La Shoah, le Kadish Haklali et le 10 Tevet
Pourquoi le 10 Tevet, le Yom HaShoah et les débats sur la responsabilité de la Shoah.
Rav Oury Cherki
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## Le 10 Tevet et le Kaddish général
Shalom tout le monde. On m'a demandé de vous entretenir aujourd'hui d'un thème épineux, la Shoah. Pourquoi aujourd'hui ? Parce que le 10 Tevet a été institué par le Grand Rabbinat d'Israël comme ce qu'on appelle le jour du Kaddish général, Kaddish HaKlali. C'est quoi le Kaddish HaKlali ? Il y a eu beaucoup de victimes de la Shoah dont on ne connaît pas la date.
Il n'y avait pas de jeûne du 10 Tevet. Bien sûr qu'il y avait le jeûne du 10 Tevet. Le jeûne du 10 Tevet est mentionné déjà dans les Prophètes, dans le prophète Zecharia.
Mais il n'y avait pas le Kaddish collectif. Ce qu'a fait la Rabbanout, ils ont mis ensemble le Kaddish et le jour du 10 Tevet, qui de toute manière est un jour de jeûne. Voilà, c'est tout.
Le Yom HaShoah, ça a été en fait un tour de force entre le gouvernement israélien et le Grand Rabbinat d'Israël. Le Grand Rabbinat ne voulait pas du Yom HaShoah, parce que, entre autres, c'est en Nissan et qu'en Nissan on ne fait pas de commémoration. Il y avait encore d'autres raisons, probablement, des raisons, disons, psychologiques. D'un autre côté, Ben Gourion et tous ses copains ont dit non, pas du tout, au contraire, il faut.
On a prétendu que c'était le jour de la chute du ghetto de Varsovie, qui était associée à une révolte. Or, pour les sionistes de l'époque, il est très important de démontrer qu'il y avait eu une révolte armée des Juifs contre la Shoah.
Tout ça fait du balagan. Finalement, le Grand Rabbinat a cédé, et le Yom HaShoah existe. Mais, pour faire plaisir à ceux qui n'étaient pas d'accord, on a mis le 10 Tevet comme jour du Kaddish, chaque année. Voilà. D'ailleurs, il n'est pas loin du jour de… ça s'appelle le Yom HaShoah mondial. Vous savez que, depuis quelques années, à l'ONU, on a institué un jour de la Shoah, un jour de commencement de la Shoah, en janvier.
Donc ce n'est pas loin, en général, du 10 Tevet. Bon. Le thème de la Shoah est un thème qu'on ne peut pas esquiver.
On peut évidemment dire que ça n'a aucune importance du point de vue juif. Par exemple, c'était la thèse du professeur Yeshayahu Leibovitch. Yeshayahu Leibovitch affirmait que la Shoah n'a aucune signification d'un point de vue juif. C'est simplement des méchants qui ont appliqué leur méchanceté, parce que le monde est aux mains des méchants.
Parfois ils sont forts, parfois ils sont faibles. Quand ils sont forts, ils font des méchancetés. C'est à peu près ça qu'il a voulu dire. De son point de vue, la Shoah ne signifie rien. Ce n'est pas très nouveau, parce que dans le système de pensée de Yeshayahu Leibovitch, rien ne signifie rien, si ce n'est l'accomplissement des mitsvot. C'est la seule chose qui est importante, c'est d'accomplir les mitsvot, tout le reste c'est zéro.
Pourquoi je vous parle d'un personnage aussi bizarre ? C'est parce que son mode de pensée a une certaine influence en Israël. Il est donc bon d'être au courant de l'existence de cette pensée.
Mais disons que, pour une conscience juive, la Shoah, indépendamment de son horreur, implique des questions. Des questions d'ordre métaphysique. Tout d'abord, est-ce que la tradition avait envisagé, en tout cas comme éventualité, la Shoah ? Est-ce que chez les prophètes,
chez les hachamim de la Michna, de la Guemara, était-il question de la Shoah comme éventualité ? Ça, c'est la première question. La deuxième question, c'est de savoir s'il y aurait une explication métaphysique de la Shoah. À la limite, presque une justification. Troisième question: très grave aussi, c'est ce qu'on appelle la responsabilité de la Shoah. Qui est responsable ?
Oui, alors vous vouliez dire quelque chose ? Qu'est-ce que vous voulez dire, jeune homme ? Donc ça, c'est une tentative de réponse. Intéressant, mais disons que nous étions au stade de l'étude de la question. À part ça, le fait que le Rav Kook ait dit quelque chose de ce genre, un an après la montée d'Hitler au pouvoir, c'est peut-être pas très étonnant.
Mais le problème, c'est de savoir si la tradition, tout au long de l'histoire, en a parlé ou pas.
— Oui ? Vous voulez dire quelque chose ? Il y a l'histoire de…
Qu'est-ce que vous voulez dire ? Quoi ? Comment ça ? Les lettres, quoi ? Ah oui, il y a plein de machins comme ça. Bon, je veux bien. On parle de l'Allemagne, effectivement. Il y a des allusions. Mais, de manière générale, il faut comprendre ce que ça peut vouloir dire: une situation historique
dans laquelle il y a une menace d'anéantissement total du peuple juif. Hein ? Le 10 Tevet ? Le 10 Tevet, ce n'était pas un anéantissement, c'était le siège de Jérusalem. Oui, d'accord, on peut toujours tout relier à tout.
En fait, le problème est de savoir comment il y a… Cette idée qu'il y ait une éventualité de tentative de destruction totale du peuple juif, ce n'est pas quelque chose d'indifférent. Ça ne peut pas être quelque chose qui se trouve simplement par une allusion, ou bien des lettres en diagonale, ou un truc de ce genre.
Il y a, remarquons-le tout de suite, un livre entier dans le Tanakh qui parle du problème de la Shoah. Vous le connaissez, c'est le rouleau d'Esther. Il est question là-bas d'une tentative d'extermination totale du peuple juif. La Shoah est donc mentionnée dans le Tanakh. Ce qui est intéressant de voir là-bas aussi, c'est que… elle a été évitée. C'est le récit d'une Shoah qui a été évitée. Mais la Shoah existe, et il est effectivement question, dans plusieurs endroits du Tanakh, de ce genre d'éventualité.
Par exemple, dans le livre de Devarim, au chapitre 32, quand il est dit: j'ai dit que je les réduirai à un coin, j'arrêterai, je ferai cesser leur souvenir du sein des hommes.
Il est également question, et là c'est très grave, de: Ouméh hadarim eima, à l'extérieur, l'épée des enfants; et dans les chambres, la terreur. Gam bahour, gam betoula, yonek im ich sava: aussi bien les jeunes gens que les jeunes filles, les nourrissons et les vieillards. On voit donc que la Torah a parlé de ce genre d'éventualité.
Il y a aussi un midrash que vous connaissez, qui dit qu'au début de l'histoire des Hébreux, on dit qu'Abraham, l'ancêtre des Hébreux, a été précipité dans la fournaise. S'il y était resté, on ne serait pas là pour en parler. Donc cette idée de brûler les Hébreux est très ancienne, elle se trouve à l'origine de l'histoire du peuple juif.
Il y a également un texte très intéressant, dans le livre de Daniel, au chapitre 12, au verset 1. Vous vous rappelez, non ? Au chapitre 12. À peu près. Vous connaissez plutôt le verset 2, c'est ça ? Entre 2 et 6, oui. Mais dans le verset numéro 1. Chapitre 12, verset 1. Non, non, il y a eu… Attendez, attendez.
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