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La vérité, dualité de l'homme et récit de Rav Tabout

Le Maharal lit l'histoire de Sanhédrin 97a : l'homme, pris entre deux penchants, est incapable de vérité absolue.

47 min

Benjamin Gross

Ensuite : Le Maharal et la vérité : les quatre qui ne voient pas la face de Dieu, 40 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Nous étions dans l'analyse de la notion de vérité chez le Maharal de Prague. Nous avons vu que son exposé sur la vérité se place dans l'ordre de trois chapitres, conçus l'un par rapport à l'autre. Il ne faut donc pas tirer de conclusion, comme nous l'avons dit déjà, d'un premier chapitre ni d'un paragraphe. Il faut attendre la fin de l'exposé.

Pour voir la position du Maharal, le chapitre premier, tel que nous l'avons analysé la dernière fois, mais nous n'en avons vu que le début, nous disait que l'homme était incapable de vérité. Nous avions conclu que Dieu seul était vérité, et que, par conséquent, tous les autres êtres sont relatifs et ne trouvent qu'en Dieu leur justification. Et par conséquent...

Tous les êtres sont placés du côté du mensonge. C'est d'ailleurs ce que dit textuellement Tehillim, dans les Psaumes: « Kol ha adam kozeiv ». L'ensemble de l'homme est donc placé du côté du mensonge. Et d'une certaine manière, on peut dire que les êtres participent du non-être: quelque chose leur échappe et les prive de leur authenticité, de leur rapport à l'origine.

Alors, de cette proposition de base, le Maharal dégage les conséquences pour tout ce qui définit le caractère de la condition humaine. Celle-ci relève d'une dualité fondamentale qui fait que tout l'homme est placé du côté du contingent, et donc incapable d'atteindre l'absolu et la vérité. La nature humaine, et c'était la conclusion à laquelle nous étions arrivés la dernière fois, est irréductiblement mensongère: elle ne peut pas être d'une sincérité totale et intègre.

C'est le début du premier chapitre du Netiv HaEmet, consacré à l'élucidation de la notion de vérité. Ce point de vue, je crois, constitue à mon avis le début de ce chapitre.

Le Maharal l'argumente à partir d'un texte de Sanhédrin, dont nous avions déjà donné la dernière fois les éléments. Je rappelle rapidement quel est ce texte, et nous allons aujourd'hui, c'est l'objet de notre cours, l'expliciter, puisque le Maharal argumente son point de vue non pas d'un point de vue métaphysique, mais en s'appuyant sur un texte du Talmud, à son habitude. Et voici le texte.

Rava a dit: « Je pensais qu'il n'y avait pas de vérité en ce monde, jusqu'au jour où l'un des maîtres, Rav Tabout, ou selon certains, Rav Tabiomi, me confia que même pour toute la fortune du monde, il ne dévierait pas de la vérité. » Alors, le texte raconte que cet homme arrive un jour dans une ville nommée Kouchta, c'est-à-dire vérité. Tout le monde n'y disait que la vérité.

Et personne n'y mourait avant son temps. Alors il s'installe dans cette ville, il prend femme et il a deux enfants. Un jour, tandis que sa femme est occupée à sa toilette, on frappe à la porte: une voisine, qui désire la voir, frappe. Par pudeur, il répond qu'elle est absente. Aussitôt, ses deux enfants meurent. Les habitants de l'endroit

viennent trouver cet homme pour lui demander des explications: que s'est-il passé ? Alors il leur raconte ce qui s'était passé, et ils lui disent: « Quitte les lieux, afin de ne pas attirer sur nous la mort. » Voici le texte de Sanhédrin.

Il faut savoir que le Maharal, et nous l'avions longuement explicité dans notre introduction, pense que la Haggada du Talmud, c'est-à-dire toute cette partie narrative du Talmud qui ne concerne pas la halakha,

ne constitue pas, pour le Maharal, des fables. Le Maharal ne pense pas que les hachamim veulent nous raconter une histoire qui s'est réellement passée, mais il nous conte une vérité à travers cette histoire. Et par conséquent, le Maharal dégage de ce texte quel est le contenu

de vérité, quel est le contenu du message que les hachamim ont voulu nous transmettre à travers ce texte. Il faut toujours avoir cette idée présente à l'esprit. Nous l'avions déjà développée dans notre introduction, mais je la répète: pour le Maharal, la Haggada du Talmud, c'est la philosophie du judaïsme. Donc, ce texte a pour objet de nous fixer sur la nature et sur la valeur de la vérité. Je pense, pour ma part, que le Maharal dégage

dans cette explication deux niveaux. Alors nous allons voir, c'est son habitude, qu'il donne d'abord un premier niveau d'explication, puis ensuite un second. Il faut bien comprendre que le Maharal, d'habitude, et c'est la façon dont il expose, nous fait progresser dans la vérité des choses. Il ne nous donne pas d'emblée la signification, il nous fait lentement entrer dans la compréhension qu'il a du texte.

Voyons donc maintenant le premier niveau d'explication. Je donne le titre afin que vous voyiez tout de suite vers quoi nous nous dirigeons, à savoir que la dualité de l'homme, dont nous avons parlé au cours du premier chapitre, et c'était notre conclusion de cette première partie, est à la racine du mensonge. Un mensonge que le Maharal considère comme le mensonge vital. Voyons donc comment il faut comprendre le texte que nous avons lu il y a un instant.

Alors, évidemment, Rava partage l'idée que l'homme est un être relatif, comme nous l'avons dit, que la dualité foncière mène inévitablement l'homme au mensonge, et qu'aucun homme ne saurait échapper à cette fatalité, je dirais, de la dualité de sa personne, qui fait qu'il est presque obligé de mentir.

Mais alors, Rava considérait-il que cela est vrai pour tous les hommes, ou n'y en a-t-il pas qui échappent à cette fatalité ? Est-ce qu'on ne peut pas y échapper ? Il semble que Rava pense, à l'origine, effectivement, que certains êtres pourraient justement avoir cette possibilité d'arriver à une vocation ultime: Rav Tavout ou Rav Tavyomi.

Le Maharal s'arrête longuement sur ces noms. Pourquoi ? Parce que ces noms, pour lui, ont une signification. Et par conséquent, le fait que le texte de Sanhédrin insiste sur le nom, avec une discussion (il y en a qui disent Rav Tavout, il y en a qui disent Tavyomi), montre bien que le texte ne parle pas d'un événement qui s'est véritablement produit, mais qu'il s'agit

d'une conception, d'une idée. Quel est donc le premier nom ? Rav Tavout. Tavout vient évidemment du mot tov, qui signifie bien. On pourrait traduire en français: le rav du bien. C'est celui qui fait un effort vers le bien, et qui a atteint un certain degré. Tandis que Rav Tavyomi, littéralement le bien du jour, le bien de la lumière du jour, est un être exceptionnel

qui n'est plus dans l'effort, mais qui est doué d'une essence supérieure, et dont les efforts ont déjà abouti à un degré suprême de perfection. Donc, vous voyez: Rav Tavout, c'est celui qui va vers le bien; Rav Tavyomi, c'est celui qui est par essence un être exceptionnel, qui a ce degré suprême de perfection. Alors Rava se dit, de prime abord, a priori: « Je pensais

que l'homme ne peut pas atteindre la vérité. Mais quand j'ai réfléchi, quand ma pensée s'est engagée au niveau de Rav Tavout ou au niveau de Rav Tavyomi, je me suis dit que des maîtres, des maîtres du judaïsme, des maîtres …

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