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La kavana de la prière selon le Talmud et la Michna

Rav Oury Cherki explique le kovèd drosh, l'équilibre joie-crainte et le rejet du doute avant de prier.

55 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : L'ismoch Gueoula litefila : la place de Gaal Israël dans la prière, 55 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Très bien, génial. Nous allons continuer ce que nous avons commencé la dernière fois. Ce texte ne vous est pas photocopié, mais faites-moi confiance, je ne vous tromperai pas quant à la teneur du texte lui-même. Merci beaucoup, chaleur. Vous vous rappelez qu'il y a un problème: qu'est-ce qui nous permet d'entrer dans la prière ? À ce propos, la Michna nous dit qu'on ne peut se lever pour faire la prière que si l'on a un sérieux, un kovéd rosh, comme on dit en hébreu moderne. Le terme de kovéd rosh en hébreu moderne signifie le sérieux. Mais il y a ici plus que cela: Rachid nous dit Akhna, une sorte de soumission. Mais quel type de soumission ? La Guemara nous amène plusieurs possibilités pour comprendre ce qu'est ce kovéd rosh dont il est question.

Je voudrais revenir sur un autre problème que nous avons évoqué. La Michna dit que les Hassidim harishonim, c'est-à-dire les hommes pieux de l'Antiquité, mettaient une heure pour orienter leur cœur. Je n'ai pas très bien compris pourquoi ils avaient besoin d'une heure pour orienter leur cœur, étant donné qu'ils orientent leur cœur vers leur Père qui est au ciel, Avihem shebachamayim.

En principe, ce sont des hassidim d'un très haut niveau. Ils sont supposés penser à Dieu tout le temps. Pourquoi ont-ils besoin d'une heure entière pour se remettre en condition ? Ce n'est pas très clair non plus. En tout cas, nous avons déjà vu trois options différentes. La première est celle de Rabbi Elazar, qui dit que le kovéd rosh consiste dans l'amertume, en se basant sur Chana. Chana, dont il est dit: elle était amère dans son âme, et elle pria. Cela veut donc dire que la prière vient d'un sentiment de frustration, d'un manque qui nous habite, et c'est ce manque que je viens combler en m'adressant à Dieu. Nous avons vu que la Guemara n'était pas satisfaite de cette interprétation, et qu'elle en a proposé une deuxième.

Elle explique le kovéd rosh comme une forme de crainte: Avô Béthécha, Echta Chavé, Léchal Kochecha, B'Yiratecha. « Je me présente dans ton saint sanctuaire en donnant la crainte de toi. » À nouveau, la Guemara n'est pas satisfaite. Elle nous donne alors une troisième interprétation, celle de Rabbi Yehoshua ben Lévi. Je voudrais vous lire le texte de Rabbi Yehoshua ben Lévi.

« Et là, Amma, Rabbi Yehoshua ben Lévi, mehachah. Rabbi Yehoshua ben Lévi le déduisait d'ici. » Il amène un verset des Tehillim, chapitre 29, c'est-à-dire: Hishtachavou l'Hachem behadrat kodesh. « Prosternez-vous devant l'Éternel dans la splendeur de la sainteté. » Behadrat kodesh. Et Rabbi Yehoshua ben Lévi nous dit: il ne faut pas lire hadrat, dans la splendeur, mais beredat, dans le tremblement.

Et là, je crois que nous avons déjà posé la question: comment Rabbi Yehoshua ben Lévi se permet-il de changer le texte ? Le verset dit « dans la splendeur », et il dit: non, ce n'est pas la splendeur, c'est le tremblement. Oui, mais dans mon texte, c'est écrit « splendeur ». N'est-ce pas ? Vous avez compris ma question ? La question est claire ?

— Oui.

— Quoi, non ?

Alors pourquoi ne le dites-vous pas ? Pourquoi dois-je demander si c'est clair ? C'est incroyable, toujours des excuses. Bon, je reprends. On veut savoir où il est question dans le Tanakh du kovéd rosh, n'est-ce pas ? Rabbi Yehoshua ben Lévi nous dit que c'est écrit en toutes lettres dans Tehillim 29, mais pour que cela fonctionne, il doit transformer le verset.

Que dit le verset ? Hishtachavou l'Hachem behadrat kodesh: prosternez-vous devant Dieu dans la splendeur de la sainteté. La splendeur, ce n'est pas encore du kovéd rosh, n'est-ce pas ? Rabbi Yehoshua ben Lévi dit qu'il faut lire le verset autrement. Pas hadrat, mais beredat. Ne lis pas « splendeur », lis « tremblement ». De qui se moque Rabbi Yehoshua ben Lévi ?

Le texte me dit: il faut se prosterner dans la splendeur. Et lui dit: non, ce n'est pas ce qu'il faut lire, il faut lire dans le tremblement. D'accord ? Maintenant, ma question: comment Rabbi Yehoshua ben Lévi se permet-il de transformer le texte ? Le texte dit « splendeur », il ne dit pas « tremblement ». Vous avez compris la question ? La question est claire ? Oui ? Génial, très bien. Nous allons donc répondre.

Quand Rabbi Yehoshua ben Lévi dit « ne lis pas », cela veut dire que ce que David a dit dans les Tehillim est bon pour David, mais pas pour toi. Comment ? C'est une question de niveau. Il faut être du niveau du roi David pour dire « la splendeur ». Mais toi, qui n'es pas du niveau du roi David, tu vas dire « le tremblement ». Ah bon ? Et pourquoi ? Qu'y a-t-il de problématique à se prosterner dans la splendeur de la sainteté ?

La splendeur est un sentiment esthétique, n'est-ce pas ? On voit, c'est splendide, c'est très beau. D'où me vient ce sentiment ? D'où est-ce que je tire le sentiment de splendeur ? En contemplant la nature. Or il y a un danger: un sentiment religieux face à la nature amène au paganisme, peut-être même à une conception panthéiste du monde. Le roi David, on sait très bien que lorsqu'il faisait la tefila à partir de la splendeur, il découvrait, derrière la nature, l'auteur de la nature. Mais moi, qui ne suis pas du niveau du roi David, je risque de m'arrêter au milieu du chemin et de ne voir que la nature.

Alors Rabbi Yehoshua ben Lévi me dit: toi qui n'es pas David, tu vas lire bechardat kodesh, dans le tremblement. Parce que dans le tremblement, il y a un ébranlement de la stabilité. Et la stabilité m'est offerte par la nature. Quand je suis dans le tremblement, je dépasse la nature, je rencontre l'infini. C'est le sentiment religieux qui habite un être fini et qui est ébranlé face à l'infini. Il existe un livre, Crainte et tremblement, d'un philosophe danois, qui a expliqué ce qu'était le sentiment religieux face au tremblement. Oui ?

— Comment ? Oui, deuxième question.

Si je peux reprendre tes deux questions: la première, quelle est la position du judaïsme par rapport au panthéisme ? Deuxièmement, si cela n'est vrai que pour David, pourquoi est-ce écrit dans le Tanakh, alors que le Tanakh s'adresse à tout le monde ? Nous allons répondre point par point. Pour ce qui est du panthéisme, le judaïsme ne l'admet pas. Deuxièmement, pour ce qui est du Tanakh, il ne s'adresse pas à tout le monde: il s'adresse aux lecteurs du Tanakh à l'époque des prophètes. Or, nous ne sommes plus à l'époque des prophètes, et nous avons donc besoin d'une transcription, d'une interprétation du Tanakh adaptée à notre mode de vie. J'ai répondu à tes deux questions ? La première était que le judaïsme rejette le panthéisme. Comment ?

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