Le Maharal et la notion de vérité, selon Nétivot Olam
Le mot émet (aleph, mem, tav) : la vérité se conquiert jusqu'au tav, et le mensonge enferme comme un nœud.
Benjamin Gross
Ensuite : La vérité, dualité de l'homme et récit de Rav Tabout, 47 min
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On commence. Dans les leçons précédentes, nous avons vu d'abord un exposé de la situation historique du Maharal, de son environnement, du siècle dans lequel il a vécu, de la particularité de la ville de Prague et du rôle que le Maharal y a joué. Nous avons ensuite parlé de la méthode du Maharal, c'est-à-dire de la manière dont il se sert du midrash, et nous avons présenté pour cela deux exemples caractéristiques, en procédant de manière progressive. Le premier exemple nous a permis de voir dans quel sens le Maharal travaillait, et le deuxième nous a introduits non seulement dans le problème de la méthode, mais également dans le contenu de sa vision du monde.
Nous commençons donc aujourd'hui à entrer dans le texte même du Maharal. Et j'ai choisi, pour débuter l'exposé de la pensée du Maharal, un texte du livre Netivot Olam, c'est-à-dire Les sentiers du monde. Un texte que le Maharal n'avait pas d'abord prévu dans son programme initial, qu'il a rédigé par la suite, et que l'on appelle couramment un livre de morale. Ce serait l'un des livres de la morale juive, dans le sens de l'introduction aux devoirs du cœur, Hovot HaLevavot de Rabbeinu Bahya ibn Paqouda. Mais en fait, comme nous allons le voir, il ne s'agit pas tellement d'une morale pratique.
Dans ce livre, qui comporte 32 chapitres et qui traite de problèmes que posent effectivement des notions du judaïsme, le Maharal analyse un certain nombre de notions. Non pas des conduites pratiques, non pas des considérations éthiques immédiates, mais l'examen de notions, comme par exemple la richesse, la pauvreté, la justice, le droit, etc. Parmi ces notions, le Maharal examine, à mon avis d'une façon particulièrement caractéristique, la notion de vérité.
Nous allons donc, dans ce qui est, je dirais, encore un cours d'introduction à la pensée du Maharal, examiner comment il traite cette notion de vérité dans le Netiv HaEmet. Le Netiv HaEmet est donc un des problèmes que le Maharal soulève dans Netivot Olam, Les sentiers de l'Éternité. Et il examine comment le judaïsme envisage ce problème de la vérité. Qu'est-ce que la vérité ? L'homme est-il capable de vérité ? Comment arrivons-nous à la vérité ?
Alors, nous voyons que le Maharal consacre à ce texte, à cette notion, à ce problème, trois chapitres. Ces trois chapitres sont, à mon avis, rigoureusement construits, et ils nous conduisent de façon progressive, selon une méthode propre au Maharal, au débrouillement de sa pensée. Nous avons déjà vu que le Maharal ne développe pas ses notions de façon immédiate, mais par cercles concentriques. Il nous fait avancer progressivement dans l'examen de sa pensée. Il ne faut donc pas tirer une conclusion rapide et immédiate de ce que nous disons, puisque la conclusion, c'est celle-là qui sera véritablement l'image et le contenu de sa pensée.
Ce texte, donc ces trois chapitres, se présente comme une synthèse qui associe des analyses à la fois de caractère métaphysique et théologique. C'est donc vous dire que nous parlons d'un problème et d'un texte particulièrement caractéristique, et à mon avis tout à fait caractéristique de la pensée du Maharal en général.
Quand on parle de la notion de vérité, qu'est-ce qui est vrai ? Quand peut-on dire que quelque chose est vrai ? Il faut pour cela un critère. Quel est le critère au fond de la vérité ? Ce qui est intéressant, c'est qu'il faut voir que le Maharal ne se place pas dans une position intellectualiste, nous l'avons déjà vu, mais effectivement dans une position éthique. C'est-à-dire qu'il choisit de présenter ce problème non pas dans le sens d'une analyse scientifique de la vérité à la manière d'Aristote, selon laquelle la vérité est ce qui est conforme à la réalité, mais en le rattachant au problème de la sincérité. Il désigne ainsi la vertu qui régit notre rapport à la vérité. Il s'agit beaucoup moins, si vous voulez, de parvenir à une vérité objective que d'être vrai, c'est-à-dire d'être sincère.
La sincérité est une vertu absolue qui, d'après lui, constitue le fondement même de l'âme. Mais on peut se demander: l'homme peut-il être sincère ? Est-il possible que nous soyons entièrement sincères ? Le fait que nous ayons des difficultés à être sincères ne se heurte-t-il pas à notre limite ? Peut-on être sincère, étant donné que notre connaissance est une connaissance limitée, que notre conscience est une connaissance limitée ?
Alors, vous voyez que pour comprendre, d'après le Maharal, ce que c'est que la vérité, il faut toujours poser le problème à partir de son contraire. Rappelez-vous que pour connaître une chose, il ne suffit pas de connaître la chose. Il faut connaître aussi le contraire de la chose. Pour savoir ce que c'est que la vérité, il faut aussi savoir ce que c'est que le mensonge, c'est-à-dire son contraire. Dans cette réalité, toute chose, comprenez-moi bien, ne se comprend pas seulement par rapport à ce qu'elle est, mais aussi par rapport à ce qu'est son contraire.
Rappelez-vous ce que nous avons appris dans les chapitres précédents. Nous avons dit que Dieu seul est un, vous vous rappelez ? Et que toutes les autres choses que Dieu a créées sont au minimum deux. Il y a donc une dualité dans le monde. Le monde tel qu'il a été créé, nous l'avions dit à propos de la lettre beit, du commencement de la Torah: dans le monde, dans la psychologie de l'homme comme dans la structure du monde, tout est dualité.
Par exemple, le problème qui nous concerne: l'homme est à la fois corps et âme, esprit et nature. Il n'y a donc pas d'unité dans l'homme, et par conséquent l'esprit n'est pas totalement autonome. Quand je dis être sincère, être vrai, c'est une donnée de l'esprit. Mais l'esprit n'est pas libre. L'esprit est toujours lié au corps, et par conséquent il n'est pas totalement autonome. Le corps veut souvent des choses avec lesquelles l'esprit n'est pas d'accord. Il y a donc une déficience du savoir humain, et une difficulté, n'est-ce pas, à n'être qu'une seule chose, une unité.
Par exemple, je suis en train de vous parler. Je suis le professeur, j'enseigne. Mais je ne suis pas que professeur, je suis époux, je suis père, j'ai une fonction professionnelle. Quand est-ce que je suis totalement moi-même ? Lorsque je vous parle maintenant et que j'enseigne ? Ou lorsque je suis le papa avec mes enfants ? Ou lorsque je suis dans une assemblée où il s'agit de décider du rôle d'autres personnes ? Vous voyez, il est difficile de dire quand je suis vraiment moi-même. Peut-on être absolument sincère ?
C'est pourquoi le Maharal nous dit que, pour savoir ce que c'est que la vérité, il faut aussi savoir ce que c'est que le mensonge. Cela veut dire que la vérité n'est pas donnée. Le mensonge est premier. La vérité vient après. Pour expliquer cela, le Maharal commence par nous dire que si maintenant j'ouvre les yeux et que je dis combien il y a de personnes ici, je dis: il y en a cent. Il n'y en a pas cent. Pour que je parvienne à la vérité, il …
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