La guerre dans la pensée juive : d'où vient-elle ?
Pourquoi l'humanité fait-elle la guerre alors qu'elle préfère la paix, et ce que Kant et les communistes en disent.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Les Béné Noa'h peuvent-ils habiter en Erets Israël ?, 54 min
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Il faut savoir que la guerre a toujours été un sujet très peu étudié chez les hachamim. Il y en a pourtant: il existe des règles de la guerre dans la Torah, dans la Michna et la Guemara, chez le Rambam, où le développement est assez long, et chez le Rav Kook. Le Rav Kook a également étudié le problème de la guerre de manière générale. Et le problème, c'est de savoir d'où vient la guerre, d'où elle provient.
Si vous interrogez les gens, si vous faites un sondage et que la question est: préférez-vous la guerre ou la paix ? Qu'est-ce que les gens vous répondent ? Qu'ils préfèrent la paix. Au moins 97 % des gens vous répondront qu'ils préfèrent l'état de paix à l'état de guerre. Or, à l'heure qu'il est, dans le monde, il y a à peu près une trentaine de guerres simultanées. C'est-à-dire que, dans une période qui semble paisible, celle du XXIe siècle, il y a une trentaine de guerres en permanence. Et ce n'est pas seulement aujourd'hui: depuis des milliers d'années, les hommes vivent en état de guerre, ou bien ils se remettent de la guerre précédente, ou bien ils préparent la guerre à venir.
C'est donc surprenant: une humanité qui, en majorité, préfère la paix à la guerre ne cesse pourtant de faire la guerre. D'accord ? Il faut donc comprendre cela autrement que le schéma habituel. Dans le schéma habituel, on dit que c'est la paix que les hommes veulent et que la guerre est un accident. Or on se rend compte que, dans la réalité, c'est exactement le contraire. La guerre est une permanence, la paix est quelque chose d'extrêmement rare. Cela veut donc dire que la nature des hommes, c'est de se faire la guerre. Et on veut bien savoir: mais pourquoi ?
Par exemple, dans le monde animal, il n'y a pas de guerre au sein d'une même espèce. Les lions ne font pas la guerre aux lions, et les tigres ne font pas la guerre aux tigres. Mais les lions mangent les antilopes. Comment ? Les fourmis, elles, se font la guerre. Ah bon ? Il y a des guerres de fourmis. Donc les hommes sont des fourmis ? Oui, il y a des territoires, mais disons que ce n'est pas l'activité permanente du lion de faire la guerre aux lions. Ce n'est pas à cela qu'il occupe son temps.
C'est exceptionnel: le fait qu'il y ait violence entre des lions, pour une lionne par exemple, c'est quelque chose d'extraordinaire. Tandis que chez les hommes, c'est l'activité permanente: passer son temps à investir des sommes énormes d'énergie dans la destruction d'autres hommes. Cela ne va pas. Surtout si l'on suppose que l'homme est le sommet de la création: comment se fait-il que l'homme, sommet de la création, passe son temps à faire la guerre aux autres hommes ?
Eh bien, parce qu'on le voit en permanence. Quand un phénomène est permanent, on en déduit que c'est la nature. Le problème, c'est de savoir comment expliquer cela. Qu'est-ce qui, dans la nature de l'homme, produit cela ? Pourquoi ? On n'avait pas vu cela dans ce monde, d'après qui ? Je n'ai pas dit que c'était déterminé, mais cela veut dire que cela fait partie de la nature. Il y a le libre arbitre, on peut dominer les données de la nature, mais la donnée fondamentale, c'est la guerre. Et le problème, c'est de savoir d'où cela vient. On peut dire qu'il existe une sorte d'agressivité naturelle chez l'homme, puisque nous avons des ongles et des dents, n'est-ce pas ?
Donc nous sommes faits pour nous entre-déchirer. D'accord ? C'est possible, mais c'est insuffisant. Il est vrai qu'il y a un élément de violence dans le yetser hara de l'homme. Mais il y a quelque chose de plus profond que cela. Il y a le fait qu'entre les hommes, les hommes sont des créatures. Qu'est-ce qu'une créature ? Une chose qui est créée. Que veut dire être créé ? Cela veut dire recevoir son être d'un autre. Donc, en tant que créature, je suis celui qui reçoit.
Si j'en suis conscient, cela devient la volonté de recevoir. Ce qui définit ma personne en tant qu'être humain, c'est donc ma volonté de recevoir, en hébreu ratson lekabel. Si ma définition, c'est la volonté de recevoir, et que la tienne l'est aussi, alors nous entrons en rivalité pour savoir qui va recevoir. Donc le Maharal a raison de dire que deux justes sont en rivalité par nature.
Shnet tsadikim mitnagdim zel azeh b'teva, dit le Maharal dans le Derekh Haïm. C'est-à-dire qu'il est normal que les tsadikim s'affrontent l'un contre l'autre. Maintenant, vous allez me dire: c'est ridicule ce que tu dis là. Car il est vrai que nous sommes en rivalité pour recevoir, mais il y en a assez pour tout le monde. N'est-ce pas ? S'il y en a assez pour tout le monde, il n'y a donc pas besoin de se faire la guerre. Mais qui vous a dit qu'il y en a assez pour tout le monde ? C'est l'intelligence qui le dit.
Mais l'instinct ne passe pas par l'intelligence. Par exemple, si vous prenez une vache morte et que vous la jetez devant une meute de chiens affamés, qu'est-ce qui va se passer ? Ils vont se battre entre eux pour la vache. Mais il y en a assez pour tout le monde ! Oui, mais cela, c'est l'intelligence qui le dit. Or l'intelligence n'est pas la donnée première de l'être: il y a tout d'abord la nature.
Dans la nature, il y a donc la volonté de recevoir, et c'est pour cela qu'il va y avoir la guerre. Conclusion: la paix est un miracle. Il y a une phrase extrêmement pessimiste que vous connaissez, d'Enrico Macias, que tout le monde chante avec joie. On la retrouve aussi chez Doudou Fischer, et on la retrouve ensuite dans la Birkat Hamazon, le Kaddish et l'Amida. Cette phrase dit que c'est celui qui fait la paix dans ses hauteurs qui peut faire la paix sur nous. C'est pessimiste: cela ne vient pas de nous. Nous ne sommes pas capables, par nous-mêmes, d'achever le projet de la paix. On a besoin d'une intervention extérieure, divine, qui fasse la paix sur nous. Quand vous trouvez la paix dans le monde, c'est qu'il s'est passé quelque chose de surprenant. Ce n'est pas normal qu'il y ait la paix, et pourtant il y a parfois la paix. D'accord ?
C'est en rapport avec l'enseignement du livre de Béréchit; on va y arriver, binadah, quand nous étudierons Béréchit. En tout cas, il y a donc un effort à faire contre la nature pour faire la paix. Vous pouvez savoir ce qui entraîne, oui, quoi ? D'ailleurs, il y a une idéalisation de la guerre. Il y avait, par exemple, un goy du nom de Nietzsche, Friedrich Nietzsche, qui disait que la guerre est une bonne chose: elle trempe, elle permet d'acquérir des vertus de domination, de domination de soi-même, etc. Donc une société sans guerre est …
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