Le Maharal de Prague : vie, éducation et premiers pas
Naissance à Worms, carrière à Nikolsbourg et Prague, et réforme de l'éducation juive qu'il appelait de ses vœux.
Benjamin Gross
Ensuite : Le Maharal et la Haggadah du Talmud, 8 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Introduction à la pensée du Maharal. Nous voulons étudier certains textes caractéristiques de sa pensée. Pour les comprendre et les aborder, il est nécessaire d'avoir quelques repères sur l'environnement historique et géographique dans lequel a vécu ce grand rabbin, au XVIᵉ siècle.
Disons d'abord que Maharal est formé des initiales de Morenou Hara Rabbi Liva: Morenou Hara, c'est-à-dire « notre maître le rabbin ». C'était un titre, l'équivalent de ce qu'on appelle aujourd'hui « grand rabbin ». Ce qui fait: Mem, Heh, Reish, Lamed. Maharal, Morenou Hara Rabbi Liva. Son nom était Yehouda ben Betsalel.
Ce rav est né en 1512 à Worms, en Allemagne. Par conséquent, il s'étend sur toute la période du XVIᵉ siècle; on peut dire qu'il remplit ce siècle, comme vous allez le voir. À cette époque, il y avait des persécutions dans la région rhénane d'Allemagne. L'Allemagne n'était pas composée d'un seul pays, mais de Länder, c'est-à-dire de régions. Les Juifs, au fur et à mesure que les persécutions frappaient l'une de ces régions, allaient vers une autre. C'est ce qui s'est passé à Worms: la famille du Maharal a émigré.
À ce moment-là, le roi de Pologne a lancé un appel aux Juifs d'Allemagne pour qu'ils viennent s'établir en Pologne, car la Pologne connaissait un déclin économique et avait besoin de forces pour se renforcer. Les Juifs sont donc venus d'Allemagne en Pologne. C'est pourquoi on appelle les Juifs polonais des Ashkenazim, puisqu'ils sont venus d'Ashkenaz, nom hébreu de l'Allemagne.
Des familles de rabbins venues de Worms s'étaient établies en Pologne, en particulier à Posen. C'est là que le Maharal a été éduqué, dans une famille de rabbins qui avait l'habitude de former des rabbins. Lui aussi s'est formé pour être rabbin. Assez jeune, il a acquis les connaissances nécessaires et a été nommé rabbin dans une ville qui s'appelle Nikolsbourg, en Bohême. À l'époque, tout cela formait une seule région; il n'y avait pas d'États établis. Aujourd'hui, Nikolsbourg se trouve en Tchéquie, c'est-à-dire dans l'ancienne Tchécoslovaquie. Nikolsbourg était à l'époque l'une des grandes communautés.
En 1553, donc assez jeune, il prend un poste à Nikolsbourg, où il restera jusqu'en 1573, soit vingt ans. C'était son premier poste. Là, le Maharal organise la communauté, on peut dire d'une façon absolument parfaite. Il l'organise du point de vue du culte, des offices, etc., mais aussi de la tsedaka, du Talmud Torah, de la yeshiva, de tout ce qui fait partie de la vie d'une communauté. Le Maharal s'en occupe.
Dès cette époque, pendant ces vingt années, il compose en même temps son commentaire de Rachi, dont je vous parlerai plus en détail tout à l'heure, et qui est sa première œuvre. Il le rédige à Nikolsbourg, alors que l'essentiel de son travail consiste dans l'organisation de la communauté.
Après vingt ans à Nikolsbourg, le Maharal décide de quitter la ville et va à Prague. Il y va non pas pour occuper une fonction rabbinique, mais pour fonder ce qu'on appelait à l'époque un klaus, c'est-à-dire ce qu'on appellerait aujourd'hui un kollel: une yeshiva pour adultes ou pour des jeunes gens déjà formés, peu nombreux, et où il dispense son enseignement à Prague.
Il faut savoir qu'à cette époque, Prague était une ville extrêmement importante pour la vie juive. J'aurai peut-être l'occasion d'en parler plus longuement, cette fois-ci ou la prochaine. Les Juifs vivaient surtout dans des villages, où l'on trouvait 200, 300, 400 personnes au maximum dans les petites communautés. Prague comptait 3 000 Juifs: c'était considéré comme une très grande communauté, comme on dit en hébreu, Ir veEm beYisraël, une communauté très importante.
Vous en jugerez très simplement: nous sommes au début du XVIᵉ siècle, peu après la découverte de l'imprimerie. Il existe dans le monde deux imprimeries juives: la première est à Venise, et la seconde se trouve à Prague. C'est vous dire l'importance qu'avait Prague à ce moment-là.
D'une façon générale, Prague est une communauté très ancienne. Dès le XIVᵉ siècle, en 1305, on trouve déjà des Juifs à Prague. Ils en étaient ensuite partis, puis sont revenus. Certains disent même que dès le Second Temple il y avait déjà des Juifs à Prague. En tout cas, il existait une très ancienne synagogue, qui existe encore aujourd'hui: l'Alt-Neuschul, parce qu'on parlait alors allemand à Prague également. C'est une ville riche, avec des châteaux, extrêmement saisissante si vous y êtes allés. La synagogue existe toujours; on y trouve une horloge avec des caractères hébraïques. Elle est extrêmement célèbre.
Le Maharal va donc à Prague. Il semble intéressé par cette ville, mais il ne s'occupe pas de la vie communautaire. Cette vie est très riche à l'époque: il existe de nombreux groupes, de nombreuses communautés, et aussi de nombreuses disputes, dont le Maharal ne se mêle absolument pas. Pendant ce temps, il enseigne et rédige sans doute lentement son œuvre dans ce kollel, qu'on appelle alors klaus.
Pendant une dizaine d'années, onze ans, il reste à ce klaus, lorsque le grand rabbin de Prague meurt. On lance alors un appel, et l'on demande qui veut devenir grand rabbin de Prague. Le Maharal se présente. Vous savez comment cela se passe lorsqu'on invite un nouveau rabbin: d'habitude, on l'invite à venir à la synagogue pour y faire un discours, et tous les candidats présentent leur discours; ensuite, la communauté nomme le grand rabbin.
Le Maharal est donc invité à faire un discours. En général, ce discours avait lieu soit le Chabbat HaGadol, c'est-à-dire le Chabbat qui précède la fête de Pessa'h, soit le Chabbat Chouva, le Chabbat qui se trouve entre Roch Hachana et Kippour, où les rabbins faisaient d'habitude des discours à la synagogue. Le Maharal fait un discours qui dure environ trois heures. Nous possédons ce discours. À la fin, certains disent: « à cause du discours », d'autres: « malgré le discours ». Ce qui est sûr, c'est que le Maharal n'est pas élu. C'est son demi-beau-frère qui est élu à sa place, et il lui est sans doute désagréable de rester à Prague. Il quitte donc Prague et va à Posen. Posen est la ville où il a été véritablement élevé, et où il avait été rabbin auparavant.
Seulement, le rav élu, son demi-beau-frère, ne tient pas le coup, si je puis dire. Il a des dissensions avec la communauté, il ne s'entend pas bien avec elle, et au bout de quatre, cinq ans, il est obligé de démissionner et de quitter Prague. Le Maharal présente alors à nouveau sa candidature pour être grand rabbin de Prague.
On l'invite de nouveau à faire un discours à la synagogue. Il le fait, environ trois heures, un véritable limoud, très organisé. À la fin, certains disent « à cause du discours », d'autres « malgré le discours », mais ce qui est sûr, c'est que sa candidature n'est pas retenue. Un autre rav est élu et, après de nombreuses années, finit évidemment par mourir.
Le Maharal, lui, ne reste pas à Posen. Il retourne à Nikolsbourg, non pas comme rabbin de Nikolsbourg, mais comme rabbin de toute la région, une région importante qui comptait de nombreuses communautés. …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
8 cours de Benjamin Gross, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Pensée juive, Maharal, Maharal de Prague, Talmud, Vérité et émouna.
- 1
Le Maharal de Prague : vie, éducation et premiers pasNaissance à Worms, carrière à Nikolsbourg et Prague, et réforme de l'éducation juive qu'il appelait de ses vœux. - 2
Le Maharal et la Haggadah du TalmudPourquoi le Maharal voit dans les récits homilétiques de la Guemara une philosophie du judaïsme. - 3
Le Maharal et la place de la Haggada dans le TalmudPourquoi le Maharal défend la Haggada, et pourquoi la matière n'est pas une illusion. - 4
Le Maharal et la notion de vérité, selon Nétivot OlamLe mot émet (aleph, mem, tav) : la vérité se conquiert jusqu'au tav, et le mensonge enferme comme un nœud. - 5
La vérité, dualité de l'homme et récit de Rav TaboutLe Maharal lit l'histoire de Sanhédrin 97a : l'homme, pris entre deux penchants, est incapable de vérité absolue. - 6
Le Maharal et la vérité : les quatre qui ne voient pas la face de DieuLe flatteur, le moqueur, le menteur et le médisant trahissent la vérité, donc la relation à Dieu.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav