Shir HaShirim 5 : les rendez-vous manqués
Le verset d'ouverture du chapitre 5, la porte que l'Aimé frappe et que l'Aimée tarde à ouvrir, et la lecture de Rav Yosef Dov Soloveitchik.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Une prière sans réponse : le manque qui fait grandir, 53 min
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Le passage en question est au chapitre 5.
Son début, c'est-à-dire le verset alef, est le plus important. En fin de compte, vous savez que le Tanakh a été chapitré par l'évêque Lampton. Ce n'est pas un découpage hébraïque. Ce que je viens de vous lire appartient en vérité à ce que nous appelons le chapitre 4. On est donc obligé d'utiliser ce découpage, mais sachez simplement qu'il ne correspond pas véritablement à une appartenance: ce verset semble, par exemple, appartenir au chapitre 5.
Qu'est-ce qu'il dit ? Bati legani, achoti kalla, je suis venu. C'est l'amant, on va parler de l'amant et de l'être aimé. Achoti, la sœur, c'est l'être aimé, et Dodi, mon amant, c'est l'amant.
C'est bien sûr une métaphore, comme l'ont dit nos Sages, entre Israël et l'Éternel, HaKadosh Baroukh Hou. C'est un peu comme nous disons, d'ailleurs, dans Lekha dodi likrat kala: nous demandons à l'Éternel de pouvoir parvenir à sa bien-aimée, Israël, aux enfants d'Israël, bien entendu. Nous sommes dans Chir HaChirim, chapitre 5.
Aritî mori im bessami, c'est-à-dire: j'ai récolté ma myrrhe avec mes aromates, bien sûr, les herbes, qui sont des encens. Akhalti yaari im dvashi: j'ai mangé mon rayon avec mon miel. Yaari, c'est comme le miel de la datte, et dvashi, le miel de l'abeille. Ce sont des douceurs. La récolte des encens, la dégustation du miel, de la douceur.
Chatiti yeini, j'ai bu mon vin. Bien sûr, lorsque je bois mon vin, yayin yessamea'h lévav enosh, il réjouit le cœur de l'homme. Nikhnas yayin, yotse sod. J'ai bu mon vin non seulement pour la joie qu'il imprime dans l'âme et la conscience de mon être, mais aussi pour la capacité qu'il a à me libérer des carcans du sentiment, de la sensibilité. Avec un coup dans l'aile, il nous est quelquefois possible d'avouer certaines choses qui nous paraissent si difficiles lorsque nous sommes à jeun. N'est-ce pas ?
Je n'ai pas besoin de vous faire un dessin. Chatiti yeini im chalavi. Dvash vechalav tachat leshonekha: le miel et le lait sous ta langue. C'est un concept qu'on utilise à propos de quelle fête ? Chavouot. Pour Chavouot, on utilise les images du miel et du lait pour la Torah.
Il y a aussi, si vous me permettez, dans le lait, mais laissez-moi faire vagabonder mon esprit à ce moment-là: le lait est une boisson purificatrice, et pourtant le lait vient d'une transformation du sang, donc du pur qui vient de l'impur. Cette capacité, en parlant du lait, de faire entendre comment les choses, nous allons être rousseauistes un instant, sont perfectibles. Rousseau, c'est Jean-Jacques Rousseau. La perfectibilité, c'est-à-dire ichtalmout, cette capacité à nous améliorer perpétuellement. Le monde va vers sa perfectibilité; c'est une véritable spirale, avec ses hauts et ses bas, mais perpétuellement dans une élévation vers le meilleur. Rav Kook.
Akhlou réim, chtou vechikrou dodim. Allez, comme hier soir, asseyez-vous, dégustez ces douceurs, ces vins. En fin de compte, réim, cela veut dire vous qui êtes mes prochains, mes amis. Dégustez, profitez. Dodim, ici aussi, c'est moi, mes amants, mes bien-aimés: un langage de tendresse, un langage d'intimité vis-à-vis du proche.
Voilà, en fin de compte, ça, c'est la fin du chapitre 4, ce n'est pas le début du chapitre 5. Le chapitre 5 commence au verset 2. C'est important que vous le sachiez, bien sûr, non pas pour briller devant les gens en leur faisant une colle: « Où commence le chapitre 5, nanana, etc. » Tout le monde n'étudie pas. Il y a beaucoup plus de gens limités que de gens délimités. Délimités, cela veut dire ouverts. Les limités sont délimités, mais les délimités sont ouverts. Vous m'avez compris.
Je vais donc vous expliquer que ce que j'ai lu précédemment est la fin du chapitre 4. Au chapitre 4, elle invite son amant à venir au banquet, au mariage. Ce n'est pas le début du chapitre 5, et j'ai expliqué que le découpage tanakhique a été fait par l'évêque Lampton. Il n'y a pas de découpage hébraïque, il y a simplement une compréhension du chapitrage d'après le sujet. Mais cela nous demande d'être délimités.
Ani yeshena velibi er, je dors, mais mon cœur est éveillé. Ça vous fait penser à quoi, mes chers ? Lorsque je dors et que mon cœur est éveillé, cela veut dire que je suis en train de faire quoi ? De rêver, parfaitement. Soyez freudiens, n'ayez crainte.
Pourquoi ? Pour dire qu'il est question du rêve. Le texte tanakhique emploie-t-il le terme de rêve ? Non: il emploie l'expression « mon cœur est éveillé ». Le rêve fait appel à quoi ? Qu'est-ce qu'il y a marqué dans la Guemara ? Que la nuit nous rêvons, et que nos rêves sont… Les circonvolutions, les extrapolations, les pensées de l'homme durant son jour. Mais ces pensées de l'homme sont les pensées de qui ? Du cœur. Cœur, yafemeron, libyère. Lorsque je rêve, je fais donc appel à ceux dont j'ai été sensible, ému, éprouvé. C'est extraordinaire, n'est-ce pas ?
Ensuite, qu'est-ce qui est marqué ? Je suis donc dans un rêve. Le corps est assoupi, mais le cœur est éveillé. Kol dodi dofek. Le rêve commence donc là: kol dodi dofek. C'est quoi, kol dodi ? La voix de mon amant frappe.
Je vais faire une entrée en matière, bien entendu, parce que sinon vous restez sur l'idée qu'elle rêve que son amant… Essayez de comprendre. La métaphore, nous l'avons expliquée: c'est Israël et l'Éternel. Mais le métaphorique de la poésie littéraire, ici dans le Tanakh, nous parle d'un homme et d'une femme, d'un amant et d'une bien-aimée, tout simplement. Nous allons donc rester dans le langage de l'amant et de la bien-aimée.
Elle rêve que son amant vienne vers elle. Elle l'attend, en fin de compte, et elle fait plus que l'attendre: elle aspire à la rencontre, au rendez-vous. En entrée de matière, je me permets de vous dire quelque chose d'absolument intéressant: la plupart d'entre nous, vous comme moi, nous tous ici présents, nous sommes des spécialistes des rendez-vous manqués.
Je vais vous donner deux exemples qui me viennent à l'esprit. Le premier: lorsque l'Éternel, au tout début du Tanakh, ordonne, d'une certaine manière. Non, il ne l'ordonne pas, il le recommande. On va dire que c'est une ordonnance, et une ordonnance, c'est une recommandation. Je vous recommande de prendre tel ou tel médicament pour votre santé. Mais l'ordonnance n'est pas un devoir. Je dirais même, si vous me permettez, que l'ordonnance médicale relève de la vertu de l'homme, dont la valeur serait la capacité d'aspirer à plus de vie. Vous me suivez ? Quand vous entendez « ordonnance », vous avez l'impression d'un ordre. Or, je dis que l'ordonnance médicale est une proposition de soin. Pour qui ? Pour celui qui, étant venu voir son médecin, aspire à se soigner. Et lorsqu'il aspire à se soigner, c'est qu'il aspire à plus de vie. Car quand on est malade, il y a quelque chose de la vie qui est soustrait.
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