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Le général avant le détail : la nature de chaque être

Maïmonide, préface des Huit Chapitres : chaque créature réalise le divin à sa façon, et la Torah suit la nature propre du peuple.

51 min

Rav Yehoshoua Zuckerman

Ensuite : L'amour du prochain comme fondement du mariage, 59 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Donc je vais résumer un peu ce que nous avions dit jusqu'à présent, à savoir le second point de cette préface de Rambam dans ses Huit Chapitres. Le Rambam nous indique que, quand on traite un sujet, nous devons toujours considérer la généralité avant le détail.

C'est-à-dire que si on essaie de comprendre le détail sans savoir à quelle entité cette particularité appartient, il est impossible de comprendre le particulier. C'est une chose qui va de soi. De même, quand nous parlerons d'êtres créés, il y a toujours deux aspects de la chose: son entité, sa totalité, celle générale, et ses actes.

Donc quand je dis qu'un homme mange, ou qu'un cheval mange, ou que la plante se nourrit, il semble que ce soient les mêmes actions, qu'il s'agisse exactement des mêmes réalités. En fin de compte, il n'y a rien de commun, si ce n'est le mot. C'est tout ce qui est commun.

Il est donc certain que, quand nous parlons de l'homme qui mange, on parlera automatiquement d'une autre façon de manger, d'autres lois de vie, d'autres valeurs à respecter, qui sont totalement inutiles chez l'animal ou chez la plante. C'est-à-dire que chaque être créé par Dieu a nécessairement une autre nature, dans son entité même. Et c'est ce qui fait que chaque être créé est légitime. Chaque être réalise le divin à sa façon différente. Il doit être capable de respecter l'autre dans ce qu'il est différent, d'une part, mais surtout dans ce qu'il a de ce fait divin qui lui donne vie.

Il y a donc une défense de détruire une plante, sauf s'il y a une certaine utilité. Mais sans utilité, c'est défendu: ça s'appelle bal tachit. De même, il est défendu de faire peiner un animal. Pourquoi ? C'est une créature divine. À plus forte raison un homme. En d'autres termes, le respect de l'autre est une conséquence automatique de la émouna en Dieu: le respecter, c'est respecter le divin qui est dans toutes choses.

Si vous voulez, on pourrait dire qu'il y a trois niveaux. Le premier niveau, c'est la émouna en Dieu, cette réalité qui nous donne vie. C'est la émouna. On nous en a parlé au début des cours, quand nous avons essayé de définir la émouna. L'émouna en français, ça n'a aucun sens.

Le second niveau, c'est que le divin, l'absolu, cette unité absolue que nous ne définissons pas, se réalise en une infinité de créatures différentes, et chaque créature est légitime dans ce qu'elle a de différent. C'est ce que nous appelons en hébreu la makhloket. Non, ce n'est pas le litige entre deux personnes, ce n'est pas dans ce sens-là: makhloket, c'est la différenciation. Au niveau humain, c'est la divergence d'opinions, la mahloket. Mais mahloket veut aussi dire partie, halouka, différence.

Donc chaque créature est nécessairement limitée. Aucune créature n'est infinie. Chaque créature est dans ses limites, et donc différente de l'autre, qui est dans ses limites, ses facultés, ses fonctions, dans ce que Dieu a voulu pour elle.

À ce niveau-là, nous sommes au second niveau. La makhloket, c'est-à-dire la différenciation, n'est pas seulement légitime: c'est le fait même de la créature. C'est ce qui fait qu'elle est. Chacun va donc réaliser le divin à sa façon, chacun aura sa loi de vie différente, sa Torah, chaque individu étant différent, étant spécifique.

Maintenant, chacun veut réaliser la vie au mieux. Plus il y a du divin qui se réalise, plus nous allons être en bonne santé, notre faculté va grandir, notre sainteté va être de plus en plus une réalité en nous. Chacun veut qu'il y ait plus de Havaya, de l'être, qui se réalise en lui. Donc chacun va dire à l'autre: toi, tu réalises une partie du divin, tu la réalises à ta façon, moi à la mienne. Chacun de nous n'est que partiel. Venons donc et complétons-nous les uns les autres.

Ça, c'est le troisième degré, ce qu'on appellera le achvim, compléter. Chaque partie va apporter son ajout. C'est ce qu'on appelle rebrul shalom. C'est le sens de la Torah: il y a le shalom. Chacun complète l'autre, car tous ont la même intention, celle de révéler le même commun, le même divin.

Donc, quand nous parlons de shalom, c'est après avoir la certitude que le divin donne vie à toutes choses et se trouve dans toutes choses, chacun à sa façon. Nous allons faire en sorte que chacun soit de plus en plus différent, que sa différence soit vraiment essentielle, et qu'il la respecte. Et nous la respectons. Et alors nous allons dire: complétons-nous, faisons le shalom.

Quand il y a shalom, c'est-à-dire que l'unité divine se réalise à nouveau, au mieux, mais dans ce qui est particularisé, à ce niveau-là on peut parler de bracha, de beaucoup de bénédictions. C'est-à-dire que la vie divine, le flux divin, se réalise de plus en plus. On ne peut pas expliquer le shalom d'une autre façon. Tout shalom dont les goyim parlent n'a aucun sens: c'est un arrêt de guerre, un arrêt de feu, etc. Ce n'est pas ça. Le shalom, c'est ce qui est nécessaire à chacun de nous, en voulant réaliser le divin et mieux vivre. C'est une nécessité. C'est un shalom valable, un shalom naturel.

Et donc, toujours dans ce shalom, dans cet ensemble formé, chacun, comme le petit doigt, remplit sa fonction, puis l'index, puis le pouce, et tout ensemble se complète. Donc, pour revenir à notre sujet: si tu parles de l'homme, tu dois extrêmement respecter ce qu'il a de commun et ce qu'il a de particulier. Et alors, tout ce qu'il va faire sera différent, d'une vie qui se réalise dans un animal ou dans un autre homme, peu importe.

Et si quelqu'un ne se respecte pas, ne respecte pas ce qu'il a de spécifique, alors il n'est pas divin. Respecter la volonté de Dieu, c'est respecter sa nature. Être soi-même, c'est être ce que Dieu a voulu de nous. Je me redis d'une façon différente, mais c'est clair.

Et donc, à ce niveau-là, quand nous parlerons des mitsvot: qu'est-ce qui prime ? Les mitsvot ou la vie ? Qui est avant quoi, qui est pour qui ? Qui est l'essentiel et qui est le moyen ? La vie ou les mitsvot ? Est-ce que nous vivons pour les mitsvot ? Notre vie n'a-t-elle de sens que par les mitsvot, ou bien le contraire ? Qu'est-ce que les mitsvot, qui sont pour la vie ?

— Ok, je comprends. Donc ton opinion, c'est que la vie est un moyen pour réaliser une mitsva, et que les mitsvot sont le but, le but de notre vie. Tu veux dire quelque chose ? Tu n'es pas d'accord ? Ok.

— La vie est le principal, notre but est de vivre. Et les mitsvot, quel est leur rôle dans cette conception ? Bon, il faudra encore essayer de voir les choses. Pour réaliser la vie, il faut passer par les mitsvot. Mais j'ai demandé... L'intention est justement de mettre l'un en face de l'autre. Qui est pour qui ? Est-ce que la vie est un moyen pour les mitsvot, …

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