Le Rambam et le commandement de la terre d'Israël
Comment le Rambam et le Ramban comptent les mitsvot, et pourquoi la souveraineté sur Erets Israël en est une.
Rav Oury Cherki
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Bonjour tout le monde. Combien de mitsvot y a-t-il en tout ? 613. C'est effectivement écrit dans la Guemara, au nom de Rabbi Simlaï. Combien en a-t-il de positives ? 248. De négatives ? 365. Il y a donc deux sortes de mitsvot, n'est-ce pas ? Si je ne me trompe pas. Un livre qui ferait la liste des mitsvot serait donc divisé en combien de parties ?
Le Rambam a écrit un livre qui s'appelle Sefer HaMitsvot, « le livre des commandements », et qui est divisé en trois parties, évidemment. La deuxième partie parle des commandements positifs et la troisième des commandements négatifs. La première partie s'appelle Shorachim. Shorachim, cela veut dire « les prémices, les racines », c'est-à-dire les quatorze principes en fonction desquels Maïmonide compte les mitsvot. D'accord ?
Vous avez donc une première partie, divisée en quatorze chapitres, qui vous explique la manière de compter les mitsvot, avec de très grands principes importants. Puis la deuxième partie, qui parle des 248 commandements positifs, et 365 paragraphes dans la troisième partie, qui parle des commandements négatifs. Cela s'appelle le Sefer HaMitsvot, le livre des commandements.
Il a d'ailleurs été traduit en français. Il existe une édition avec une introduction du professeur Levinas au livre des commandements de Maïmonide. Tout le monde est d'accord pour les chiffres de 613, 248 et 365. Mais alors, sur quoi les gens ne sont-ils pas d'accord ? Nos Sages sont divisés sur la manière de compter. Qu'est-ce qu'on introduit, qu'est-ce qu'on n'introduit pas ? Par exemple, la mitsva de présenter un sacrifice.
Cela peut être considéré comme une mitsva, ou comme quatre mitsvot: la première, faire la chehita; la deuxième, recevoir le sang; la troisième, amener le sang jusqu'à l'autel; la quatrième, jeter le sang sur l'autel. Il peut donc y avoir quatre commandements différents ou un seul. Si je prends les quatre opérations comme un seul commandement, il me reste encore combien de commandements à compter ? Trois, n'est-ce pas ? Il y aura donc un autre compteur de mitsvot qui en introduira trois. Il y en a qui en ajouteront, il y en a d'autres qui en retrancheront, etc.
Autour de cela, nous avons un débat entre le Ramban et le Rambam. Le Ramban, Nahmanide, est lui aussi l'un des compteurs de mitsvot. Mais il n'est pas toujours d'accord avec le Rambam. Il a sa propre liste de mitsvot: il rejette certaines mitsvot de la liste et en amène d'autres à la place, aussi bien parmi les mitsvot assé que parmi les mitsvot lo ta'assé, aussi bien dans les commandements positifs que dans les commandements négatifs.
Je vais vous lire un texte du Rambam qui s'appelle Mitsvot shekhahah Khotan HaRav, les commandements que notre maître a oubliés parmi les commandements positifs. Selon l'opinion du Ramban, le Rambam n'est pas d'accord et il compte ici une série de commandements positifs. Un de ces commandements positifs est le commandement numéro quatre. Vous connaissez ce texte ? Non ? Bon, on va le lire: Shenitstavéno, que nous avons reçu comme ordre: Lerecht ha-aretz hazot asher natan Hachem le-avoteinu, de prendre possession du pays que l'Éternel a donné à nos ancêtres, Abraham, Isaac ou Jacob, c'est-à-dire en français Abraham, Isaac et Jacob, ve-lo na'asveha beyad zulatenu minehem u-mi-tokh rechuvin, de sorte que nous ne l'abandonnions pas à d'autres que nous, parmi les nations, ou à la désolation.
Cela veut dire que cette terre doit être sous la souveraineté d'Israël, et c'est donc un des commandements positifs. Traduisons en termes modernes ce que veut dire le Rambam: un territoire sous la souveraineté d'un peuple, comment cela s'appelle-t-il en français ? Un État, n'est-ce pas ? De ce point de vue, la fondation de l'État d'Israël et la permanence de son existence sont un commandement positif parmi les 613 commandements de la Torah.
Ce qui veut dire que lorsque Ben Gourion et le gouvernement provisoire ont fait la déclaration d'indépendance, ils auraient dû faire une bracha, c'est-à-dire: Il nous a sanctifiés par ce commandement, Il nous a ordonné de fonder un État. Je crois qu'ils n'ont pas fait la bracha; peut-être qu'ils ont oublié, peut-être qu'ils avaient peur de l'opinion des Guedolim. En tout cas, pour le Rambam, c'est évident, c'est un commandement positif. Parmi les signataires de la déclaration d'indépendance se trouvait un rabbin, le Rav Maimon, qui par la suite est devenu ministre des Cultes en Israël, et qui a fait la bénédiction Shehekhiyanou. Et alors tout le monde a mis la kippa à ce moment-là.
En tout cas, malheureusement, le Rambam a été chercher tout ça. Ce qu'il dit est énorme: il y a un commandement positif de fonder un État en Erets Israël. Il amène ici un verset, c'est ce qu'il leur dit: Vehorashtem et ha-aretz u-yeshavtem bah. Les versets que nous venons de lire sont tirés de la paracha de Massé.
C'est la dernière paracha du livre de Bamidbar. Vous êtes sûrs ? Devarim, Vayikra, Béréchit ? Oui. Est-ce que tu es sûr de ce que tu dis ? Effectivement, c'est la dernière paracha de Bamidbar, d'accord ? Là-bas, vous avez ces versets dans lesquels il est dit: vous devez faire la conquête de ce pays. D'après le Rambam, c'est donc un des six cent treize commandements, un des deux cent quarante-huit commandements positifs. Il en a donné le détail, selon ses frontières et ses limites: Kemo shé-amar, ainsi qu'il est dit: venez, introduisez-vous dans la montagne de l'Émoréen et dans tous ses alentours, dans la steppe, dans la montagne, dans la plaine, dans le Néguev, dans le sud, et sur la bande côtière, etc.
Ça veut dire quoi, « etc. » ? Il y a une suite au verset. Comment finit le verset ? Erets Kena'ani ve-Levanon, le pays du Cananéen et le Liban, ad ha-nahar ha-gadol, nahar Perat, jusqu'au grand fleuve, l'Euphrate. Pourquoi tout cela a-t-il été indiqué ? Che lo yachkou mimenou makom, pour qu'on n'oublie pas un endroit. C'est-à-dire que la souveraineté doit s'étendre sur l'ensemble du territoire promis à nos ancêtres, et pas seulement sur une partie. C'est comme faire la mitsva à moitié. On ne fait pas la mitsva à moitié, on ne s'arrête pas. Par exemple, il y a une ville en France où les Arabes ont été arrêtés, c'est ça ? Ils ont été arrêtés à moitié, je crois, parce qu'ils ont continué et ils ont dépassé. Tandis qu'une mitsva totale inclut l'ensemble du territoire d'Erets Israël.
Ce verset qu'il a amené, avec toute la liste des territoires à prendre, d'où vient-il ? Les versets d'avant, qui disent de faire la conquête, sont dans Bamidbar. Mais le verset qui détaille le territoire n'est pas dans Bamidbar. Si c'est une mitsva de la Torah, le verset se trouve obligatoirement dans la Torah. Il dit: entrez dans le pays des Émoréens et faites la conquête. C'est dans Devarim, dans la paracha de Devarim, qui est la première paracha de quel livre ? Devarim. Très bien. Vous faites des progrès.
Cours de Machon Meir
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