Les deux Messies d'Israël : Yosef et Yehouda
Yosef, porteur de l'exil et de sa fin, et Yehouda, figure de la Gueoula : deux façons de vivre l'histoire.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : Le temps, l'espace et l'être : les trois Chabbat, 59 min
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## Introduction: la Torah et le lecteur
Ben Azad Hachem, aujourd'hui nous allons parler des deux Messies d'Israël.
Le monde, d'une manière générale, a été créé pour la révélation des valeurs de l'infini dans ce monde. C'est-à-dire que tout le but même de la création, c'est de révéler le Nom d'Hachem dans la structure de la nature. Et donc, dans ce schéma général, il faut comprendre comment se réaliser dans le temps.
La sensibilité que la Torah développe chez le lecteur, au sein du lecteur, lorsque ce lecteur lit le narratif historique, qu'elle ouvre devant lui. C'est-à-dire que lorsque la Torah nous raconte une histoire, elle doit développer, et elle développe chez le lecteur, une sensibilité particulière qui va pousser le lecteur à prendre des décisions importantes dans sa vie. Là, la Torah est différente de toute autre science.
Car dans la science générale, dans une lecture, dans une étude, on n'est pas forcément plus riche à la fin de l'étude que nous l'étions avant. C'est-à-dire que l'étude même de la Torah contient en elle une force qui va changer le lecteur, qui va transformer le lecteur, qui va le porter vers un autre niveau. Et donc il va prendre des décisions dans sa vie.
Comment est-ce que ça se passe ? Eh bien c'est un schéma secret qui dépasse l'entendement humain. Étant donné que la Torah est divine, que c'est la parole du divin, que c'est une prophétie, que c'est l'objectivité de l'Infini, béni soit-Il, qui descend dans ce monde, eh bien ça contient une énergie spéciale qui va transformer le lecteur.
Donc le lecteur ne reste pas distant du texte qu'il est en train de lire. Quand vous étudiez les maths, vous ne devez pas devenir un triangle ou un rectangle. Quand on étudie la Torah, il y a une force qui circule à l'intérieur de l'étude et qui va transformer l'homme qui l'étudie. Et donc il y a ici une sensibilité qui va se développer dans ce sens-là.
Ametachagadolakayam ben Yosef le ben Yehouda. Dans le texte que nous venons de lire, il y a une tension qui se développe entre deux personnages de la Torah: l'un d'entre eux, Yosef, l'autre, Yehouda. Cette tension, d'un côté, nous paraît être négative, car il y a apparemment une discorde entre les frères, il y a apparemment une dispute, il y a des idées différentes, des prises de conscience différentes, des idéaux différents.
Mais au fond de cette tension, il y a quelque chose de bien. Il y a une énergie qui, en réalité, prépare à la Gueoula, qui prépare à la délivrance, pas seulement du peuple d'Israël, mais du monde entier avec le peuple d'Israël. Cette discorde-là, cette tension-là, se dévoile et se développe tout au long de l'histoire. C'est-à-dire que jusqu'à aujourd'hui, nous vivons dans la tension qu'il y avait entre Yosef et Yehouda: deux façons de voir la vie.
Alors, on va essayer de rentrer un tout petit peu plus dans la structure mentale et dans le ressenti de Yosef. Yosef, c'est celui qui prend conscience de tous les changements qui opèrent dans l'histoire. C'est-à-dire qu'il voit les informations du jour et il sait qu'il y a des hauts et des bas. Il sait que parfois les informations ne sont pas très optimistes. Il sait que parfois il y a des changements radicaux
qui vont peut-être aboutir à quelque chose de difficile pour la nation d'Israël. En tout cas, il sait voir ces changements-là. Il sait vivre dans un monde où le changement existe. Donc on peut considérer que Yosef, c'est l'homme qui vit dans son corps l'exil.
Un exil qui a été annoncé en prophétie à Abraham, son arrière-grand-père. C'est-à-dire que Dieu, dans la Brit bein HaBetarim, dans l'alliance qu'Il a contractée avec Abraham, dit à Abraham que sa descendance va être dans un pays étranger. On veut, bien entendu, parler de l'Égypte. Et celui qui va porter en lui cet exil, en premier en tout cas, c'est Yosef.
Ce n'est pas par hasard que c'est lui le premier qui est descendu en Égypte. Et donc il porte en lui la racine d'Israël en exil. Comment est-ce que Yosef va vivre cet exil ? Eh bien, il va rester tsadik. C'est-à-dire que Yosef va vivre en exil dans le plus dur des exils, en Égypte, qui correspond en fait à la fermeture totale, à l'antithèse de ce que représente Israël dans son degré le plus élevé.
Alors si on prend l'Égypte et Israël, ce sont en réalité les extrêmes les plus grands. Il n'y a pas plus loin de Dieu que l'Égypte. Il n'y a pas plus proche de Dieu qu'Israël. Et ce n'est pas par hasard que Israël et l'Égypte, même au niveau territorial, se touchent: il y a une frontière. C'est-à-dire que le plus loin et le plus proche se touchent. Ça veut dire que quand on descend en Égypte, on s'éloigne au maximum d'HaKadosh Baroukh Hou. Quand on revient en Israël, on se rapproche au maximum d'HaKadosh Baroukh Hou.
L'Égypte n'est pas seulement un pays, ça représente en fait tous les pays qui sont en dehors de cette terre d'Israël. Cette information, nous la donne Rabbi Nahman de Breslev. nous dit que tous les exils, tous, sans aucune exception, s'appellent Mitzrayim. Donc Mitzrayim, ce n'est pas seulement l'Égypte avec les frontières égyptiennes, mais ça représente en fait l'exil dans sa totalité, et tous les pays qui sont à l'intérieur de ce système-là s'appellent Égypte. Donc il y a un code à l'intérieur de l'Égypte: c'est qu'on nous empêche d'être nous-mêmes.
Donc le mot Mitzraïm va être construit de deux mots, Meitzar et Mi. Mitzraïm, c'est Meitzar, la prison. Mi de qui ? Mi Ani, c'est-à-dire: la prison de l'identité. Donc on n'est pas plus prisonnier de l'identité qu'en Égypte, et on n'est pas plus libéré dans son identité qu'en Israël.
Donc si vous comprenez ces deux pôles de toute la vie, vous comprenez en réalité que le monde qui a été créé par la lettre Beit, Béréchit, eh bien c'est deux extrêmes: premier, l'Égypte; deuxième, Israël. Et entre ces deux extrêmes se trouve toute la vie que nous vivons. Donc tu ne peux pas tomber plus bas que l'Égypte, tu ne peux pas monter plus haut qu'Israël.
Voilà les deux extrémités de la vie dans laquelle nous sommes. Et tout ce que nous faisons, tous, au niveau individuel ou collectif, c'est en réalité voyager toute notre vie entre l'Égypte et Israël. Et pas seulement au niveau du territoire, vous comprenez bien: au niveau de votre mentalité, au niveau de votre identité, au niveau du temps. Il y a un temps qui est le plus Israël, ça s'appelle Chabbat. Il y a le temps le plus exilé, c'est le jour le plus loin de Chabbat. Et il faut comprendre quel est le jour le plus loin de Chabbat.
La même chose au niveau de l'espace, ça vous l'avez compris, et donc au niveau des êtres. Vous pouvez vivre en Égypte ou vous pouvez vivre en Israël, même si vous êtes ici, selon le degré, la qualité de vie …
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