La teffila selon le Rav Kook : Elohenu et l'alliance des Avot
Pourquoi la prière s'ouvre par la louange, qui nous adressons-nous, et ce que signifient Elohenu et Elohe Avoteinu.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Torah et art : la prière selon le Rav Kook, 53 min
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Bonjour tout le monde. Nous allons donc continuer. Vous excuserez certaines difficultés d'expression, étant donné que je suis sous anesthésie dentaire, mais à part ça, je pense que nous pourrons nous débrouiller quand même. Je voudrais engager avec vous l'étude de la tefila elle-même, puisque nous avons fait tellement d'introductions à la tefila. La tefila elle-même commence par une bénédiction qui ouvre ce qu'on appelle les trois premières bénédictions.
Ensuite vous avez treize bénédictions, et après vous en avez encore trois. N'est-ce pas ? Donc trois, treize, trois. Cela veut dire, en fait, que les trois premières bénédictions sont ce qu'on appelle la Chévah, la louange. Après, vous avez les treize demandes, et après les trois actes de gratitude, les remerciements. L'essentiel de la tefila c'est le milieu, c'est-à-dire les demandes.
C'est ça qu'on appelle la tefila, demander quelque chose à HaKadosh Baroukh Hou. Mais la Guemara dit qu'il ne se fait pas de demander quelque chose tant qu'on n'a pas loué, et qu'il ne se fait pas d'avoir reçu quelque chose sans remercier. Donc, pour des raisons de dérekh eretz, de préséance, de convenance précisément, il faut d'abord louer, et il faut d'abord demander. Oui ? Mais qu'est-ce qui se passe ?
Je demande dans la tefila. Si j'ai fait la tefila comme il faut, la demande est réalisée tout de suite. Si je suis malade et que je dis Refaénou, eh bien je suis immédiatement en bonne santé. Et donc, quand tu arrives à Retsé, il ne te reste plus qu'à remercier. N'est-ce pas ? C'est-à-dire qu'il y a un signe évident de providence quand la tefila est immédiatement exaucée. Oui. Ce n'est pas hypocrite du tout.
Quand on parle de louange, on avait expliqué qu'il s'agissait de la définition, de savoir définir la nature de la tefila. Et donc il est très important de louer, justement. La louange, ce n'est pas la hanoupa, en français la flatterie. Ce n'est pas de la flatterie. La louange, c'est exprimer de manière très claire ce que je vais faire.
Or, avant de demander quelque chose, il faut répondre à trois questions: qui, quoi, pourquoi. D'accord ? À qui la prière est-elle adressée ? On avait déjà vu qu'il y avait un début de réponse dans la halakha: il fallait accoler la Gueoula à la Tefila, c'est-à-dire que nous prions celui qui est le sauveur, le libérateur d'Israël. Ensuite, il faut répondre à la question: quoi ? C'est-à-dire, qu'est-ce qu'il peut me donner ? Et la réponse, ce sont les Gevurot, les capacités. Et après, pourquoi ? Parce qu'il est Kadosh. C'est la bénédiction d'Atta Kadosh. Une fois que tout cela est clair, on peut engager la tefila.
Nous allons donc étudier tout d'abord la première bénédiction, qui vient définir celui à qui la prière est adressée. Et on va voir qu'il s'agit du Dieu des Avot. Les Avot, Abraham, Yitzhak et Yaakov, sont ceux à qui Dieu a fait une promesse et avec qui il a conclu une alliance. Oui ? C'est ce qu'on va voir. On va rentrer dans le détail, d'accord ? Pourquoi est-ce qu'on dit quand même « notre Dieu » ? Nous verrons cela avant de dire les Avot. Dans le principe, cette bénédiction est appelée Birkat Avot, la bénédiction des Avot. Cela veut dire qu'on ne peut pas appréhender la divinité si on n'est pas lié à l'alliance faite avec les Avot. Petite question.
C'est quoi la promesse, l'alliance que Dieu a faite aux Avot ? Il leur a promis quoi ? La terre d'Israël. C'est-à-dire qu'il leur a donné la terre, qu'il leur a donné des enfants, la promesse d'avoir des enfants, pour qu'ils puissent hériter et prendre possession de la terre. D'accord ? Qu'en est-il de la Torah dans cette histoire ? Nulle part. Nous n'avons vu nulle part que Dieu a conclu une alliance sur la Torah. C'est très intéressant: la Torah a été donnée au temps de Moshé, mais avant Moshé, il y a les Avot.
Et là se pose une question. Qu'est-ce qu'il faut préférer ? C'est vrai qu'on veut aussi bien les Avot que Moshé, ce qui veut dire qu'on veut aussi bien le peuple d'Israël que la Torah. Mais qu'est-ce qui se passe dans une situation où il y a conflit entre les valeurs ? Soit il faut choisir la Torah, soit il faut choisir le peuple d'Israël. Si une situation de ce genre se présente, qu'est-ce qu'on fait ? Le peuple ? La Torah ? Le peuple sans la Torah, ou la Torah sans le peuple ?
C'est ce que Moshé a fait. Alors nous avons un grand principe, et je vois que tu t'engages dans ce principe: pour savoir, quand on a une question de Torah, qu'est-ce qu'il faut faire pour avoir la réponse ? Il faut lire la Torah, n'est-ce pas ? C'est un principe qui peut sembler révolutionnaire, mais que nous avons adopté dans notre étude: pour savoir ce que dit la Torah, il faut lire la Torah. Or, cette situation dans laquelle il fallait choisir entre la Torah et Israël a un précédent, elle est écrite dans la Torah.
Dans la paracha de Ki Tissa, lors de l'épisode du veau d'or, HaKadosh Baroukh Hou dit à Moshé: écoute, ils sont très méchants, les Juifs, ils n'ont pas fait ce que j'ai dit. Ils ont transgressé la Torah, donc il faut les anéantir pour fonder une nouvelle nation avec toi, une nation qui aurait pour principe la Torah de Moshé. Et Moshé n'est pas d'accord. Il dit: souviens-toi d'Abraham, Yitzhak et Yaakov.
Cela veut dire que ce qui a été tranché dans la Torah, c'est que le peuple d'Israël est plus important que la Torah, même si la Torah est très importante. N'est-ce pas ? Nous avons un cas dans l'histoire d'une religion. Qu'est-ce qui se passe là-bas ? Nous avons un cas dans l'histoire d'une religion qui a adopté la Torah en reniant le peuple juif. Ça s'appelle comment ? Le christianisme, n'est-ce pas ? Or, pour autant que je sache, le christianisme est extérieur au judaïsme.
Et cela ne fait que renforcer ce que nous disons: c'est l'alliance avec les Avot qui est le fondement de tout, et c'est comme cela que commence la tefila. Nous avons une prière qui est adressée au Dieu des Avot. Jusque-là, vous suivez ? Nous allons donc entamer le texte. Le texte commence par un mot génial: Baroukh. Est-ce que vous avez le texte de la tefila ? Même si vous ne l'avez pas, je pense que vous avez une certaine familiarité avec ce texte, n'est-ce pas ?
Je pense que le texte est connu. Il commence par le mot Baroukh. Ça veut dire quoi, Baroukh ? Béni. Béni, c'est un passif, pas un actif. Cela veut dire que Dieu a besoin d'une bénédiction ? Impensable, une chose pareille. Relier ? Dieu a besoin d'être relié à quelque chose ? Donc, que veut dire Baroukh ? C'est une forme grammaticale qui ressemble à Rahoum, Hanoun. Quand je dis d'HaKadosh Baroukh Hou qu'il est Rahoum, ça veut dire quoi ? Qu'il est miséricorde. Ça veut dire qu'il …
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