Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Le refus de Hizkiyahou de dire le Hallel

Pourquoi le roi Hizkiyahou refuse de réciter le Hallel après la victoire sur Sanhérib, et trois lectures possibles de ce refus.

50 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Yom HaAtsmaout, une mitsva de la Torah selon le Rambam, 1 h 00

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

## Le passage de Sanhedrin

La Guemara, dans Sanhedrin, page 94a. C'est un passage que je vais vous dire oralement, donc je ne vais pas vous le lire, mais c'est un texte très important. C'est dans Sanhedrin, Tsadik Dalet Hamoudaf, 94a. Là-bas, la Guemara traite d'un verset du prophète Yeshayahou, ou Isaïe. De quoi s'agit-il ? Vous connaissez cette particularité de la langue hébraïque: il existe ce qu'on appelle des lettres finales, des lettres qui ne s'écrivent pas de la même manière à la fin d'un mot qu'au milieu.

Et il y a combien de lettres comme ça qui ont des finales ? Trois, six, cinq ? Cinq, hein ? Plusieurs opinions ont été formulées ici. Une opinion dit trois, une autre dit six, et deux opinions disent cinq. Dans ce cas-là, on suit celles qui disent cinq, je ne dirais pas la majorité, mais enfin ceux qui ont dit cinq. Il y a cinq lettres de ce genre: Man Sepach, Mem, Nun, Tsadik, Pé, Kaf. Non ? Il y a deux manières de dire. Soit Kim Napets: Kaf, Mem, Nun, Pé, Tsadik; soit Man Sepach: Mem, Nun, Tsadik, Pé, Kaf. Voilà. Il y a cinq lettres de ce genre.

Nous allons nous occuper d'une de ces cinq lettres, la lettre Mem. Quand elle est au début ou au milieu d'un mot, elle est ouverte. Quand elle est à la fin d'un mot, elle est fermée, elle a la forme d'un carré. C'est ça ?

Vous avez dans le livre d'Isaïe un verset qui parle du roi Ézéchias, en hébreu Hizkiyaou. Ce roi faisait partie de son petit royaume, le royaume de Juda, avec Jérusalem pour capitale. C'était un tout petit royaume, sous la domination de l'empire assyrien. Le royaume n'était donc pas véritablement indépendant, il faisait partie d'un empire, et cela se traduisait par un tribut fixe, permanent, que le roi Hizkiyaou devait envoyer à l'empereur assyrien. L'empereur de l'époque s'appelait en hébreu Sanhérib. Dans les Bibles en français, c'est Sennachérib. D'accord ?

Un beau jour, le roi Hizkiyaou se révolte, c'est-à-dire qu'il refuse d'envoyer le tribut. Le roi Sanhérib arrive avec une armée gigantesque, de plusieurs centaines de milliers de soldats. Après avoir conquis la majorité de la Judée et détruit plusieurs forteresses, il s'attaque à Jérusalem, dont il fait le siège.

Pendant la nuit, une épidémie décime son armée: 185 000 morts. Le roi Sanhérib quitte la Judée avec ce qui reste de son armée, et il se fait assassiner dans son palais, dans la ville de Ninive. Résultat: le royaume de Juda retrouve son indépendance. Le prophète Yeshayahou déclare:

« À celui qui a abondance de pouvoir, qui amène une paix éternelle, Al kisse David, sur le trône de David, v'al mamlakto, et sur son royaume, lé'hakhin ota, pour l'établir, ou lé'saadah, et la soutenir, bémichpat ou vitsedakah, par justice et charité, kinat Hachem Tsevaot assa zot. »

C'est le zèle de l'Éternel des armées qui fera tout cela. N'essayez pas de vous rappeler tout le verset. Ce que dit le verset en substance, c'est que le roi Hizkiyaou, qui est de la descendance de David, doit devenir un roi qui amènera la paix universelle. Un roi de la dynastie de David qui amène la paix universelle, ça s'appelle comment en hébreu ? Machiah. Voilà. Le prophète considère donc que Hizkiyaou sera ce roi tant désiré, le Machiah.

Et la grande guerre contre Sanhérib sera considérée comme la dernière des grandes guerres de l'histoire, celle de Gog et Magog, annoncée par le prophète Ézéchiel. Eh bien, cela se fera déjà du temps de Hizkiyaou. Pour dire tout cela, le prophète emploie l'expression l'émarbé à Misra pour désigner celui qui est abondant en pouvoir, c'est-à-dire le Machiah. Maintenant, le mot l'émarbé s'écrit lamed, mem, resh, bet, hé, n'est-ce pas ?

Il y a là une petite particularité. C'est le seul cas dans toute la Bible où un mem final se trouve au milieu du mot. Vous avez l'émarbé, et là-bas un mem final au milieu du mot. C'est comme si le mot était coupé en deux. Alors la Guemara explique que c'est comme si le prophète avait voulu dire un mot qui n'a pas pu finir: un mot important, qui commence par mem, et qui désigne un personnage important dans l'histoire. Machiah. C'est comme si le prophète avait voulu dire le Machiah, et que cela lui était resté dans la gorge. Il n'a pas pu dire ce mot-là.

La Guemara explique alors que Dieu a voulu faire de Hizkiyaou le Machiah et de Sanhérib Gog et Magog, mais que quelque chose a empêché que cela se réalise. Qu'est-ce que c'est ? Eh bien, la Guemara dit que la midat ha-din, la rigueur, s'est présentée devant l'Éternel et a dit: « Comment ! David, fils d'Ishaï, roi d'Israël, qui a dit tant de louanges devant Toi, Tu ne l'as pas fait Machiah. Hizkiyaou, à qui Tu as fait tant de miracles et qui n'a pas voulu réciter de cantique, Tu vas le faire Machiah ? » Et c'est pour cela que le mem s'est refermé.

Si on traduit cela de manière très simple: Hizkiyaou n'a pas voulu dire le Hallel pour l'indépendance. C'est son refus de dire le Hallel à Yom Haatsmaout qui l'a empêché de devenir le Machiah. C'est ce que dit la Guemara. Maintenant, il y a ici beaucoup de problèmes autour de ce texte. Je vous assure que c'est écrit, je n'invente pas. Le problème, c'est: qu'est-ce qui embête Hizkiyaou ? Pourquoi ne veut-il pas dire le Hallel alors qu'il a retrouvé son indépendance ?

Pour la Guemara, c'est une évidence: il aurait dû dire le Hallel, et il n'a pas voulu le dire. Pourquoi ? Là-bas, l'expression employée est shira, un cantique. Le mot shira est utilisé dans le traité de Megila, page 14a, pour désigner le Hallel. La Guemara demande: pourquoi ne dit-on pas le Hallel à Pourim ? Et la réponse est: « Oumam, mè'avdout lè'herout, amrou shira », puisqu'ils ont récité un cantique en passant de l'esclavage à la liberté.

On voit donc bien que la Guemara dit que le Hallel, c'est la shira, et la shira, c'est le Hallel. Quand on est passé de la mort à la vie, mimitah lé'haïm, à Pourim, puisqu'on redoutait l'extermination, à plus forte raison. La Guemara emploie donc de manière libre aussi bien le mot shira que le mot Hallel pour dire la même chose.

Mais il y a un texte qui pose problème. Dans le traité de Pessa'him, à la page 117a, la Guemara dit en toutes lettres que Hizkiyaou a dit le Hallel. Contrairement au texte de Sanhedrin que je suis en train de vous enseigner, dans lequel il n'a pas dit le Hallel, c'est écrit en toutes lettres dans Pessa'him qu'il l'a dit. Une des interprétations que j'ai entendues de la part du Rav David Ben Ezra est la suivante: le texte de Sanhedrin dit le mot shira, tandis que celui de Pessa'him dit Hallel. C'est bien le même texte, mais il l'a dit en tant que Hallel et pas en tant …

Cours de Machon Meir

Dans la même série

5 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Yom HaAtsmaout, Gueoula, Hallel, Histoire d'Israël, Halakha des fêtes.

  1. 1
    Les rabbanim et la création de l'État d'Israël
    Comment des grands rabbins, dont le Rav Sidifrej Halimi et le Rav Ovadia Yossef, ont vu la fondation de l'État et le Yom HaAtsmaout.
    59 min
  2. 2
    Le refus de Hizkiyahou de dire le Hallel
    Pourquoi le roi Hizkiyahou refuse de réciter le Hallel après la victoire sur Sanhérib, et trois lectures possibles de ce refus.
    En cours de lecture
  3. 3
    Yom HaAtsmaout, une mitsva de la Torah selon le Rambam
    Le Rambam range l'édification de l'État parmi les mitsvot, et le 5 Iyar devient un jour de sainteté.
    1 h 00
  4. 4
    Yom HaAtsmaout, le Hallel de l'indépendance
    Pourquoi réciter le Hallel pour l'indépendance d'Israël, et ce que la Guemara de Sanhédrin enseigne sur la joie de la Gueoula.
    50 min
  5. 5
    Yom HaAtsmaout, le Hallel et la question du Machiah
    Le Talmud (Sanhédrin 94a) et le Hallel : pourquoi la fête d'indépendance se dit comme une fête de salut.
    50 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav