Shmouel, Korah et l'échelle de Yaakov
Le discours sur l'unité des mondes, la responsabilité et la montée vers une vision plus large.
Rav Yossef Attoun
Début du cours (texte)
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Voilà une année que nous avons accompagné Shmuel dans son départ, et nous avons accompagné aussi, pendant cette année, Elios, Sophie, Zahava et les filles. Je crois qu'il y a eu un parcours à la fois difficile et à la fois amical, convivial peut-être. Je reprendrai ce thème tout à l'heure, parce que j'ai déjà une demande à faire à toute l'assistance.
Toute personne qui a subi des épreuves douloureuses sait combien la solitude n'est pas vraiment une solitude, parce que les gens veulent nous laisser seuls, mais il y a peut-être de leur part un manque de savoir-faire, de savoir-dire, de savoir-être, alors que les choses sont tellement simples. Et comme nous allons le voir, peut-être que la qualité exceptionnelle de Shmuel était justement de savoir être social, être entouré, lutter contre toute forme de rupture.
Je crois qu'il y a, dans l'année que nous avons traversée, un certain nombre de choses d'enseignement qui se dégagent. D'abord et avant tout, je voudrais dire à tous nos amis que, malgré tout ce que tous ceux qui nous ont accompagnés de mois en mois, de cours en cours, d'étape en étape, ont dit de extraordinaire, de touchant, de profond, de riche, certainement il nous faudra du temps pour les accepter, pour les recevoir et surtout pour les réaliser. Malgré tout, l'essentiel nous échappe.
Et je me suis dit, en venant ici, que c'est peut-être bien comme ça. La première chose que moi, en tout cas, j'ai ressentie, c'est notre petitesse. Et finalement, comme disait le Rav Zuckerman à l'instant, nous faisons partie de quelque chose de tellement grand que se sentir petit en faisant partie de quelque chose de si grand, c'est, quelque part, être grand nous aussi.
Même si on a parfois, souvent, peut-être même toujours, des questions qui restent sans réponse. Alors on a essayé pendant cette année, une fois qu'on a compris qu'on ne comprend pas, d'essayer quand même de comprendre. Pas de comprendre: le mot comprendre est trop faible, beaucoup trop faible. On va essayer, on a essayé, on va essayer. Et on essaiera de plus en plus de se rattacher à un héritage spirituel qui est tel que, même si les choses sont au-delà de notre entendement, il y a des liens.
On dit en hébreu chiburim, et ce n'est pas pour rien que j'emploie le mot en hébreu, puisque, comme il vient d'être dit, nous sommes à la sortie de Yerouchalaïm, la ville qui produit les chiburim, les liens, et qui est l'antithèse de toute rupture. Les mondes, nous avons essayé de le dire, de l'enseigner, de le savoir, de le connaître, de le faire sien: les mondes ne sont pas en rupture.
Je crois que ce soir Sophie va distribuer un livre de ses dialogues avec Shmuel. Cela fait aussi partie de cette connaissance qui est au-delà de la connaissance: les mondes ne sont pas en rupture. Il y a dans le livre Orot HaKodesh du Rav Kook des pages merveilleuses là-dessus, sur l'unité des mondes. Je crois que c'est ça, la Torah de Shmuel, de Shmuel le nôtre et de Shmuel Hanavi, dont vous avez certainement appris et entendu parler.
C'est aujourd'hui, par ces hasards de l'histoire, comme on dit chez les autres, c'est aujourd'hui la Hiloula, l'anniversaire de la disparition du prophète Samuel, qui est l'antithèse de ce qu'était son arrière-arrière-grand-père, Korach. Korach, celui qui a fait une opposition systématique à Moïse. Korach a vu que de lui sortirait quelqu'un de très grand, qui s'appelle justement Shmuel.
Alors il a dit: puisque dans le futur sortira quelqu'un de très grand, eh bien moi, au présent, je suis déjà quelqu'un de très grand, et donc je peux m'opposer à Moïse. En disant cela, il s'est opposé à la Torah des chiburim. Comment dit-on chiburim ? Des liens… La Torah de l'unité des mondes, c'est la Torah de Moïse.
Vous savez qu'il y a deux religions, comment dit-on, qui sont sorties d'Israël, et toutes les deux ont un point commun au moins: toutes les deux déresponsabilisent l'homme. J'explique rapidement. Vous le savez très bien, l'islam, c'est la soumission; le mot islam veut dire soumission, la soumission absolue à la volonté d'Allah. Et le fait que tout ce qui se passe dans le monde, qu'il y ait de la pauvreté, qu'il y ait de l'injustice, c'est la volonté de Dieu, disent-ils. Donc on n'est pas responsable: il suffit d'être soumis.
La Natsrout, le christianisme, déresponsabilise l'homme pour d'autres raisons, car elle a abdiqué, elle a démissionné. Ça, c'est la soumission; ça, c'est la démission. Elle a démissionné de la capacité de réparer le monde, de réparer l'homme, de réparer, comme on vient de le dire, la politique, la morale, l'économie, la société. Cela vient du fait qu'ils n'ont pas le secret de la Torah des chiburim, des liens.
Si l'on sait que l'esprit et le corps, que ce soit au niveau individuel ou au niveau collectif du peuple tout entier, ne font finalement qu'un, alors, dans chaque parcelle du corps, il y a une étincelle de neshama qui le fait vivre. Et si c'est comme ça, le corps n'est pas, comme disent les chrétiens, damné ou condamné ou autre chose. Le corps est simplement le vecteur, le support, le réceptacle de quelque chose de divin, dont tous les espoirs sont permis. Donc ça dépend de nous. Donc nous sommes pleinement responsables.
Quand je revois Shmuel, quand il est arrivé ici, au Machon Meir, j'ai tout de suite vu en lui quelqu'un sur qui on peut compter. Quelqu'un de responsable. Parfois trop responsable. Parfois il ne laissait pas aux autres beaucoup de latitude. Mais il vaut peut-être mieux comme ça.
À Yerouchalaïm est passée l'échelle de Jacob. Dans le rêve de Jacob, il y a une échelle, et son centre, nous explique Rachi dans le Chumash, était à Yerouchalaïm. Cette forme en ayim est très curieuse: comme yadayim, comme oznaïm, comme enaïm. Nous avons expliqué, tout au long de notre parcours commun, que cela ne veut pas dire « les oreilles », « les yeux ». Il n'y a pas deux yeux, sinon, à Dieu ne plaise, on verrait double, ce serait insoutenable. Même chose pour les oreilles. Il y a une oreille double, il y a un œil double, il y a une main double, et puis il y a un Yerouchalaïm double.
Yerouchalaïm est double parce qu'il y a une échelle à Yerouchalaïm qui relie, comme dans le rêve de Jacob, le ciel et la terre. J'ai pensé à cela en lisant un petit article d'un grand d'Israël, qui était l'élève préféré du Ramchal, Rabbi Moshe Haïm Luzzatto, l'auteur du Messilat Yécharim. Il s'appelle Rabbi Moshe David Valli. Je cite simplement une phrase de Rabbi Moshe David Valli. Il dit: Na'eh la-da'at, ki yemei notav shel adam hem ke-sulam mutsav artsa, il est bon de savoir que les jours de l'homme, la vie de l'homme, sont comme une échelle posée sur la terre dont la tête touche le ciel.
Ve-ulam ha-adam ole bamadregot assula, mais voilà, ajoute-t-il: lorsque l'homme monte dans les degrés de l'échelle, *kol kakh madregot she-ya'ale, kar'tiyato yoter …
Cours de Machon Meir
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