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Pourim : pourquoi deux jours de fête ?

Villes fortifiées et villages ouverts : la double date de Pourim et ce qu'elle enseigne sur l'exil et la Terre d'Israël.

1 h 24

Rav Shlomo Aviner

Ensuite : Pourim, le dévoilement de Hachem derrière l'histoire, 55 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

## Pourquoi deux jours ?

Pourim Saméa'h. Comme vous le savez, Pourim est divisé en deux jours, ce qui est quelque chose de particulièrement exceptionnel. En principe, un peuple, une nation, une Torah, un jour de fête. Et là, il y a deux jours. La réponse est bien connue, parce qu'il y a eu deux miracles. Il y a eu un miracle dans tout l'Empire perse, et il y a eu un miracle particulier à Shouchane, à Suse. Ça, c'est compréhensible.

Mais la question la plus grave est que, à l'instar de ce qui s'est passé, ce n'est pas seulement une distinction entre Suse et toutes les autres villes, mais entre les villes fortifiées et les villages ouverts. Les villes fortifiées le 15, les villages ouverts le 14. Dans toute la terre d'Israël, et également selon une opinion, vraisemblablement celle de Maïmonide, dans le monde entier.

On aurait pu croire que les Juifs habitant dans des villes fortifiées n'ont pas eu de miracle, car ils auraient pu se protéger et lutter contre l'ennemi. Erreur, erreur. On peut lutter contre un ennemi de bas étage, mais on ne peut pas lutter contre l'Empire perse qui a conquis 127 provinces, même si on est dans une ville fortifiée. Donc il y a eu miracle dans les villages ouverts, et il y a eu miracle dans les villes fortifiées.

Mais il y a quand même une autre question qui se pose. D'après un de nos sages, Rabbi Yehoshoua ben Korḥa, il s'agit des villes qui étaient fortifiées à l'époque d'Assuérus, puisque ces événements ont lieu à cette époque. Donc on devrait distinguer entre les villes fortifiées à l'époque d'Assuérus, où il y a eu miracle, et les villages ouverts à l'époque d'Assuérus. C'est l'opinion de Rabbi Yehoshoua ben Korḥa, qui est tout à fait logique.

Mais cette opinion n'a pas été retenue, ainsi que vous pouvez le voir dans la Michna de la Méguila, au départ: il s'agit de villes fortifiées à l'époque de Yehoshoua bin Noun, de Josué. Si cette ville était fortifiée à l'époque de Josué, c'est le 15; sinon, c'est le 14. Mais ce n'est pas logique. Qu'est-ce qu'on a à faire de Yehoshoua ? Ces événements ont lieu des centaines et des centaines d'années après Yehoshoua.

Entre Yehoshoua et Assuérus, il y a eu des bouleversements. Réponse du Talmud de Jérusalem: parce qu'à cette époque, malheureusement, la terre d'Israël était détruite, était une désolation, une abomination de la désolation, et il n'y avait aucune ville fortifiée. Tout était désert. Alors, pour redonner de l'honneur à la terre d'Israël, on a choisi pour date ce passé glorieux de Yehoshoua bin Noun: nous avions un pays, un État, un royaume, et nous avions des villes fortes.

C'est un point très important, car, comme vous le savez, quand on est en exil, on s'habitue à l'exil. On s'habitue à tout, d'ailleurs, à de bonnes habitudes et à de mauvaises habitudes. L'exil, c'est une très mauvaise habitude. Ce n'est pas notre faute si on était en exil; on a été chassés par les Romains et par d'autres énergies humaines, méchantes et cruelles. Ce n'est pas notre faute si on était en exil. Mais c'était notre faute si on s'est habitués à l'exil.

Il fallait interdire de s'y habituer. Nous devions nous rappeler à chaque instant que ces terres sont des terres étrangères, que ce n'est pas notre pays. Nous devions, nous devons et nous devons encore savoir que notre pays, c'est ici et pas là-bas.

L'expulsion des Juifs d'Espagne a été extrêmement cruelle, terrible. On a été jetés, on a été dépossédés de nos biens, jetés dans le désert, hommes, femmes et enfants, dans une marche sans fin, et beaucoup sont morts. Ce n'est pas parce qu'on était en Espagne, ce n'était pas notre faute. Mais c'est parce qu'on s'est sentis bien en Espagne. Ça, c'était grave.

Les croisades ont écrasé, en passant, des villes. Je parle de la première croisade et des villes de France et d'Allemagne. Ce n'est pas parce qu'on habitait là-bas, il fallait bien habiter quelque part. Mais c'est parce qu'on se sentait bien là-bas. Et ça, c'était grave.

Il y avait un grand rabbin en France à l'époque des Tossafistes, Rabbi Moché de Coucy, qui signait ses responsa « Moché de l'exil de Jérusalem ». Lui, il n'avait pas oublié qu'il était en exil. Mais, au fil des années, les Juifs se sont habitués à l'exil.

À l'époque des événements de Pourim, bien qu'on ait eu une réussite extraordinaire, on a frappé les Perses qui voulaient nous tuer. Notre sœur Esther était reine, notre frère Mordekhaï était Premier ministre. Il ne peut pas y avoir de réussite civile et nationale plus grande que cela. Alors, tout était fait pour que nous nous sentions bien là-bas.

Nous ne nous sentions pas des citoyens de première qualité. Nous nous rappelions que, jadis, nous habitions en terre d'Israël, que jadis nous avions des villes fortifiées et que jadis nous avions une armée. Et c'est à cela que nous aspirons. Et même ces villes-là, qui jadis étaient fortifiées et qui maintenant n'étaient plus fortifiées et n'étaient plus rien du tout, nous en cultivions la mémoire dans notre for intérieur.

Nous étions en exil, mais amoureux d'Erets Israël. Vous connaissez ce chant de Rabbi Yehouda Halevi: Libi bamizrah, ani bessof maarav. Mon cœur est là-bas, à l'est, en Israël, et moi je suis aux confins de l'Occident. Comment puis-je goûter du plaisir ? Je préfère aller nu-pieds là-bas que d'habiter dans le luxe, qui, en fin de compte, comme vous le savez, est monté en Erets Israël, au port d'Akko. Il y a écrit sur le mur intérieur, au port: ici est arrivé Rabbi Oudali. Malheureusement, il s'est fait assassiner par un Arabe qui était jaloux de son amour de la terre d'Israël.

Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas oublié. Nous ne nous sommes pas sentis citoyens perses. Nous nous sentions exilés, oui, mais nous ressentions Erets Israël.

Pourquoi n'y a-t-il pas eu de vagues de montées en Erets Israël ? Réponse: parce que c'était impossible. Il y a eu une première vague à l'époque des Tossafistes, des disciples de Rashi, Rabbi Yonatan HaCohen de Lunel, Rabbi Yehiel de Paris, Rabbi Yehiel de Paris, et trois cents autres Tossafistes. C'était la plus grande alyah qu'il n'y ait jamais eue depuis l'exil. Mais ici, ils ont été assassinés par les croisés, par les Arabes. Ils n'avaient pas de quoi manger.

Donc une grande partie, malgré eux, sont retournés en exil. C'était impossible de vivre ici.

Plus tard, la nuit de Chavouot, Rabbi Yossef Caro étudiait avec ses disciples et ses condisciples, et tout à coup la Parole divine a parlé de sa gorge. Souvent, il avait des révélations, presque chaque jour, mais c'était privé; personne n'entendait. Et ce jour-là, tout le monde a entendu. La présence divine, la Chekhina, parlait de sa bouche et disait: « J'en ai assez d'être en exil. Le temps est venu. » Un long discours: « Montez ! » Et le lendemain, ils ont raconté ça aux autres, qui n'étaient pas venus …

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