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Pirké Avot 1:14 : si je ne suis pas pour moi, qui le sera ?

Hillel enseigne la responsabilité personnelle dans l'acquisition de la Torah, et la distance entre l'effort fourni et le but visé.

25 min

Rav Yaakov Nahon

Ensuite : Pirkei Avot : la chavrouta, l'étude à deux, 37 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Notre Pirkei Avot: on arrive sur une Michna célèbre, la Michna Yod-Dalet. Il faut essayer de l'analyser. Elle commence par « Im éin ani li, mi li ? ». Vous voyez ça ? Tu veux bien la lire, Michel ? Lève la voix. C'est une phrase très courte, on va d'abord la traduire. Je lis.

Im éin ani li, mi li ? On parle toujours de Hillel. Il y a un certain nombre d'enseignements qui se suivent ici, les uns après les autres. Je traduis d'abord: si je ne suis pas pour moi, qui sera pour moi ? Si ce n'est pas moi qui m'occupe de moi, qui va s'occuper de moi ? On revient à la source. Deuxièmement: ouchéani le'atsmi, ma ani ? Et lorsque je suis pour moi, c'est-à-dire lorsque je m'occupe de moi, que suis-je ? Que suis-je ? Troisièmement: ve-im lo akhshav, eimatai ? Si ce n'est pas maintenant, quand ?

Reprenons les différents points. Premièrement: im éin ani li, mi li. On insiste énormément sur ce qui est dit ici. Nous nous trouvons dans le monde par excellence du mérite, qui est le monde de la Torah. Deux points sur lesquels il faut insister.

Premièrement, il y a beaucoup de choses dans ce monde qui peuvent être acquises par quelqu'un et transmises à un autre. La richesse, par exemple, on l'acquiert et on peut la donner en héritage à quelqu'un d'autre, sans qu'il fasse le moindre effort. Mais dans le monde de la Torah, ce n'est pas ça. Quelqu'un acquiert quelque chose, il ne peut pas le transmettre à l'autre.

Il est vrai que, d'une certaine manière, le mérite des pères peut passer aux enfants, par exemple par l'atmosphère dans laquelle l'enfant grandit. Il y a bien quelque chose qui passe. Mais, essentiellement, l'acquisition de la connaissance de la Torah, que l'on porte en soi-même, cette Torah qui rentre en nous et qui nous fait évoluer, qui nous fait changer, cela est uniquement entre nos mains. Si ce n'est pas moi, qui le fera ?

Rabbeinou Yona insiste sur quelque chose de vrai: quand on se trouve dans un milieu positif, ce milieu essaie de nous aider à grandir. D'abord la maison: les parents vont essayer d'agir sur nous pour nous éveiller à notre obligation. Rabbeinou Yona le dit très nettement, et je crois que c'est un message très clair: on ne peut pas comparer le réveil qui vient de l'extérieur à celui que l'on se donne à soi-même.

Le réveil que l'on s'impose à soi-même, une fois qu'on a réellement intégré sa responsabilité, c'est autre chose, c'est un autre niveau. C'est ce qu'on appelle le niveau adulte. Tant qu'on n'est pas arrivé à ce niveau, où la personne prend elle-même sa responsabilité et l'effort de se réveiller à ses possibilités, à ses obligations et à ses capacités, et qu'on attend simplement que l'extérieur agisse sur nous, on est encore des enfants. On ne devient réellement adulte que le jour où l'on prend sur soi la responsabilité de se réveiller.

Ça, c'est pour le réveil de soi-même. Par rapport à l'acte lui-même, cela va beaucoup plus loin. Rien ne peut faire à notre place l'effort du mérite. Il y a un moment où cela ne dépend que de nous. Il faut arriver à sentir et à être conscient que les choses sont entre nos mains, que seul nous pouvons le faire, et que si on ne le fait pas, c'est raté. C'est une occasion qui se présente, et elle va passer. Il faut insister beaucoup sur le fait que c'est le monde du mérite dans son sens le plus profond, dans son sens le plus définitif.

Ce sont les kinyanim, les acquisitions de l'ordre de la vie éternelle, et elles sont entre nos mains. Deuxièmement, il y a aussi la rencontre avec un monde dans lequel on dispose de certaines forces, mais ces forces sont dirigées vers un monde qui, en partie, nous dépasse, et qui relève finalement de l'infini.

Chazal présentent toutes sortes de paraboles pour nous faire comprendre la difficulté qu'il y a à donner une réponse totale et définitive à cette soif de plénitude spirituelle qui est en nous. La parabole qui est présentée est la suivante: c'est comme un paysan qui aurait épousé la fille d'un roi, une princesse. Il a beau lui donner tout ce qu'il peut lui donner de son monde, il n'arrivera jamais à combler ce qu'elle porte en elle comme espérance, dans la mesure où elle vient d'un autre monde.

Cette parabole est en relation avec le travail que nous sommes appelés à accomplir dans notre monde spirituel. On est appelé à apporter une réponse au niveau de notre âme, en utilisant les moyens que la Révélation nous a donnés, c'est-à-dire la Torah. Cette Torah est toujours pour nous un début. On ne peut pas la posséder totalement. Elle est donnée d'en haut, on essaie de la saisir, mais elle nous dépasse toujours. Ce qui fait que, même si l'on a fait tous nos efforts, et nous en parlerons un peu, on se retrouve quand même devant une situation où l'on est encore et encore au commencement. Ce n'est pas fini.

Rabbeinou Yona insiste aussi sur quelque chose d'essentiel dans notre façon de comprendre le problème. HaKadosh Baroukh Hou nous a mis dans le monde en nous disant qu'il faut faire quelque chose, mais il nous a mis dans un monde où il y a sans aucun doute énormément de difficultés. Ceux qui croient que notre chemin est facile ne sont pas conscients de l'immensité des difficultés qui se présentent dans la vie de l'homme, et qu'il doit finalement surmonter.

Le Yetser Hara, c'est-à-dire les tendances que l'on porte en soi, qui vont dans le sens contraire de ce que l'on veut faire. Chacun de nous porte en lui un potentiel de Yetser Hara important, qui est là, qui nous poursuit jour et nuit et qui nous empêche, en quelque sorte, de faire les choses facilement. Ce n'est pas facile. Ce n'est pas facile, et cela ne veut pas dire que, lorsqu'on a fait quelque chose, on n'a rien acquis. C'est un acquis, un véritable acquis, mais il y a une difficulté constante pour que les acquisitions que nous voulons faire soient profondément ancrées en nous-mêmes. Il y a un énorme effort à accomplir.

Il existe une parabole qui dit que, lorsqu'on veut acquérir des livres de Torah, cela ressemble à l'acquisition de verres en argent, en or, en métal. Mais on les perd facilement, comme si c'étaient des verres en verre, qui se brisent. Pour arriver à un niveau où les acquisitions que l'on a sont vraiment ancrées en nous-mêmes, il faut un travail énorme. Il y a une difficulté. Et en plus, il y a l'immensité de ce qui est proposé à l'homme: c'est finalement le monde spirituel, un monde dans lequel l'homme peut grandir sans fin. Ce qui fait que l'on peut dire: ouchéani le'atsmi, quand je suis moi-même en train de faire ce qu'il faut, qu'ai-je fait de ce que j'aurais dû faire, de ce que j'aurais pu faire, finalement ?

Cours de Machon Meir

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