tout ça, il faut, bien entendu, élargir tout ce que vous savez sur cette fête. On va lire.
Qu'est-ce que ça veut dire ? Yihoud veut dire un lien intime. C'est-à-dire qu'HaKadoch Baroukh Hou recrée, retisse un lien avec le monde qu'Il a lui-même, entre guillemets, quitté pour lui laisser cette autonomie dont j'ai parlé tout à l'heure. Donc maintenant HaKadoch Baroukh Hou revient dans ce monde et Il va s'unifier au monde. C'est ce qu'on appelle …
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