Pourquoi prier pour les tsadikim dans la bénédiction
La faiblesse des justes, la vérité voilée du soleil, et le choix du bon tribunal dans la Gueoula.
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Chalom ve-rakhat, nous continuons notre étude de la bénédiction aux tsadikim. Il y a une bénédiction dans laquelle on vient prier en faveur des tsadikim. Si l'on prie en faveur des tsadikim, cela veut dire qu'ils ont besoin qu'on prie pour eux. S'ils ont besoin qu'on prie pour eux, c'est qu'il existe une faiblesse inhérente aux tsadikim. N'est-ce pas ?
En quoi les tsadikim sont-ils faibles ? Par ailleurs, l'emplacement de la bénédiction est très étrange. Elle se situe au milieu des bénédictions qui parlent de la libération d'Israël. On commence par le retour de l'indépendance, Tekia Shofar Gadol, lé-kheroutenou. Ensuite on continue par le retour du droit et de la politique, avec Hachiva Choftenou. Puis on arrive à la victoire contre le christianisme, dans Velamalchinim. Tout a l'air de bien aller. Et brusquement, on doit prier pour les tsadikim. On prie également pour nous, c'est vrai, mais l'objet direct de la prière, ce ne sont pas nous, ce sont les tsadikim.
Il y a donc ici deux problèmes à résoudre. Premièrement, pourquoi les tsadikim auraient-ils besoin en particulier qu'on prie pour eux ? Quelle est leur faiblesse inhérente ? Deuxièmement, l'emplacement de cette bénédiction au milieu du processus de la Gueoula doit aussi être élucidé. C'est bien clair ?
Nous allons d'abord passer par la faiblesse des tsadikim. Dans les mizmorim que l'on récite le matin dans les Pessoukei dezimra, on dit: Hachem fait justice aux opprimés, il donne du pain aux affamés. Hachem libère les prisonniers. Il donne la vue aux aveugles. Il redresse les courbés. Et Hachem aime les tsadikim.
Vous voyez la compagnie des tsadikim: ils sont avec les aveugles, les bossus, les affamés, les opprimés. Ils ne sont pas en bonne place, disons.
Il y a un texte dans le traité de Nedarim qui dit qu'à la fin de l'histoire, il n'y aura pas d'enfer, dans les temps à venir. Et là, HaKadosh Baroukh Hou fera sortir le soleil de son enveloppe, motsi hama minartika. Il la fera chauffer avec le soleil. La Guemara ajoute: Réchaïm nidonim ba, les méchants seront jugés par ce soleil, vetsadikim mitrapeim ba, et les justes seront guéris par ce soleil.
Ce texte de la Guemara suppose plusieurs choses. Tout d'abord, que le soleil a une enveloppe, et qu'il faudra un jour enlever cette enveloppe. À quoi sert le soleil ? À éclairer. C'est une de ses fonctions: grâce au soleil, on voit les choses telles qu'elles sont.
Le soleil est donc en fait un symbole de vérité. Quand il brille, on voit les choses telles qu'elles sont. Si le soleil a une enveloppe, cela veut dire que la vérité n'est pas évidente, qu'il y a quelque chose qui cache la vérité. C'est ce qui permet aux méchants d'agir. Ils agissent au nom d'une échelle de valeurs fausse, qui a l'air évidente parce que le soleil est enveloppé.
Vient un jour où l'enveloppe du soleil est enlevée. La vérité se révèle. Si la vérité se révèle, les méchants sont condamnés par elle, parce qu'ils découvrent brusquement que l'échelle de valeurs à laquelle ils étaient fidèles était erronée.
Les tsadikim, c'est vrai, ne sont pas d'or. Mais ils sont malades. La Guemara nous dit que, quand le soleil brille, les tsadikim sont guéris. Donc les tsadikim sont malades. De quoi sont-ils malades ? Je connais des tsadikim qui sont en parfaite santé physique. Ils sont malades d'une maladie morale. Les tsadikim admettent une échelle de valeurs morale qui est contraire à celle que l'on voit dans le monde. Ils croient en une échelle de valeurs morale, tandis que la réalité, elle, est aveugle. On tombe alors dans le déterminisme, et il est très difficile de vivre ainsi.
Prenons l'exemple classique d'un Grec et d'un Juif assis sur un banc. Vous connaissez cette histoire ? C'est une très belle histoire. Un tsadik passe à côté du banc, glisse sur une peau de banane et se casse la jambe. Le Juif, scandalisé, dit: voilà un scandale moral. Comment ? Il est tsadik, et il s'est cassé la jambe ? Le Grec lui répond: mais ça ne va pas la tête ? Cela prouve simplement un théorème: toute personne qui glisse selon un angle donné sur une peau de banane se casse la jambe. On peut même ajouter, entre parenthèses, qu'elle soit juste ou injuste. D'accord ?
C'est une loi de la nature. Le Juif, lui, est scandalisé. Il se dit que la peau de banane aurait dû tenir compte de l'identité de la personne qui allait glisser dessus, et qu'il y a donc une injustice. C'est pour cela que les tsadikim sont malades de l'état du monde. Et un jour viendra où les tsadikim seront guéris.
Cela veut dire que les tsadikim ne sont pas à leur place dans le monde. Ils se disent: on n'est pas fait pour ça. La loi du plus fort, comme disait l'autre, est la meilleure. Eh bien, la loi du plus fort, ce n'est pas comme il faut. D'accord ?
Vous voyez donc que les tsadikim, a priori, sont en état de faiblesse dans le monde. Il y a un principe: Yahid vérabim, halakha kérabim. La halakha suit la multitude, et la multitude, ce ne sont pas les tsadikim. C'est le premier problème. Il faut donc prier pour les tsadikim, c'est une donnée permanente.
Mais il y a un cas particulier dans l'histoire où il faut prier pour les tsadikim plus que d'habitude. Cela nous est indiqué par l'emplacement de cette bénédiction dans la Amida. De quoi s'agit-il ? Les tsadikim ont besoin d'être protégés au moment de sortir de la galout.
— Très bizarre. Comment ?
Exactement: c'est en chemin, comme dans l'histoire d'Amalek. Amalek attaque quand on est en chemin. Tout Israël est attaqué par Amalek au moment de sortir de la galout, on l'a vu dans la Shoah. Mais les tsadikim en particulier sont plus vulnérables que les autres. Pourquoi ? Parce que les critères du tsadik changent entre la galout et la Gueoula.
À un moment donné de l'histoire, il existe une manière d'être tsadik qui correspond à ce moment. À un autre moment, il faut être tsadik selon d'autres critères, qui ne sont pas les mêmes. Si l'on reste attaché aux critères du tsadik de l'époque révolue, on est dans la souffrance. Dans la Shoah, cela s'est produit, effectivement.
Prenons l'exemple classique du tsadik souffrant. Où est-il question de cela dans la Bible ? Dans Iyov, n'est-ce pas ? C'est le livre de Job, celui qui cherche un travail. Il y est question d'un homme totalement tsadik, sans aucune transgression, parfait. Et pourtant, il souffre.
Il y a différentes manières d'interpréter ce livre. Mais la Bible nous donne un élément: Job fait des sacrifices toutes les semaines. Une fois que les sept jours sont passés, il offre des sacrifices à Dieu en faveur de qui ? De ses enfants. Pourquoi ? Parce qu'il se dit peut-être que mes enfants ont péché. Il est donc assuré, lui, d'être tsadik, mais la génération à venir n'est plus assurée. Quelque chose dans le monde a changé. Il est inadapté au …
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