Le livre de Yoël : le désastre est-il inéluctable ?
Premier passage (Yoël 1, 2-12) : l'appel aux anciens et la perte d'équilibre d'Israël, à l'époque de Menashé.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Yoël chapitres 3 et 4 : faut-il vivre par le feu et le sang ?, 57 min
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Tov. Sefer Yoël. On va d'abord vous présenter le personnage, très rapidement. Il s'appelle d'ailleurs comme le premier verset: Dvar Adonaï acher haya el Yoël ben Petouel. Plus communément, Yoël est considéré comme un prophète ayant vécu à l'époque du Premier Temple, dans le royaume de Yehouda,
sous le règne d'un roi qui s'appelle Menashé, fils de Hizkiyahou, en grec Ézéchias. Yoël vit à cette époque-là. Qu'est-ce qui peut être intéressant ? Que veut dire Yoël ? C'est un verset dans Chemot, Vayiqhel Moshé, c'est-à-dire « le consentement ».
Yoël, c'est consentir à. Rappelez-vous simplement que le nom est important, comme on l'a déjà expliqué pour chacun de nous. Yoël, c'est consentir, ce n'est pas se consentir, c'est consentir. Yoël, sans le Vav, c'est le consentement. Donc on va voir les deux premiers chapitres, qui vont nous intéresser aujourd'hui. Vous jonglez avec les pages, comme je commence à vous apprendre à le faire. On va lire d'abord le début: la parole de l'Éternel se révèle à Yoël. Il est Navi, Nivi de Hachem, porte-parole de l'Éternel. Ce qui est intéressant, c'est comment commence la prophétie.
Chim'ou zot, zkénim. Chim'ou, il y a une volonté de faire entendre la parole. Ici, la parole est la parole divine, transmise à Yoël, dont il est le représentant, le porte-parole. La parole est prononcée à l'adresse des zkénim, les anciens. Zaken est presque l'acrostiche de Zéqana Hokhma, c'est-à-dire: celui qui a acquis la sagesse. On comprend pourquoi, bien entendu: la vieillesse, la sagesse, c'est compréhensible. Zaken, c'est le troisième âge. Chim'ou zot, ça veut dire « entendez ». Dans le texte biblique, je crois pour la énième fois, nous le répétons: Chim'ou a la capacité du verbe à posséder un sens.
Le sens de l'Ichma, nous l'avions vu, c'est l'oreille interne, c'est-à-dire l'équilibre de l'être, le centre de gravité de l'être. Point barre. Lorsque je dis à quelqu'un Chéma, béni… ou ce que nous disons dans la littérature hébraïque, Chéma Israël, à la naissance de l'enfant: en disant Chéma Israël, cet enfant, à sa naissance, fait partie de l'ensemble auquel il va appartenir, et cela a un sens. Ce n'est pas quelque chose qui est dénué de sens. Et à la mort, Chéma Israël aussi.
De la naissance à la mort, ce qui accompagne l'homme, c'est que la vie a un sens. Et quel est le sens de cette vie ? Harmonieuse, équilibrée. Lorsque le Navi vient interpeller la nation d'Israël, c'est qu'il y a quelque chose qui est en voie d'être catastrophique.
Je vous avais expliqué le terme catastrophe, le mot grec qu'on emploie en français, et qu'on emploie en hébreu, katastropha. Kata, c'est aller vers le bas; stropha, c'est la juste dimension. C'est-à-dire que ce qui était juste est en tendance d'injustice. La catastrophe, c'est lorsqu'il y a une perte de l'équilibre. C'est clair ? Ouh, ouh ! Et bien, réagissez !
Chim'ou zot, zkénim: il y a une interpellation des anciens, à qui l'on demande, étant donné qu'ils sont les anciens, d'être à l'écoute de cette perte de sens, de cette perte d'harmonie, d'équilibre, dans laquelle Israël est en train de sombrer. Ve'azinou kol yoshvé ha'arets. On a presque, là, une catastrophe, c'est-à-dire où la juste dimension s'enfonce vers le bas. Il y a une perte d'équilibre, une perte d'harmonie, etc. La catastrophe, c'est lorsque les choses ne sont plus à leur place.
Le mot grec à l'origine de l'harmonie des choses à leur place, c'est cosmos, qui servira de racine à « cosmétique ». On se maquille pour essayer de se redonner un équilibre, une harmonie. Vers le bas, vers le bas. Écoutez quand je parle, parce qu'il faut qu'on avance. Kata, c'est aller vers le bas; stropha, c'est la dimension. La dimension qui va vers le bas, c'est la dimension qui a perdu sa juste mesure. Bon.
Le premier passage de Yoël, dans ce premier chapitre, va du verset 2 au verset 12. À quoi Yoël fait-il allusion ? À la période de Menashé. Pour le dire en quelques mots: c'est la période où Menashé va déconstruire la royauté de Hizkiyahou. Hizkiyahou est un roi saint, tellement saint qu'à l'époque où il est jeune roi, il ne veut pas se marier, parce qu'il a eu un songe où il voit que sa descendance serait mécréante, mauvaise. Pour ceux qui ne connaissent pas le mot, bien qu'il soit dans la Bible… Une descendance mauvaise. Et Yéshayahou est le prophète de cette époque-là. Yéshayahou lui dit: tu n'es pas le comptable de l'Éternel. Rappelez-vous cette phrase, elle était absolument importante.
Le prophète dit au roi: peu importe ton songe et le rêve qui fut le tien, tu n'es pas le comptable de l'Éternel. L'Éternel t'a dit de te marier et d'avoir des enfants, c'est-à-dire d'assurer la pérennité du devenir humain: c'est ton rôle. Advienne que pourra. Et pour te prouver que je crois pertinemment à ce que je t'enseigne, dit Yéshayahou, je vais te donner ma fille en mariage. Béhémet, la fille de Yéshayahou, épousera Hizkiyahou, et leur enfant s'appellera Menashé. Et c'est d'ailleurs Menashé qui tuera son propre grand-père, le prophète Isaïe. Mais Isaïe avait dit: tu n'es pas le comptable de l'Éternel. C'est une grande leçon de philosophie hébraïque. Très grande leçon.
L'a priori, ce n'est pas celui-ci. L'a priori n'est pas celui-ci, parce qu'il y a toujours, dans la probabilité de ce qui peut advenir, la probabilité à équidistance du bien comme du mal. Il n'a pas eu de prophétie. Lui a un songe, un sentiment, un ressentiment, et le prophète lui dit: tu n'es pas le comptable de l'Éternel. Si tu as peur de demain, creuse-toi un terrier, enfonce-toi dedans et hiberne. Tu ne peux pas le vivre parfaitement, parce qu'il n'y a pas de mektoub, c'est-à-dire pas de prévision, pas de déterminisme prévisionnel. Lui pensait que c'était un déterminisme.
Mais quand Yéshayahou lui dit: tu dois te marier et avoir un enfant, cela veut dire que nous ne croyons pas à ce déterminisme. Pourquoi ? Parce que d'abord il y a ton libre arbitre, ton choix à toi de te marier et d'avoir un enfant. De la même manière, une fois que cet enfant est là, il y a ton investissement dans cet enfant, et ce que cet enfant, devenu adolescent puis adulte, fera de lui-même aussi. Il ne faut pas oublier que l'essence de l'être réside dans ce cadeau merveilleux qui s'appelle la liberté, la liberté de choisir.
Il est donc question de cela. Yoël ne vient certainement pas parler à Menashé, parce que la période est désastreuse. Comme je vous l'ai dit, Menashé déconstruit son père. Ceux qui ne savent pas ce qu'est véritablement la déconstruction en philosophie, qui est une théorie énormément énoncée dans les années 60-70 par Jacques Derrida, peu nous importe. La déconstruction se fait chez Nietzsche à coups de marteau, par exemple, mais la déconstruction consiste à remettre en question quelque chose. Là, Menashé remet en question le pouvoir monothéiste au sein du royaume de Judée et décide, ne croyant pas lui-même, qu'il faut rétablir les autels idolâtres. Les autels ahou, bien entendu.
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