L'ismoch Gueoula litefila : la place de Gaal Israël dans la prière
Pourquoi la bénédiction de la délivrance est accolée à la prière, et ce que cette règle devient après la destruction du Temple.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Rava et Rav Amnouna : le temps de la prière face au temps de l'étude, 57 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Quel plaisir de vous voir. Et voilà. Bon, je voudrais étudier avec vous une halakha concernant la prière. C'est ce qu'on appelle l'Ismoch Gueoula Litfila, c'est-à-dire accoler la bénédiction de la libération à la prière. C'est quoi, la bénédiction de la libération ? Gaal Israël. Comme vous le savez, le matin nous avons en fait deux mitsvot différentes. L'une, c'est la lecture du Chema, qui n'est pas une prière. Et la deuxième, c'est la prière. Il y a une autre mitsva l'après-midi, qui est la prière uniquement, Mincha. Et le soir, nous avons à nouveau les deux mitsvot du matin, la lecture du Chema et la prière. C'est ça ?
Ça, c'est autre chose. La lecture du Chema avant de dormir, c'est pour des raisons, pourrait-on dire, de protection. Il y a également dans les Korbanot une lecture du Chema, en fait. Donc ça fait quatre fois par jour. Mais, je veux dire, au niveau de la mitsva, en tant que mitsva, c'est deux fois par jour, le matin et le soir. Et c'est lié à chaque fois à une prière, soit Chacharit, soit Arvit. Comme vous le savez, il y a également ce qu'on appelle des bénédictions, les berachot qui accompagnent le Chema. Le matin, il y en a deux avant et une après. Le soir, il y en a deux avant et deux après. C'est ça ?
Et ce qui va nous préoccuper, c'est la bénédiction qu'on appelle Gaal Israël, c'est-à-dire celle qui vient juste après le Chema, aussi bien le matin que le soir, mais qui n'est pas exactement de la même longueur ni du même texte, bien que ça finisse dans les deux cas par Gaal Israël. Et il y a une halakha qui est qu'il faut… C'est fini là-bas, dites. On peut participer à votre entretien ? Ça m'intéresse beaucoup.
— Oui, bien sûr.
Il y a donc une halakha qui dit qu'il faut joindre la bénédiction de Gaal Israël au commencement de la tefila. Donc on dit Baroukh Hatta Hachem Gaal Israël et on enchaîne tout de suite sur le Chmoné Essré. Ça s'appelle l'Ismoch Gueoula Litfila. Cette halakha est une halakha tardive. Elle n'avait pas cours au temps de la Michna. C'est seulement au temps de la Guemara que ça a commencé, probablement à l'initiative de Rabbi Yo'hanan.
Et on peut se demander: pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'auparavant cette halakha n'avait pas cours, et que brusquement elle a eu cours ? Disons, comme ça, au temps du Beit Hamikdash, à qui les Juifs adressent-ils leurs prières ? La réponse ? Oui, mais qui est ce Dieu ? C'est le Dieu qui a un temple à Jérusalem. Dans le monde entier, si on interroge n'importe qui, on lui demandera: « Mais à qui les Juifs adressent-ils leurs prières ? » Il y a une réponse géographique: celui qui a un temple dans lequel on l'adore, à Jérusalem. D'accord ? C'est donc une référence bien claire. Et cette référence, c'est dans le présent.
Nous savons également, par différents textes, que les Kohanim étaient ceux qui étaient responsables des secrets de la divinité. Toutes les grandes pensées, les grands mystères divins, étaient chez les Kohanim. Or les Kohanim, justement, leur culte, ils le rendaient dans le Beit Hamikdash. Donc en fait, il n'y avait pas de problème. Le problème est: qu'est-ce qui se passe à partir du moment où le Beit Hamikdash est détruit ? La référence géographique disparaît.
— Oui ?
Ah, on continue à se tourner. Mais on se tourne vers un endroit qui n'a plus de signification. Et ça, c'est très embêtant. Il faut donc trouver une nouvelle référence. Cette nouvelle référence, la halakha l'a trouvée en disant: nous adressons nos prières à celui qui a sauvé Israël. Baroukh Hatta Hachem, Gaal Israël. Plus précisément, celui qui a sauvé et qui sauvera. C'est-à-dire qu'il y a ici le passage d'une prière adressée au présent, à un élément du présent, le Beit Hamikdash, à une prière qui se réfère au passé et à l'avenir. Le présent a disparu. C'est bien clair, ce que je vous dis là ?
Ni protège, ni crée. Qu'est-ce que ça veut dire, Gaal Israël ? Comme nous l'avons dit trois fois dans ce cours, dans les secondes qui ont précédé ta question, c'est celui qui sauve, qui libère. N'est-ce pas ? Je crois que c'est ça que nous avons dit, n'est-ce pas ?
— Oui, il me semble.
Ceux qui ont fait attention. Oui ? Sauver de quoi ?
Ah, ça c'est intéressant, c'est très important, cette question. Dans la tradition d'Israël, sauver, Gueoula, a toujours signifié être sauvé d'une domination politique. Par exemple, comme la libération de l'Égypte. Qu'est-ce que c'est ? Eh bien, le Pharaon nous asservissait, nous étions sous sa domination, et nous sommes devenus indépendants. C'est la raison pour laquelle nous faisons la fête de Pessa'h. De même, en tant que Gueoula, nous faisons la fête de Hanouka: nous étions asservis par les Grecs, nous nous sommes libérés, et donc nous faisons la fête de Hanouka. De même, de nos jours, nous avons été libérés de la domination britannique, c'est pour ça qu'on fait Yom HaAtzmaout.
— Oui.
Donc le problème est de savoir ce que c'est que cette histoire de Gaal Israël. Comment peut-on demander un État alors que nous l'avons ? D'accord ? On va arriver à ça par la suite, mais disons qu'il faut bien comprendre ce que l'on entend par Gaal. Maintenant, il y a une autre tradition qui considère que la Gueoula est une Gueoula spirituelle, c'est-à-dire être libéré d'une entrave spirituelle. Ça, c'est la tradition chrétienne, qui comprend le terme de Gueoula comme un terme mystique. Il y aurait une tache dans l'âme des hommes depuis la chute originelle, lors du premier homme qui a péché. Et donc, pour se libérer de ça, il faut une Gueoula qui n'a rien à voir avec la notion de Gueoula dans la tradition juive. C'est bien clair, ce que je dis là ?
Eh oh ! C'est à toi que je cause. Ouais, ouais, d'accord. S'il y avait une question là… Non, il était avant toi.
— Pourquoi est-ce qu'on ne construit pas le Temple ? C'est ce qu'on a fait, non ? Avec les synagogues.
C'est un petit temple, Mikdash Me'at, n'est-ce pas ? Donc il y a un peu de ça, il y a un résidu. Maintenant, on ne peut pas remplacer l'origine. Ça n'existe pas, de remplacer une origine. Ce n'est déjà plus une origine.
— Oui ?
Eh bien, c'est-à-dire que le Juif, après la destruction du Beit Hamikdash, se demande: mais à qui est-ce que j'adresse ma prière ? Avant, il avait le Beit Hamikdash comme référence. Maintenant, il a l'histoire comme référence. Il dit: il adresse la prière à celui qui est Gaal Israël, pour savoir à qui cette prière est adressée. C'est-à-dire: je dis Gaal Israël, donc je me souviens d'un événement historique, et c'est le dieu de cet événement historique qui est celui à qui j'adresse la prière. C'est la raison pour laquelle je colle. D'accord ?
Cours de Machon Meir
Dans la même série
89 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Rav Kook, Pensée juive, Tefila, Émouna, Prière.
- 5
La prière, expression de l'âme qui prie sans cesseRav Kook explique que l'âme prie en permanence et que la tefila ne fait que révéler ce désir dans le monde concret. - 6
La tefila, un fardeau pour l'âme : comprendre Olat ReiaRav Kook explique pourquoi une prière devenue routine n'est pas acceptée, et ce que signifie « fixe ». - 7
La prière ne fait pas plier la volonté de DieuPourquoi la louange précède la demande, et pourquoi Dieu ne se laisse pas fléchir par nos supplications. - 8
La kavana de la prière selon le Talmud et la MichnaRav Oury Cherki explique le kovèd drosh, l'équilibre joie-crainte et le rejet du doute avant de prier. - 9
L'ismoch Gueoula litefila : la place de Gaal Israël dans la prièrePourquoi la bénédiction de la délivrance est accolée à la prière, et ce que cette règle devient après la destruction du Temple. - 10
Rava et Rav Amnouna : le temps de la prière face au temps de l'étudePourquoi Rava reproche à Rav Amnouna de prolonger sa prière, et ce que la Torah demande de l'homme. - 11
Le rôle de la prière : exprimer ce qui est au fond de l'âmeRav Kook explique que la prière révèle les aspirations sacrées de l'âme, sans se substituer à l'étude de la Torah. - 12
La tefila, lien de l'âme avec les idéaux divinsPourquoi l'âme prie sans cesse, et comment la prière rappelle notre vocation : la reconstruction d'Erets Israël. - 13
Rav Kook : la force réelle de la prièrePourquoi les mots de la tefila, prononcés avec pureté intérieure, agissent réellement sur l'existence. - 14
La teffila selon le Rav Kook : Elohenu et l'alliance des AvotPourquoi la prière s'ouvre par la louange, qui nous adressons-nous, et ce que signifient Elohenu et Elohe Avoteinu.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav