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Pourquoi Abraham fut choisi : la bonne question

Un midrash de Rabbi Yitzhak sur le château en flammes, et la lecture que fait le Rambam du même texte.

47 min

Rav Élie Kling

Ensuite : Moshé et les trois signes face à l'incrédulité, 47 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Et alors, pour ce deuxième cours de midrash de la série, je vous propose l'étude d'un midrash consacré à Abraham, ou plutôt à la jeunesse d'Abraham, à sa préhistoire, comme on dit. Comme vous le savez, Abraham apparaît sur la scène de la Torah à l'âge de 75 ans, et rien n'est dit sur ce qui s'est passé avant. Et comme vous le savez, il existe des midrashim qui essaient de combler ce qui manque, des midrashim connus et d'autres moins connus.

Cela ne répond évidemment pas à la question: pourquoi la Torah n'a-t-elle pas voulu dire ce qu'Abraham a fait pendant les 75 premières années de sa vie ? C'est une question qui mérite d'être posée de toute façon. On a vraiment l'impression qu'un beau matin, tout d'un coup, Dieu dit à Abraham, sans qu'on sache exactement pourquoi il a choisi justement Abraham et pas quelqu'un d'autre.

Même un verset aussi simple que celui qu'on a vu avant pour Noah, Noah ish tsaddik tamim (Noé était un homme juste et intègre), même cela, on ne le trouve pas pour Abraham. Sans vouloir maintenant régler le problème de savoir pourquoi la Torah n'en parle pas, ce que je vous propose, c'est l'étude d'un midrash qui essaie de donner une raison à l'élection d'Abraham. Il est peut-être un peu moins connu que les autres midrashim, mais je n'en suis pas persuadé. Il est en tout cas certainement prêt à réflexion.

Regardez, cela se trouve dans la page que je vous ai donnée, en haut à droite. C'est tiré de Béréchit Rabba, le Midrash Rabba sur le sefer Béréchit. Il commence ainsi: Vayomer Hachem el Avram: Lekh lekha me-artsekha (Hachem dit à Abram: Va-t'en de ton pays). Rabbi Yitzhak patah.

Patah, comme vous le savez sans doute, c'est quelque chose de très spécial dans les midrashim. Qu'est-ce qu'une pticha dans un midrash ? C'est évidemment une ouverture: c'est par là que commence la drachа.

En général, et c'est pour cela qu'elle a un nom particulier, la pticha, le Rav qui donnait une dracha, on l'attendait sur la paracha de la semaine. Au lieu de commencer directement sur un verset de la paracha, il commençait par un verset qui n'avait rien à voir a priori, en général tiré des Tehilim, mais pas obligatoirement. Ensuite, ceux qui étaient là, ceux qui étaient au Beit Hamikdash, essayaient de comprendre ou de deviner comment il allait faire pour revenir sur ses pieds, pour revenir à la paracha de la semaine.

C'est un moyen didactique, si vous voulez, de la part des darshanim, de capter l'attention des auditeurs: en commençant par un verset qu'on n'attendait pas, c'est-à-dire un verset qui n'est pas directement lié à la paracha. C'est ce qu'on appelle une pticha.

Ici, la pticha de Rabbi Yitzhak est un verset des Tehilim, du chapitre 45, qui dit la chose suivante: Chim'i bat ur'i, ve-hatei ozneikh, ve-shikhchi ammekh ve-beit avikh (Écoute, ma fille, regarde, prête l'oreille, oublie ton peuple et la maison de ton père).

De quoi s'agit-il ? Il s'agit d'un texte de David HaMelekh, évidemment, d'un psaume des Tehilim, où David essaie de se mettre à la place d'une jeune fille qui est destinée à un roi pour qu'elle l'épouse. Ce qu'on appelle, si vous voulez, un mariage diplomatique.

Vous comprenez bien que la jeune fille, on ne lui a pas demandé son avis, qu'elle ne connaît pas le roi en question, que tout a été décidé par des gens qui sont supérieurs à elle, et que c'est quelque chose sur lequel elle n'a absolument aucune prise. Et voilà que quelqu'un, dans le but de la conseiller, de prendre son parti, c'est le cas de le dire, lui dit: écoute, de toute façon, si tu n'es pas en mesure d'empêcher le mariage, alors je te conseille de voir les choses du bon côté. Qu'est-ce qu'il veut faire d'autre ?

Donc: Chim'i bat ur'i, écoute, ve-shikhchi, oublie, oublie ta famille, oublie tout cela. Et puis essaie de voir le bon côté des choses.

En fait, le verset continue. Rabbi Yitzhak ne le cite pas ici, mais le verset continue. Si vous regardez en bas, c'est un peu sorti un peu noir sur la photocopie, mais vous voyez que malgré tout, le verset dit: Ve-yitav ha-melekh yofyekh, ki hu adonekh ve-hishtachavei lo (le roi désirera ta beauté, car il est ton seigneur, et prosterne-toi devant lui).

C'est-à-dire: finalement, le roi, excusez-moi, est intéressé à montrer ta beauté, c'est-à-dire que les gens voient que tu es belle, parce que c'est évidemment aussi un honneur pour lui d'avoir épousé une fille jolie. Alors tu auras beaucoup de publicité, tu seras sur les premières pages des magazines, vous savez, les magazines de têtes couronnées, je ne sais plus comment ça s'appelle, Voici, Voilà, je ne sais pas quoi.

Bon, c'est vrai que c'est un peu gênant, parce que tu quittes ta famille, etc. Mais enfin, vois les bons côtés des choses. Et de toute façon, tu n'as pas le choix: ki hu adonekh, puisqu'il est ton seigneur, tu n'as pas le choix.

Voilà donc le verset que Rabbi Yitzhak prend ici pour sa pticha. Le lien avec Abraham n'est pas très compliqué à comprendre: il compare apparemment la jeune fille à Abraham. Abraham aussi est obligé de quitter sa famille, etc. Mais on lui conseille de voir les bons côtés des choses, même s'il éprouve une certaine appréhension. Vous voyez, c'est finalement pour ton bien.

Et puis, Bereshit... finalement, il y aura plein de bonnes choses qui arriveront, parce que tu acceptes de quitter ton environnement familial. C'est ce à quoi on s'attend donc, après cette petite pticha, à ce que Rabbi Yitzhak nous dise la suite.

Or, très curieusement, regardez: le midrash semble s'arrêter au milieu. Prenez la suite, nous sommes à la troisième ligne du midrash: Amar Rabbi Yitzhak. Déjà, c'est très curieux. Quand on commence par Rabbi Yitzhak patah, on ne continue pas en disant Amar Rabbi Yitzhak, Rabbi Yitzhak a dit. Évidemment qu'il a dit, puisqu'il a commencé à parler. Normalement, il continue à parler sans qu'on soit obligé de préciser Amar Rabbi Yitzhak. Et pourtant, le midrash redit ici: Rabbi Yitzhak a dit. Il lance une question qu'il faut essayer de comprendre.

Alors, qu'est-ce qu'il dit, Rabbi Yitzhak ? Mashal le-ehad: cela ressemble à quelqu'un, she-haya over mi-makom le-makom, qui allait d'un endroit à un autre. Ra'ah birah achat dolekah: il a vu une birah qui brûlait.

Qu'est-ce qu'une birah ? Ce n'est pas la tombe, non. Birah, aujourd'hui, vous savez, à part ce sens, birah veut dire aussi une capitale, mais c'est par extension. Au départ, c'était un palais, un très joli palais, un grand monument, une grande maison, une grande bâtisse, un château, si vous voulez. Par extension, c'est devenu les capitales. Je suppose que c'est parce que les grands châteaux se trouvaient dans les capitales, je ne sais pas. En tout cas, birah, dans le sens que le midrash lui donne, c'est un grand palais, une belle maison.

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