Yonah, la prière comme mise en accusation de soi
Le verbe lefalel vient de la racine plilout : prier, c'est accepter d'être jugé soi-même avant de demander.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Jonas, Ninive et la question de la miséricorde, 1 h 01
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Introduction au chapitre 2
Bon, allons-y. Alors, chapitre 2. Vayiman Adonaï dag gadol. Je ne vous rappelle pas ce que nous avons vu, puisque ce que nous avons vu doit être reçu et entendu. Deuxième chapitre: Vayiman Adonaï dag gadol. C'est-à-dire que vayiman, en hébreu, c'est l'intervention divine d'amener ce poisson géant aux abords des eaux dans lesquelles avait été jeté Yonah. Vayiman Adonaï dag gadol vayivla Yonah. Et Yonah fut avalé.
Vayehi Yonah bemeei hadag: Yonah se retrouve dans les entrailles du poisson, shloshah yamim veshloshah leilot, durant trois jours pleins. Vayitpalel Yonah el Hachem Elohav mimeei hadag: et Yonah va donc prier.
Alors, juste sur le terme de prier, il me paraît important, et pas fortuit, de réinsister.
Le verbe leit palel est généralement traduit par « prier ». Pour comprendre le sens de ce verbe, j'ai besoin de décortiquer leit palel. La première chose, c'est de sortir du possessif: non pas leit palel, mais lehitpalel.
Les hitpalel ont une signification que nous allons trouver en connaissant sa racine: pelilah, peh, lamed, lamed. Or, pelilah va donner ce substantif que l'on appelle plili, qui est judiciaire. Pelil, c'est judiciable. Si vous voulez, lehitpalel, c'est mettre en accusation, en tout cas ouvrir un casier judiciaire. Lehitpalel, ce n'est pas s'accuser, c'est ouvrir pour soi-même une mise en accusation, c'est-à-dire accepter de devenir judiciable.
Donc lehitpalel, ce n'est pas prier dans le sens où nous allons seulement invoquer la grâce divine et la bonté divine, en appeler à la miséricorde. Oui, mais pas seulement.
Pas seulement dans quel sens ? Dans le sens où, lorsque Yonah s'est mis à prier au bout de trois jours et de trois nuits, il va devenir judiciable pour lui-même, pour remettre en cause quoi ? Ce qu'il avait refusé précédemment. Lorsque l'Éternel lui a dit: Kum lech el Ninveh, il s'est refusé à cette ordonnance divine. Il s'est refusé à cette mission. Il a non seulement refusé la mission, mais il a tenté de disparaître au-devant de la mission, c'est-à-dire de disparaître au-devant de la responsabilité qui était la sienne.
J'espère que cela vous apporte quelque chose de supplémentaire concernant le verbe leit palel, et qu'on ne croit pas instamment que nous restons dans la demande vis-à-vis de Dieu, de la grâce, de la bonté divine, et que nous en oublions le reste.
Et je peux ouvrir une parenthèse, pas en catimini parce que nous sommes filmés, pour vous dire que bien évidemment la plupart d'entre nous sommes obnubilés dans la prière par la demande de grâce et de bonté, et que peu d'entre nous veulent prendre conscience qu'ils sont judiciables à ce moment-là. Vous me suivez ?
Il est donc bien évident que je vous demande de prendre cela en considération, et de ne pas croire que s'adresser à l'Éternel ne relève que de la demande de bonté et de grâce. Mais pour qu'il y ait bonté et grâce... Je ne sais pas si vous avez déjà été au tribunal, mais le juge a une demande très particulière vis-à-vis du judiciable: celle de se repentir. Dans le mouvement de la techouva, quand je la prends simplement, vous vous rappelez que je donne un triptyque pour techouva: la réponse, le retour et le repentir. En prenant l'occurrence du repentir...
Le Rambam viendra nous dire, dans Hilkhot Techouva, bien évidemment, que le fait d'avouer sa faute... d'ailleurs nous le disons aussi en français: une faute avouée est à moitié pardonnée. Bien entendu. Voilà une réponse. Je ne m'attarde pas là-dessus, mais c'était important de le signaler, parce que la plupart d'entre nous sont intimement persuadés que lorsque nous allons prier, nous allons demander. Et toujours demander à un tiers, en particulier ici Dieu, et ne jamais, pratiquement jamais, penser qu'il faudrait nous demander à nous-mêmes avant de pouvoir nous autoriser à demander à Dieu. Vous me suivez ?
— Ben non, tu as raison de poser la question, elle est à bon escient.
— Il faut déjà accepter de pouvoir être remis en question.
Par soi-même, oui. Il faut s'accepter.
Mais dans l'amour de soi, que j'enseigne par ailleurs, dans la notion d'amour, à travers cela il y a l'amour de soi, et cette partie de l'amour de soi n'est pas des moindres: celle d'accepter de se remettre en question. Il faut suffisamment d'amour de soi pour accepter de se remettre en question. Je crois que lorsqu'il y a la haine de soi... J'ai publié il y a 48 heures, sur mon réseau d'éducation Facebook, un texte qui était dans mon premier livre. Je le publie de nouveau parce qu'en ce moment je pense qu'il est de bonne loi de le faire. Ce texte demande nécessairement cet amour de soi pour être remis en question. S'il n'y a pas cet amour de soi, il y a donc une possibilité à l'aine de pouvoir s'instaurer.
Je continue.
Vayomer. Donc la tfila, on va la lire maintenant, mais vous l'imaginez. Karati mitzara li el Adonaï: j'ai interpellé l'Éternel de la douleur qui était la mienne. Vayaʿanéni...
Alors, pensez simplement que le passé du langage ici est en vérité un passé qui relève de la prière d'un futur. Vous comprenez ? C'est-à-dire que lorsque je dis « j'ai interpellé l'Éternel de la douleur qui fut mienne », c'est bien évidemment dans la prière de ne plus souffrir à l'avenir. Vous comprenez ? Le langage...
Oui, mais c'est simplement un savoir que de savoir lire le Tanakh. Vous comprenez ? Ce n'est pas donné à tout le monde. C'est la raison pour laquelle nous en faisons une leçon, qui nous permet de savoir, et de pouvoir ainsi continuer à expliquer aux autres.
Vayaʿanéni: et il me répond, et il me répondra, vous comprenez ? Et il me répondra comme il me répondit, pour pouvoir me répondre. Il y a ce langage entre passé et futur.
Mi-beten She'ol shiva'ati, shiva'ati. Mi-beten She'ol: des profondeurs, des entrailles, des antres, de la mer. Le She'ol, c'est ce qui est sous la terre, mais ce qui est sous la mer aussi. Shav'ati: c'est-à-dire être libéré. Shamata koli: tu as entendu ma voix, sous-entendu, tu entendras ma voix.
Va-tashlikheni metsulah bilev yamim, venahar yesoveveni: tu m'as jeté dans la tempête, dans le remue-ménage des vagues, etc. Kol mishbarekha vegaleikha alai avarou: l'écume de la mer, la tempête, et les vagues qui se jettent contre les rochers, viennent se briser contre moi. C'est joli, n'est-ce pas ?
Veani amarti: et moi j'ai dit: serais-je, comment dire, mis à l'écart de ton regard ? Être comme exilé de ton regard ? Je suis au paz'ouk. Mais si toi tu m'avais répudié, moi je continuerais à inspirer, à pouvoir pénétrer le Saint des Saints, ta maison, c'est-à-dire être avec toi.
Afafouni mayim ad nefesh: les eaux m'ont submergé. Ad nefesh, c'est-à-dire que je sentais que j'allais mourir. Tehom yesovevéni: le néant. Si les vagues étaient en train de me submerger et que j'allais mourir, je me retrouvais dans le néant, bien entendu.
Cours de Machon Meir
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— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
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La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
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