Le livre d'Oshéa, chapitre 2 : le peuple et son nom
Comment le temps passé, présent et futur éclaire la promesse faite à Israël, et la responsabilité envers l'autre.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Oshéa 6 : la primauté morale face au culte, 1 h 06
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Encore une fois, j'avance doucement. Je ne veux pas terminer les chapitres, parce que vous n'êtes qu'aux premiers pas de l'introduction à l'historiosophie du Tanakh. C'est une science à part entière, un savoir à part entière, et le piédestal de toute la littérature hébraïque, quelle qu'elle soit. Prenez donc votre temps, je prends le mien, et nous allons essayer de comprendre.
Première leçon d'aujourd'hui. Le texte s'ouvre par Ve'ayam Yisbavne Yisraël: « Et le nombre des enfants d'Israël fut k'hol ayam, comme les sables de la mer, hacher lo ye'amed, qui ne se mesure pas, ve'lo ye'asser, et qui ne se compte pas. Ve'ayam imkom asher yomar lahem, lo ami atem, et il sera qu'au lieu même où il leur était dit: vous n'êtes pas mon peuple, yeamer lahem, bné El Chay, il leur sera dit: vous êtes les enfants du Dieu vivant. »
Lo Ami, vous vous rappelez, c'est le troisième enfant de Hochéa: Lo Ami, tu n'es pas mon peuple. Donc, quand ce lieu où on disait « vous n'êtes pas mon peuple » deviendra le lieu où on dira « vous êtes les enfants du Dieu vivant »… Première chose que vous devez apprendre, et qui fait partie des clés que vous commencez à inscrire vers Yah.
## Véhaya et Vayéhi
Tous les textes en hébreu, ou la majorité des textes en hébreu, commencent par Véhaya ou Vayéhi. Véhaya ou Vayéhi, c'est la combinaison d'un Vav, conjonction de coordination, et du verbe être, au passé, haya, ou au futur, yihyé. Vous me suivez jusque-là ?
Lorsque le Vav est accolé au verbe être au passé ou au futur, il n'est plus simplement conjonction de coordination, il devient conjonction de conversion. Ça veut dire quoi ? Le passé va être converti en futur et le futur converti en passé. Véhaya, c'est un passé qui, avec le Vav, devient un futur.
Et avec Vayéhi, ce qui sera est ramené à l'antérieur: c'est le futur antérieur français, le futur ramené au passé. Mais ce qui est important pour vous, c'est bien sûr de connaître la structure linguistique, et surtout de savoir pour quelle raison nos Sages nous disent que lorsqu'un texte commence par Véhaya, c'est un langage de joie, et lorsqu'un texte commence par Vayéhi, c'est un langage de non-joie ou de présage mauvais.
Est-ce que quelqu'un a une idée ? Prenons le premier exemple. Je vais doucement. Pour quelle raison le futur ramené au passé serait-il un langage de présage mauvais, ou de non-espoir ? C'est presque ça. C'est presque ça. Ce n'est pas rester sur le passé: c'est ramener son futur dans son passé. Comment est-ce qu'on appelle ça ?
En français, en latin, en anglais… La nostalgie, exactement. La nostalgie, en tant que disposition d'être, est celle du non-espoir, des lendemains qui ne chanteront pas. Maintenant, pour quelle raison le passé transformé en futur est-il un langage de joie ? Quelqu'un d'autre ? Ah non, ça y est. Non, pas la nostalgie. Pour quelle raison le passé transformé en futur est-il un langage de joie ?
Oui, mais vous ne dites pas ce qu'il faut dire. Il faut que vous expliquiez. Vous m'expliquez à moi, je suis votre prof. Mais imaginez que je suis votre élève, et que je ne comprends rien à ce que vous me dites. Qu'est-ce que ça veut dire, un passé transformé en futur ? Vous savez que c'est un passé transformé en futur, mais vous êtes en retard, mon ami. Qu'est-ce que ça veut dire, concrètement ?
Ce qu'il faut dire, c'est que je tire les leçons du passé pour construire un lendemain. C'est en cela qu'en tirant les leçons, le passé n'est jamais totalement négatif. Apprendre du passé pour construire demain, c'est l'expérience. Transformer le futur en passé, c'est dire: ah, c'était mieux avant. Ça, c'est la nostalgie, c'est le désespoir. Sachez simplement…
… que ce que je viens de vous dire, à travers nos Sages, dans le langage midrachique qu'on appelle l'exégèse biblique — ce n'est pas un mot barbare, l'exégèse biblique, c'est ce que nous faisons ensemble, l'historiosophie tanakhique. Nous expliquons, nous commentons, nous apprenons, nous décortiquons, nous opérons: tout cela est l'exégèse biblique. Et sachez que ce qu'ils ont dit se retrouve chez les stoïciens.
Les stoïciens, c'est Marc Aurèle, et l'autre, comment il s'appelle ? Je l'oublie… Sénèque. Alors, que disent les philosophes stoïciens ? Il ne faut vivre ni dans la nostalgie d'hier, ni dans l'espérance seule de demain, mais être capable de vivre son présent.
Regardez comme c'est extraordinaire. Le présent, en hébreu, se dit oveh. Et toute la avaya de l'homme: avaya, c'est l'existence. Vous entendez ? Le présent, oveh; l'existence, avaya. Donc l'existence se situe à quel temps ? Au présent. Il y a une différence entre votre prof, qui vient de la révolution étudiante, qui était trotskiste, où le passé était annihilé au profit d'un futur utopiste, et la symbiose des deux, où le présent était claudiquant, c'est-à-dire boiteux.
Et celui des prophètes: nous sommes fils de prophètes, qui tirent les leçons du passé, pour une leçon qui nous est transmise par l'Éternel, quant au lendemain vers lequel nous allons. La symbiose des deux fait que notre présent a une avaya, un oveh, chez nous. Il est existentiel.
Mais attention. Même si Sartre est revenu sur ses propos, avec L'Être et le Néant, et que l'existence précède l'essence, nous considérons, en tout état de cause, foncièrement, dans la pensée hébraïque, que l'essence est à l'origine de toute existence. C'est-à-dire que dans cette essence, je peux mettre ce passé qui me sert de leçon. C'est-à-dire ?
Non, ça ne veut pas dire ne pas faire de projet. Celui qui ne vit que dans l'espérance… Iyé tov. Cette phrase que vous entendrez dans la rue, en Israël, est obsolète. Elle est nulle et non avenue, elle ne veut rien dire. Iyé tov. Non: Lo yé tov. Hachem, zetzarech liyot tov: c'est-à-dire que tu dois être capable d'entrevoir des lendemains qui chantent, d'être celui qui écrit les premières notes et qui grave sa partition. Sinon, il n'y a pas de lendemain qui entrera.
Anim chakhala Machiah, efo'ata Machiah, aval lagmara Sanhédrin… Dernier père, écrélec, onzième chapitre: on te demande, au moment de la fin de ta vie, devant le Tribunal céleste, Haïm kavata etzim, la Torah: as-tu prévu un temps pour étudier ? Haïm tzipita liyeshua: as-tu fait quelque chose pour faire avancer la délivrance ? On ne te demande pas si tu as espéré. On te demande si tu as fait quelque chose pour faire avancer la délivrance. C'est clair ?
Véhaya, Vayéhi: terminé, jusqu'à la fin de l'année. C'est une clé: vous l'avez, vous rentrez; vous ne l'avez pas, vous ne rentrez pas. Vous pouvez aller à la synagogue pendant mille ans sans avoir les clés. Vous rentrez, comme disait ma grand-mère, une main devant, une main derrière. C'est ce que font 90 % des gens. Non, j'ai dit que Vayéhi…
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