Tetsavé : pourquoi le nom de Moché disparaît
Deux enseignements, celui de Moché et celui d'Aharon, et l'huile qui doit être renouvelée chaque jour.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La paracha de Chelah leha: la faute des explorateurs, 46 min
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Nous allons étudier aujourd'hui la paracha de Tetsavé, « Tu commanderas », qui est une paracha assez exceptionnelle dans le livre de Chemot, puisque c'est la seule section dans laquelle, comme chacun sait, le nom de Moshé n'apparaît pas. On pourrait se dire qu'il n'y a rien d'extraordinaire à cela, étant donné qu'il existe d'autres passages dans la Torah où Moshé est absent. Alors pourquoi tant d'étonnement autour de l'absence de Moshé ? En fait, cela va beaucoup plus loin, parce que la paracha de Tetsavé semble, paradoxalement, insister sur l'absence de Moshé. À chaque fois que le nom de Moshé devrait apparaître, le mot employé est Ve'ata, « quant à toi ». C'est un changement fondamental par rapport au style antérieur de la paracha, puisque dans la section précédente, celle de Terouma,
Moshé reçoit les commandements relatifs à la construction du Mishkan, du tabernacle, et revient de manière permanente l'expression bien connue: « Vaydaber Hachem el Moshé lémor », Dieu s'adressa à Moïse en ces termes. Si, au lieu de continuer par cette expression, la Torah préfère employer le terme de Ve'ata, cela est significatif: cela veut dire que c'est à dessein que le nom de Moshé est mis à l'écart dans cette paracha.
Il y a évidemment beaucoup d'interprétations, un peu midrashiques, un peu drouchiques, pourrait-on dire, autour de cette absence. Mais je pense qu'il faut entrer ici dans la profondeur du pchat, dans le sens simple des choses, et remarquer tout d'abord une autre absence, celle de la paracha précédente, dans Terouma: l'absence, pourrait-on dire presque étonnante, du nom d'Aharon, le frère de Moshé. En effet, le tabernacle,
et le lieu dans lequel ce sont les kohanim, donc Aharon et ses descendants, qui doivent œuvrer, qui doivent agir, on s'attendrait à la présence au moins du nom d'Aharon aux côtés de celui de Moshé dans la paracha de Terouma. Or il est absent. C'est comme si on voulait nous dire qu'il y a une partie du Mishkan, une partie du tabernacle, qui est l'expression, si vous voulez, de l'enseignement de Moshé, de la Torah de Moshé, et puis il y a une autre partie de cet ensemble de lois du Mishkan qui appartient particulièrement à Aharon et dont Moshé est absent. Pour fixer l'image, on pourrait dire qu'il y a un temple selon Moshé et un temple selon Aharon. Ce sont deux enseignements différents, deux manières de transmettre la Torah, qui évidemment se conjuguent finalement dans l'enseignement livré à tout Israël. Mais il y a quand même
un accent différent selon que la Torah est transmise par Moshé ou par Aharon. En effet, déjà au chapitre Yod-Bet, dans la paracha de Bo, quand Dieu s'adresse à Moshé et à Aharon pour leur dire de donner la première mitsva aux enfants d'Israël, qui est celle du mois, le premier des mois, là-bas, lorsqu'il est écrit « parler à toute l'assemblée d'Israël », Rachi fait une petite remarque, que d'ailleurs le Maharal relevait souvent: quand Dieu dit à Moshé et Aharon de parler, c'est parce que chacun interrogeait l'autre. Moshé demandait à Aharon: « Qu'as-tu entendu ? Enseigne-moi. » Et Aharon disait à Moshé: « Mais toi, qu'as-tu entendu ? Enseigne-le-moi. » Et c'est d'entre eux que la Torah sortait. Autrement dit, la Torah telle que nous la recevons est un assemblage de deux approches différentes, qui se traduisent également dans la manière dont le
Mishkan, le tabernacle, est conçu. Quand on voit dans la paracha de Terouma ce qui est dit de la manière dont le Beit Hamikdash doit être construit, on nous dit: « Kekhol acher anokhi mareh otakh », tout cela sera fait comme je te le montre. « Je te montre »: cela veut dire que Moshé est présenté aux autres comme modèle pour la construction du Mishkan. Je te montre, toi, Moshé, le plan du Mishkan, le plan de ses ustensiles, et ainsi vous ferez, pour ressembler à Moshé. C'est ainsi qu'un des grands commentateurs hassidiques, le Maor VaShemesh, Rav Kalonymus Kalman Epstein, interprétait ce passage: le temple, et le plan du temple, sont l'expression de la personnalité
de Moshé. Cette interprétation a été reprise par la suite par Rabbi Chaim de Volojin dans son Nefesh HaChaim, sur la base de plusieurs versets d'Ézéchiel et des Rois. Donc, si on veut bien comprendre qui était la personne de Moshé, pour pouvoir l'imiter, pour pouvoir lui ressembler, il faut pour cela regarder la paracha de Terouma. En revanche, si on veut ressembler à Aharon, il faut s'inspirer de la paracha de Tetsavé et mettre Moshé à l'écart. De quoi s'agit-il ? Quelles sont ces deux Torah ? Pour s'en faire une idée, il suffit de voir la réaction de Moshé et d'Aharon face aux pécheurs. Lorsque les enfants d'Israël demandent à Aharon, pendant l'absence de Moshé, qui se trouve sur le mont Sinaï, de faire le veau d'or, de leur fabriquer un vaador, Aharon, très gentiment, dit: « Puisque vous le demandez si gentiment, je le fais avec vous. »
C'est-à-dire que la pédagogie d'Aharon consiste à accompagner le pécheur dans son péché pour l'en ressortir ensuite. Il y a là une stratégie pédagogique qui est assez dangereuse, évidemment: on voit très bien où cela peut mener, cela peut mener très très loin. La stratégie d'Aharon consiste à sauver le pécheur. On pourrait dire que si nous n'avions que la Torah d'Aharon, toute la Torah, toute l'expérience religieuse, si l'on peut s'exprimer ainsi, consisterait à délivrer l'homme de son péché pour qu'il puisse rencontrer Dieu. Cela ressemblerait de manière assez surprenante à ce que nous connaissons du christianisme: toute une interprétation de la Bible qui consisterait à sauver l'homme de l'enfer de son péché. En effet, la théologie chrétienne admet
que tout homme, dès le point de départ, est coupable du péché originel, et donc la vie religieuse, la vie du culte de Dieu, consisterait à libérer l'homme du poids de son péché. Tandis que la Torah de Moshé, si on prend la Torah de Moshé, Moshé ne connaît pas la faute. Quand Moshé voit que l'on a fait le veau d'or, il y a intransigeance. Le péché n'est pas accepté. Pour Moshé, on suppose a priori que l'individu hébreu est pur, et donc rien n'a été préparé pour réparer sa faute, puisqu'il n'est pas censé fauter. Et finalement, la Torah nous est donnée par Moshé et Aharon. Qu'est-ce que cela veut dire ? Simplement qu'on suppose a priori que l'homme n'est pas pécheur. Ce n'est pas pour réparer le péché que l'on connaît le Créateur. Ce n'est pas pour réparer le péché que l'on fait des sacrifices.
Le sacrifice, comme son nom l'indique en hébreu, korban, est là pour rapprocher. D'ailleurs, on suppose qu'il y a, dès le départ, une distance entre la créature et le Créateur. Cette distance est, on pourrait dire, naturelle, elle est intrinsèque à la créature. Le fait que je sois une créature me met déjà à distance du Créateur, et cette distance, je veux la réduire, et c'est ce que je fais avec le korban qui me rapproche: le sacrifice est le moyen de se rapprocher. …
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