Roch Hachana, la tête de l'année et le retour à soi
Pourquoi Roch Hachana est un temps de pensée, de mémoire et de responsabilité collective pour le peuple d'Israël.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Hanouka : le huitième jour, lien entre l'infini et le fini, 54 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
David: Nous rentrons dans la période des fêtes de Tichri en commençant par cette fête tant attendue et tant redoutée, qui est la fête de Roch Hachana, la tête de l'an, littéralement. On va en parler avec Rony Akrich. Bonjour Rony.
Rony Akrich: Shalom David, heureux de te retrouver.
David: Merci, moi de même. Rony, qu'est-ce qu'on peut, en 2017, si j'utilise le calendrier grégorien, rajouter à tout ce qui a été dit autour de la fête de Roch Hachana ?
Rony Akrich: Oui, bien sûr, beaucoup de choses ont été dites. S'il faut actualiser la fête, je resterai sur mon sujet, essentiel. Considérez le mot Shana comme le changement. Mais ça aussi, ça a déjà été dit. Il s'agit simplement de donner une densité à la terminologie que nous employons, une densité au changement. Roch Hachana: déjà, le mot Roch nous interpelle, bien évidemment.
Rony Akrich: Puisque Roch c'est la tête, dans son sens littéral, mais que la tête est bien le lieu où nous pensons, où nous réfléchissons, c'est aussi le début. Pouvez-vous me faire dire que dès le départ, nous devons être l'être pensant ? Eh bien oui. Rouah bemémala, dira Onkelos, à propos de l'insufflation du souffle de vie dans les narines de l'homme. C'est-à-dire que dès le départ, Aristote dira que c'est l'âme politique, et nous dirons que c'est Rouah bemémala, l'âme communicatrice. Mais parce que dans cette âme politos, dans cette âme communicatrice, il y a, bien entendu, sous-jacente, la capacité de l'homme à penser, à réfléchir, et il n'y a pas, à mon avis, de pensée, de réflexion à propos d'un sujet aussi important.
David: Ce n'est pas censé être évident de commencer l'année, justement, avec une tête pensante ?
Rony Akrich: [02:38] De manière succédanée, mais avec eux-mêmes, jamais de manière primordiale. Ils ne sont pas la primauté de leur devenir. C'est triste. Le rendez-vous avec soi-même passe par le rendez-vous avec les autres, et avec… Non, non, pas du tout. Non ? Pas du tout, jamais. Il vous est impossible, David, d'offrir à qui que ce soit, et nous l'avons dit dans ces studios, vous ne pouvez offrir quoi que ce soit à qui que ce soit sans que ce que vous voulez offrir soit votre propriété.
Vous voulez aimer, David ? J'imagine comme tout le monde, qui n'a pas envie de prononcer « I love you, baby » ? Personne ne sait qui est « je », personne ne sait qui est « tu », personne n'est rentré dans l'essence et l'existence de la sémantique du verbe « aimer ». Mais tout le monde a envie de le dire. Mais si j'avais envie de vous donner un amour, quel qu'il soit, il faudrait que je le possède. C'est simple. Ça ne demande pas de grandes études pour comprendre cela. Et nous sommes confrontés à des êtres humains qui, dans ce domaine si primaire, si élémentaire, passent à côté de l'essentiel. Dans cette préoccupation du tiers objet, du tiers personne, en pensant que la réponse viendrait d'ailleurs et surtout pas de l'intérieur.
David: Bon, et la fête de Roch Hachana dont on parle dans cette émission dure deux jours, où qu'on se trouve dans le monde. Pourquoi deux jours d'introspection ?
Rony Akrich: Eh bien, nous sommes toujours dans cette confrontation avec les histoires de calendrier, et de savoir quels jours la lune est, comment dire, représentative du début du mois. Il y a deux jours, plusieurs fois dans l'année, des doubles jours, ainsi fait. Et puis, surtout, il y a, bien entendu, une distinction au-delà de l'affaire lunaire: une distinction entre Erets Israël et Yom Chéni chel Galouyot, c'est-à-dire le deuxième jour d'exil, où il y a, bien entendu, cette référence à l'inconnu de la certitude du jour, mais aussi le fait que ce deuxième jour était représentatif de cette incertitude, et donc de ce manque. Et donc nous nous retrouvons à fêter deux jours. Vous vouliez poser la question de savoir pourquoi aujourd'hui nous ne faisons pas qu'un jour, alors que nous savons pertinemment… Je parle pour les habitants d'Israël.
C'est une grande question, mais il y en a tellement d'autres. Depuis notre retour, il y a 69 ans, et du fait que nous sommes près de 7 millions de Juifs, et donc la majorité, ou presque la majorité en tout cas, nous y touchons forcément, et de manière probante: une volonté d'un monde rabbinique divisé, dispersé, éclectique, à devoir se réunir et traiter des grandes questions qui touchent non seulement au calendrier, mais à nombre d'autres sujets, dont ce n'est pas notre propre sujet d'aujourd'hui.
David: Bon, on parle de Roch Hachana, donc un champ lexical qui se prête finalement au retour à soi, à la recherche de soi. Vous avez parlé de Shana, de Chinouï, avec ce mot « année » qui ressemble au mot qui vient de la même racine que le verbe « changer ». Le mot « chavoua », pareil…
Rony Akrich: Bien sûr, mais ne rentrons pas dans le verbiage. Essayons de rester au-delà du verbe et d'avoir une vue d'ensemble de ce que le texte nous propose concernant le mois d'Elloul, Roch Hachana, le mois de Tichri, les dix jours de pénitence, le jour de Kippour, ce final, ce qu'on appelle la fête de Souccot. Le peuple est interpellé. Pensez-vous que Kippour était le Kippour que vous et moi connaissons aujourd'hui ? Que c'est de ce Kippour dont nous parlent les sages concernant l'époque du Premier Temple ? Que nenni, mon ami.
Il ne s'agit pas d'individus, on parle toujours du peuple. Rappelez-vous que dans le texte biblique, et dans ce texte biblique, la partie thoranique — je parle de Béréchit, Chemot, Vayikra, Bamidbar; Devarim est annoté, écrit par Moshé lui-même comme guide pour Yehoshoua, et plus spécifiquement Chemot, Vayikra, Bamidbar, car Béréchit, c'est une autre histoire —, il est clair que le texte ne s'adresse jamais, jamais, à l'individu. Il est question d'un peuple: « Je ferai de toi une grande nation, aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que les sables de la mer, et cette terre sur laquelle tes pieds reposent sera donnée en héritage. » Pas l'héritage individuel, qui est conséquent, certes, mais l'héritage donné à la nation d'Israël.
David: Donc notre remise en question, si elle n'est pas inscrite dans un retour collectif, elle n'a aucun impact ? Si je fais Roch Hachana et que je suis, on va dire, expié de mes fautes…
Rony Akrich: [08:41] Étant donné, mon cher David, que vous faites partie, en tout ou partie, de l'ensemble, il est clair que, individuellement, vous avez votre responsabilité, puisque vous êtes un des rouages de l'ensemble. Mais cela ne doit pas nous empêcher, nous qui connaissons aujourd'hui l'avantage incommensurable de vivre un moment extraordinaire, avec le retour, le rassemblement du peuple sur sa terre — que ceux qui ne le connaissent pas sont malheureusement à côté de l'histoire, mais ne sont pas au sein de l'histoire. Il est clair que nous avons des revendications de changement, de transformation, d'évolution concernant le devenir …
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