Les sept lois noachides et la vocation universelle d'Israël
Pourquoi le judaïsme est universel sans imposer son identité nationale, et ce que dit le Rambam sur les Noachides.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La sainteté, kadosh, et le dialogue avec Hachem, 57 min
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Shalom tout le monde. Henri Bergson, c'est un lycée, effectivement, nommé d'après un célèbre philosophe d'origine juive, mais très éloigné de ses racines, qui vivait en France. Henri Bergson, qui est un grand philosophe, a affirmé qu'il y avait une supériorité spirituelle et morale du christianisme sur le judaïsme.
Pour une raison très simple: le judaïsme s'occupe uniquement d'un Dieu qui ne s'occupe que de son peuple, un Dieu jaloux. Le christianisme, par contre, a étendu le champ de ce Dieu à l'ensemble de l'humanité, et donc c'est une religion véritablement universelle. Voilà. Ça, c'est l'affirmation de Bergson. De même…
J'ai rencontré un juif américain influent dans le monde, dont je ne peux pas trop citer le nom, mais qui m'a raconté que, lors d'une de ses rencontres au Pakistan avec un des dirigeants religieux musulmans, le musulman en question lui a dit: « Pourquoi est-ce que vous, les juifs, vous ne faites pas de prosélytisme ? » Réponse du juif américain influent dont je ne peux pas dire le nom: « C'est parce que le judaïsme est un club. Et dans un club, on n'est pas obligé d'entrer. On peut très bien être de l'extérieur. » Réponse du dirigeant spirituel musulman pakistanais: « Si c'est comme ça, ça ne fait que confirmer l'argument que nous enseignons dans nos madrassas, comme quoi le judaïsme est faux, parce que s'il était vrai, il s'occuperait… »
On peut dire que c'est effectivement la base originelle du christianisme. On peut donc réagir de deux manières. Dire: « Tiens, c'est vrai, ils ont raison. Nous ne sommes pas universels. On s'en fiche complètement des autres. » Deuxième possibilité: dire « Mais non, ils sont complètement à côté de leur pompe », ce qui est absolument la vérité. Le judaïsme est fondamentalement de vocation universelle, puisque, comme vous l'avez appris lorsque nous avons étudié le livre de Béréchit pour Abraham Avinou, il est dit dès le départ, dans son élection: « Venivrechou bekha kol michpechot haadama », c'est-à-dire que par toi seront bénies toutes les familles de la terre. Il y a donc une finalité certainement universelle au judaïsme, qui est imprimée dès son origine et qui est restée indélébile, quelles que soient les vicissitudes des persécutions au cours des générations.
Ça, c'est un premier point qu'il faut mettre en évidence, simplement parce qu'il faut comprendre quelle est la nature de l'universel juif, ce qu'il veut dire. C'est ça que nous allons mettre en place. Qu'est-ce que tu veux ? Qu'est-ce qu'il y a ? Tu vois si la clé marche ? À mon sens, elle marche. Dans ce cas, on pourrait fermer les fenêtres. Enfin, ça, c'est à vous de décider. Bon, donc il y a une vocation universelle, j'aimerais comprendre en quoi elle consiste.
Elle consiste tout d'abord non pas en cosmopolitisme, comme vous le savez, puisqu'il ne s'agit pas d'abolir les différences entre les nations. Ah, vous avez fermé la climatisation ? Elle ne marche pas. Ah, bon. Dans ce cas, il vaut peut-être mieux ouvrir un peu la porte. Ça permet de respirer. Merci, merci. Donc il ne s'agit pas, par exemple, de faire du prosélytisme au sens classique, c'est-à-dire de transformer tout le monde en juif.
Et ce, pour une raison très simple: étant donné que le judaïsme a une coloration nationale, il serait injustifié d'imposer une identité nationale à ceux qui n'en font pas partie. Nous avons l'exemple du colonialisme. Le colonialisme a imaginé que l'on pouvait transformer tous les peuples de l'Empire français en français, et tous les peuples de l'Empire britannique en britanniques, et cetera, et cetera. C'est-à-dire l'imposition d'une identité nationale à d'autres identités. C'est ce qu'on appelle le colonialisme ou l'impérialisme, et c'est absolument problématique. Il y a parfois même ce qu'on appelle le paternalisme, ce qui n'est pas tellement différent.
Par contre, dans le projet de la Torah, Venivrechou bekha kol michpechot haadama, « par toi seront bénies toutes les familles de la terre »: on avait étudié ce terme-là, venivrechou, qui signifie que chaque famille de la terre puise dans l'identité d'Israël, ce qui lui permet d'arriver à être elle-même. De ce point de vue, le judaïsme est absolument missionnaire. Il a pour but de faire en sorte de transformer les Japonais en Japonais, et les Belges en Belges, si ça existe, etc. C'est-à-dire que chaque nation doit assumer son identité de sainteté collective par rapport au Créateur, ce qui n'est pas encore réalisé. C'est l'idée qu'il y ait une sainteté au niveau de la collectivité nationale. C'est une idée qu'on ne trouve pour l'instant que dans le judaïsme, et qui est censée un jour être l'héritage de l'ensemble des nations, comme le dit le prophète Zacharie.
Venilevou goyim rabim el Hachem bayom ha-hou, veyihyou li le-am, « De nombreuses nations s'associeront à Dieu en ce jour et seront pour moi un peuple. » Donc cette idée qu'il y a un peuple de Dieu, qui pour l'instant est le peuple d'Israël, doit avoir pour corollaire d'autres peuples de Dieu, dont nous sommes le premier-né. Voilà, ça, c'est dans les grandes lignes. Et ça nécessite évidemment de ne pas essayer de s'imposer aux autres. D'un autre côté, nous avons un message qui concerne l'humanité. Il faut savoir quel est ce message.
Il faut savoir encore autre chose, une donnée historique importante: pendant le temps de l'exil, et encore plus dans le temps de la persécution, nous étions dans l'impossibilité de pratiquer cet enseignement. Mais c'était quand même étudié dans le Beit Hamidrash, c'est-à-dire dans la Guemara, dans la Michna, mais aussi dans le Tanakh et chez les poskim. Vous avez là une série énorme de considérations sur le statut, sur l'enseignement, sur l'identité des différentes nations, ce que nous avons à leur donner, ce que nous avons à prendre d'eux, etc.
Et il est intéressant de voir qu'au sein de la persécution, il y avait des rabbins qui réfléchissaient très sérieusement pour savoir quel est le statut positif de celui qui me persécute. Vous avez compris le problème ? Enfin, comment ? Tous les rabbins…
Tous les rabbins. Ça fait partie du travail des rabbins d'étudier ces choses-là. Les rabbins doivent étudier toute la Torah, et toute la Torah implique également la législation noachide, dont nous allons parler maintenant.
Dans la tradition rabbinique, et là je vais entrer directement dans la tradition talmudique et rabbinique, je sais qu'il y a beaucoup de critiques autour de ça, mais il n'y a pas le choix: j'appartiens à la tradition rabbinique, la preuve en est là, et talmudique, la preuve en est là. Donc on va parler de la tradition talmudico-rabbinique.
La tradition talmudico-rabbinique considère qu'il y a différentes sortes de non-juifs, comme il y a différentes sortes de juifs: Cohen, Lévi, Israël, Mamzer, etc. Mais il y a différentes sortes également de goyim. Qui sont-ils, ces différentes sortes de goyim ? Il y a des goyim extrêmement méchants, dont la Guemara dit beaucoup de choses très graves. Et puis il y a des goyim extrêmement gentils, dont la Guemara dit des choses extrêmement gentilles. D'accord ? C'est pour ça qu'on les appelle les gentils.
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