La guerre dans la pensée du Rav Kook
Pourquoi la Grande Guerre annonce la moisson des tyrans et l'aube d'une nouvelle ère pour l'humanité.
Rav Yossef Benshoushan
Ensuite : La techouva avant la création du monde selon Orot, 57 min
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## Introduction: le sujet de la guerre
Alors, le nouveau sujet que nous allons aborder aujourd'hui est un sujet terrifiant: le sujet de la guerre. La guerre. C'est la page Yud Gimel, le deuxième chapitre du livre d'Orot. Jusqu'ici, on a plus ou moins compris quel est le lien vital qui existe entre le peuple d'Israël et Erets Israël. Maintenant, on va essayer de comprendre: quel est le rôle des guerres ? Est-ce que les guerres ont un rôle, ou bien est-ce tout simplement une catastrophe ponctuelle qui ne mène à rien ? Qu'est-ce que vous en dites ? Tsadik, il faut y réfléchir avant d'écouter. Est-ce que la guerre est une catastrophe ponctuelle, causée par un mauvais choix des hommes, et qui finalement ne mène à rien ? Ou bien y a-t-il un ordre dans les guerres, qui finalement conduit l'humanité vers un objectif ?
— Pourquoi ? Explique.
— Comme toutes les guerres. Comme ce qui se passe en Syrie maintenant.
— Ah, mais non, là on ne parle pas des guerres d'Israël. On parle de toutes les guerres en général, de l'humanité. C'est de cela que le chapitre traite.
Et de manière absolue, est-ce que cela fait avancer les choses ? Ce que tu dis, c'est qu'on fait du surplace. Donc on a envoyé à la potence des millions de personnes, et cela n'a servi à rien ?
— Question posée. J'ai entendu dire que dans un cours de frôles, je crois que c'était un cours de frôles, on expliquait qu'il y a trois causes prédominantes dans les guerres: les femmes, l'argent et l'ennui. Ça, ce sont les causes.
On parle des aboutissements. Ça, ce sont plutôt, on va dire, les prétextes, ou bien les causes humaines. Ce que j'essaie de comprendre, c'est s'il y a un aboutissement du point de vue divin. Est-ce que cela mène à quelque chose, finalement ? Qu'est-ce que tu dis ?
Et donc, tu optes pour la première option ou pour la deuxième ? Est-ce que ça fait avancer les choses ? Que ce soit de manière douloureuse, c'est évident: cela coûte très souvent des millions de vies humaines.
Par exemple, la création de l'État d'Israël. On n'a pas eu l'État d'Israël malgré la Shoah; c'est-à-dire que la Shoah a accéléré le processus. Donc, on verra.
Il y a une trajectoire dans l'histoire. L'histoire n'est pas aveugle. Il y a un point d'origine et un point d'aboutissement. Est-ce que les guerres contribuent à cet itinéraire, ou bien ce sont des événements totalement hasardeux ? Les croisades, pour eux, c'était divin. Je ne prends pas le point de vue subjectif, ce que l'homme pense, mais le point de vue objectif. C'est bon. Donc commençons à lire. C'est Atta Dishmaïa, on commence le chapitre.
Quand s'éveille une grande guerre dans le monde, cela entraîne un éveil de la force messianique. « Le temps de la moisson est arrivé »: c'est un verset du Chir HaChirim. Celui qui a l'habitude de dire le Chir HaChirim à l'entrée du Chabbat est censé le connaître par cœur. Donc je vous le conseille vivement.
Quel rapport avec ce qu'on vient de dire ? Et ha-zamir higuia, la traduction littérale: « le temps de la moisson est arrivé, et le chant de la colombe se fait entendre dans notre terre ». Quel rapport entre la moisson et la colombe ? Apparemment, ce n'est qu'une description poétique de la nature. Et on va voir ce que les Hazal ont voulu dire par cela.
Regardez. Zamir, ça veut dire quoi ? Moissonner, couper. De quelle moisson parle-t-on ? La moisson des tyrans. Les méchants, les mauvais, les impies sont exterminés du monde, et ce monde-ci se débarrasse de la mauvaise odeur qui émanait des Réchaïm. Ce monde devient plus parfumé. Et c'est là que « le chant de la colombe est entendu dans notre terre ».
Cela veut dire qu'il y a deux phénomènes qui apparaissent en même temps.
D'abord, du point de vue historique: ces paragraphes que nous allons étudier ont été écrits pendant la Première Guerre mondiale. Imaginez l'ambiance: destruction totale du globe, pessimisme total dans toute l'humanité. Tout le monde est convaincu que c'est l'apocalypse. Il n'y aura plus d'issue à l'impasse dans laquelle on se trouve. On s'entretue les uns les autres. Des millions de personnes, des dizaines de millions, sont assassinées. Le sang est versé à tort et à travers. On ne sait pas comment cela a commencé, pourquoi cela a commencé, ni comment cela va se terminer. Tout est obscur, tout est ténèbres, tout est pessimisme total. Tous les hommes de pensée ne voient que du noir et ne chantent que des poésies lugubres de la fin des temps.
Et voilà que, dans un coin de l'univers, se trouve le Rav Kook qui, de manière hasardeuse ou non, à cette époque-là, était coincé en Angleterre. Il s'avère qu'il était le grand rabbin de Yafo, en Israël, et un fervent partisan du sionisme. On lui apprend que certains rabbins en Europe s'apprêtaient à tenir une grande réunion pour être des détracteurs du sionisme, pour plaider la cause de l'antisionisme aux oreilles des Goyim et les convaincre que c'est un grand péché.
Il sort donc d'Erets Israël, et la guerre mondiale éclate. Il ne peut pas retourner en Erets Israël, parce que lui avait une identité russe, et là-bas c'étaient les Turcs, qui n'étaient pas du même camp. Il ne peut donc plus retourner en Erets Israël. Il est coincé à Koutslaritz. Il passe une certaine période en Suisse. Là, pendant huit ou deux jours, lui et son fils étudient la Torah, toute la Torah.
Ensuite, les juifs qui se trouvaient à Londres, ayant entendu dire que le Rav Kook était de toute façon coincé à Koutslaritz, se disent: c'est une bonne occasion. On va l'inviter à être grand rabbin de notre communauté. Ils essaient de le persuader à maintes reprises. Il n'en a pas tellement envie, parce qu'il ne rêve que de retourner d'urgence en Erets Israël. Puis il se dit: si je suis déjà coincé là, pourquoi pas ? Il part là-bas. Et Dieu fait en sorte qu'il soit là-bas au moment le plus propice.
C'est ainsi que, par une intervention du Rav Kook, cela a des répercussions sur des personnalités du Parlement anglais. Et cela entraîne finalement la déclaration Balfour. Ça, c'est l'œuvre divine.
Retournons à ce paragraphe. Imaginez l'ambiance, faites marcher votre imagination: tout est catastrophe, tout est pessimisme, tout est obscurité. La mort, l'odeur de la mort partout. Les bombes qui frappent sans arrêt. Les gens qui sont dans les caves, dans ce qu'on appelait les abris, et tous les corps déchiquetés. C'était cela, l'ambiance. Aucune espérance, un désespoir total.
Et le Rav Kook se trouve là-bas, dans cet enfer, et il a une autre vision des choses. Vous allez voir ce qu'il affirme: Keshe-yesh milhama gedola ba-olam. Quand il y a une grande guerre dans le monde (et à l'époque, sachons-le, c'était la plus grande guerre qui ait jamais eu lieu jusqu'alors; ensuite il y a eu …
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