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Le Maharal et la Haggadah du Talmud

Pourquoi le Maharal voit dans les récits homilétiques de la Guemara une philosophie du judaïsme.

8 min

Benjamin Gross

Ensuite : Le Maharal et la place de la Haggada dans le Talmud, 57 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Le Maharal n'a pas réalisé ce programme. De ce programme de six livres, il n'a réalisé que trois: Gevurot Hachem, les puissances de Dieu, Tiferet Israël, la gloire d'Israël, et Netzach Israël, l'éternité d'Israël.

Nous nous posons peut-être une fois la question: pourquoi seulement ces trois ? Mais c'est un fait, il n'a fait que ces trois. À la place de ces trois, il en a fait d'autres, qui sont surtout des ouvrages de morale, dont l'un est un commentaire des Pirkei Avot, du Traité des Pères, qui s'appelle Derekh Haïm, et il a écrit un livre, Netivot Olam.

On a dit que c'est un livre de morale, mais ce n'est pas vraiment un livre de morale, qui s'occupe pas explicité. Aujourd'hui, on dirait: les formules principales du judaïsme. Qu'est-ce que la justice ? Qu'est-ce que la richesse ? Qu'est-ce que le judaïsme pense de la charité ? Toutes ces notions sont examinées dans Netivot Olam. Et j'ai laissé pour la fin un ouvrage qui n'avait pas été annoncé du tout, et que le Maharal rédige. Je ne parle pas chronologiquement, mais il le rédige également, et il s'appelle Be'er HaGola.

Be'er HaGola signifie en hébreu: Be'er, le puits; HaGola, soit de la Gola, soit Golée, découverte, le puits que l'on découvre. On appelle ça le puits de l'exil. Il a été traduit également en français et commenté par mon maître, le Rav…

Et pourquoi ai-je retenu ce livre pour la fin ? Eh bien, pour vous dire que la rédaction de tous les ouvrages dont je viens de parler, qui sont tous des ouvrages ayant pour but d'analyser un événement particulier, groupé autour des faits, tous sont rédigés de la manière suivante. Aucun…

C'est un exposé systématique de la pensée. Tous sont rédigés à partir de ce qu'on appelle Agadot Hachas, c'est-à-dire des commentaires homilétiques, dirons-nous, de la Guemara. Vous savez que la Guemara, qui est donc une énorme compilation, se compose de deux parties essentielles, à peu près égales: l'une, c'est la halakha. Et l'autre, c'est la Haggadah.

La halakha, c'est l'explication de la Torah sur comment et quelles sont les mitsvot que l'on doit accomplir. La Torah ne définit pas toujours, et en général pas, les détails de l'application des mitsvot. La halakha, c'est l'effort des sages d'Israël d'avoir compilé ainsi un système qui essaye d'expliquer quel est le contenu détaillé de la mitsva à accomplir ? C'est ce que fait la Guemara. Mais ce n'est qu'une partie de la Guemara.

L'autre partie, c'est la Haggadah. On dit normalement Haggadah des commentaires homilétiques, c'est-à-dire des réflexions, quelquefois assez bizarres en ce qui concerne l'explication. Or, le Maharal pense qu'il est extrêmement important de comprendre ce qu'est la Haggadah. Car la tendance était d'accorder une confiance totale, une obéissance totale à la halakha. Dans la Guemara, les rabbins discutent, les hachamim discutent. Mais après la discussion, ils arrivent à une conclusion, et cette conclusion, c'est la halakha. Tout celui qui prend sur lui de respecter la loi juive obéit à la halakha.

Comme nous allons vers Hanouka, un exemple. Tout le monde accepte qu'il faut allumer les lumières de Hanouka en souvenir du miracle qui s'était produit lors de la lutte contre les Grecs et les Syriens. Il faut allumer huit bougies, c'est ce que les hachamim ont décidé. Dans la Guemara, on discute: s'il faut commencer le premier jour par huit et descendre jusqu'à une, ou au contraire s'il faut commencer le premier jour par une et monter jusqu'à huit. Vous savez que Shamaï, ce sont toujours les deux qui s'opposent,

Hillel et Shamaï. Shamaï disait qu'il faut commencer par huit et terminer par une. Mais la halakha est comme Hillel: il faut commencer par une et aller jusqu'à huit. Maalin bekodech, on monte dans la sainteté. Je ne connais pas un juif qui allume huit et commence par descendre. Tous les juifs qui allument la lumière de Hanouka allument une et vont jusqu'à huit. On respecte Hillel, et par conséquent, c'est la loi qui s'impose, parce que la halakha, finalement, décide, et tout juif respectueux de la Torah et des

mitsvot accepte la halakha.

Qu'en est-il des Haggadot ? Est-ce que les Haggadot, c'est-à-dire les récits qui ne sont pas formulés sous forme d'impératif, est-ce que, également, il faut y accorder émouna ? Ou bien sont-ce des récits ou des fables que les hachamim ont introduits, et auxquels on peut ne pas accorder toute la émouna ? D'habitude, on pensait que la Haggadah n'était pas obligatoire, même si beaucoup de prédécesseurs du Maharal acceptaient la chose. La halakha est obligatoire, c'est-à-dire que tout juif qui veut être conscient de la Torah doit l'accomplir. La Haggadah,

si cela te convient, tu l'acceptes; si cela ne te convient pas, tu ne l'acceptes pas. Pour le Maharal, il n'en est pas ainsi. La Haggadah venant des mêmes maîtres qui ont procédé à la halakha, il ne se peut pas que ce qu'ils ont dit soit des paroles vaines que l'on peut ou non accepter. Pour le Maharal, la Haggadah, c'est la philosophie du judaïsme, de même que la halakha est la pratique du judaïsme.

Ainsi, la Haggadah, c'est la philosophie du judaïsme. Et il écrit Be'er HaGola, un livre que je pourrais appeler « Défense et illustration de la Haggadah du Talmud », c'est-à-dire des maîtres, des Hazal, des sages du judaïsme, qui ont ainsi formulé une philosophie du judaïsme. Dans les cours qui vont suivre, nous allons essayer de voir pourquoi

et quelle était la position du Maharal en ce qui concerne la Haggadah ? Quelle révolution a-t-il introduite sur ce point ? Et naturellement, nous donnerons quelques exemples, et nous verrons ensuite comment, dans les textes et dans les sujets que le Maharal a développés, il a employé cette méthode-là. Ce sera notre programme pour notre prochain entretien.

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