Le midrash de Rabbi Akiva sur les vingt-deux lettres
Pourquoi le Tav se présente le premier à l'appel d'offre divin, et ce que cela enseigne sur la création par la parole.
Rav Élie Kling
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Très bien. On m'a demandé de faire des cours de midrash, c'est donc ce qu'on va faire. Le premier sujet qui va nous intéresser est évidemment l'un des tout premiers midrashim, ou plutôt un midrash que vous ne trouverez pas en général dans les livres habituels de midrashim. C'est un midrash qui se trouve dans un recueil particulier qui s'appelle Midrach Otiot Rabbi Akiva, c'est-à-dire les midrashim concernant les lettres, par Rabbi Akiva.
Tous les midrashim consignés dans ce recueil présentent deux particularités. La première, c'est qu'ils ont été enseignés par Rabbi Akiva. La deuxième, c'est qu'ils sont en rapport avec les lettres. Voilà, Midrach Otiot Rabbi Akiva. Le premier midrash que je vais vous raconter maintenant, vous l'avez sans doute déjà entendu, puisque c'est un midrash assez célèbre. Moi-même, je l'ai entendu pour la première fois en kita bet ou guimel, vous voyez, CE1, CE2, des choses comme ça. C'est la maîtresse qui nous l'avait raconté.
J'ai un problème avec les profs qui racontent les midrashim aux enfants. Comme vous le savez, les midrashim ont été écrits par des adultes pour des adultes. Mais les ganenot, les jardinières d'enfants, et les institutrices aiment bien raconter ce genre de choses parce que cela, je suppose, tient les enfants en éveil. Le problème, c'est que si on ne revient pas ensuite sur le midrash plus tard, on risque de passer à côté de l'enseignement principal.
Le midrash que j'ai entendu pour la première fois racontait la chose suivante. Quelle est la différence entre la création divine et la création de l'homme ? Les hommes créent également, mais en quoi Dieu crée-t-il différemment des hommes, dites-vous-mêmes ? La différence essentielle: lorsque nous créons, nous fabriquons des tables, des chaises, des micros et des livres; lorsque Dieu crée, il crée un monde. Et quelle est la différence entre sa manière à lui de créer et ma manière à moi de créer ? Il y en a au moins deux, essentielles.
D'abord, de nature: lorsque Dieu crée, il crée à partir de rien, d'accord ? C'est ce qu'on appelle en hébreu yèsh mé-ayin, quelque chose à partir de rien du tout. Alors que lorsque les hommes créent, en fait ils ne créent pas, ils transforment, ils créent à partir de quelque chose, yèsh mi-yèsh, quelque chose à partir de quelque chose qui existe déjà. C'est une grande différence. Une deuxième différence entre la création de Dieu et celle des hommes: nous créons en général avec les mains. On prend la matière qu'on essaie de transformer. Dieu, lui, crée avec quoi ? Enfin, ce n'est pas tout à fait ainsi que c'est écrit, en tout cas. Il crée avec la parole.
Vous vous rappelez la Aqdamot du matin: Baroukh Cheamar vehaya olam, celui qui parle, et par sa parole, le monde est. Il y a dix paroles créatrices, assarah maamarot, dans le premier récit, le premier chapitre de la Torah: dix fois, enfin presque dix, il est écrit Vayomer Elohim, et Dieu dit, par exemple, « que la lumière soit », et la lumière fut. Il y a donc dix paroles qui ont été productrices de création, et Dieu crée par la parole.
C'est à partir de ce principe, que tout le monde connaît, que le midrash de Rabbi Akiva nous enseigne la chose suivante. Au moment où Dieu voulut créer le monde, il avait besoin de mots. Et puisqu'il a besoin de mots, il a besoin de lettres pour former un mot. Comme c'est un Dieu démocrate, il décide… Il décide de voir quelle est la meilleure lettre qui pourrait lui servir pour commencer le premier mot, donc pour débuter la création. Il ne voulait pas l'imposer. Il a décidé de faire un mikhraz, un appel d'offres: il dit, j'ai besoin d'une lettre, que toutes celles qui sont intéressées se présentent. Évidemment, les vingt-deux lettres de l'alphabet se sont toutes présentées, chacune voulant avoir l'honneur d'être la première, celle par laquelle on allait commencer la création du monde.
Voilà le thème du midrash de Rabbi Akiva. Vous avez entendu parler de ce midrash ? Ça vous dit quelque chose ? Midrash connu, oui. Imaginez donc Dieu assis sur son trône, et les vingt-deux lettres dehors, qui attendent. Et Dieu dit: d'accord, au premier. Quelle est la première lettre qui va rentrer ? C'est le Tav, très bien. Pourquoi le Tav rentre-t-il le premier, et non pas l'Aleph, comme on aurait pu le croire ? Ce n'est pas à cause de ça: c'est parce que le Tav pèse. Combien pèse le Tav ?
Il pèse 400. Chaque lettre a une valeur numérique, et le Tav est celle qui a la plus grande valeur numérique. Il pèse 400. Il pousse donc tout le monde, tout simplement, et il rentre le premier. Le Tav rentre, et Dieu le regarde dans les yeux et lui dit: désolé, mais impossible de commencer le monde par toi. Et pourquoi ? Parce que tu me rappelles la mort, dit Dieu. La mort en hébreu se dit mavèt. Vous voyez ? Mèt, c'est le mort; mavèt, c'est la mort. Or, dans mavèt, il y a la lettre Tav.
Ce qui est très curieux dans cette histoire, c'est que le Tav, au lieu de répondre ce que n'importe qui aurait répondu à sa place, c'est-à-dire: d'accord, c'est vrai que je fais partie des lettres qui composent le mot mort, mavèt. Mais d'abord, je ne suis pas le seul, il y en a d'autres. Et ensuite, surtout, je ne fais pas que ça, moi, dans la vie. Le Tav est aussi l'initiale de mots très jolis, et il aurait pu dire: mais je suis aussi Torah, je suis Tsimmah, je ne sais pas, toutes sortes de mots sympathiques qui existent en hébreu et qui commencent par Tav ou dans lesquels le Tav se trouve.
Et voilà que le Tav, au lieu de répondre ce qu'il aurait dû répondre, baisse la tête, et carrément, il sort. Et là, il rencontre ses copines, les autres lettres, et il leur dit: alors, comment c'était ? Ne me demandez pas, c'était terrible. À peine je suis rentré, que je suis déjà sorti. Il m'a juste regardé, il m'a dit: c'est pas toi, enfin bon.
Bref, qui rentre en deuxième position après le Tav ? Qui pèse le plus lourd après le Tav ? C'est le Chin, qui pèse combien ? 300 ! Le Chin pèse 300. Il pousse donc tout le monde, il rentre juste après le Tav. Et lorsque le Chin est rentré, Dieu le regarde dans les yeux et dit: « Ah non ! Surtout pas ! Pourquoi pas le Chin ? Parce que toi, tu es cheker. » Cheker, cela veut dire mensonge. On ne va pas commencer le monde sur un mensonge.
Et là, de nouveau, le Chin aurait pu dire: Chalom, Chabbat, Chéker, Chalva, je ne sais pas, toutes sortes de mots sympathiques qui commencent par Chin. Eh bien non, le Chin ne dit rien, et il s'en retourne sans son nom. Vous allez me dire: Eli Kling, pas bête, hein, pour …
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