La techouva, retour de Dieu vers son monde selon le Rav Kook
Le Rav Kook renverse l'idée commune : la techouva est un flux divin qui fait progresser toute la création.
Rav Yossef Benshoushan
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Lors de la première rencontre, nous avions commencé à développer la manière dont le Rav Kook perçoit la techouva. Je répète assez vite pour ceux qui n'étaient pas là. De manière générale, en dehors du Rav Kook, la techouva est perçue comme un processus a posteriori. Quand quelqu'un a chancelé, a trébuché, a glissé, c'est grave, c'est même désastreux. Mais ce n'est pas irréversible: on peut se relever, on peut réparer. Évidemment, on aurait préféré que tu ne tombes pas et que tu n'aies pas recours à la techouva. Donc la techouva ne vient qu'après coup, elle ne concerne que l'homme et seulement un aspect de sa vie, un aspect moral, un aspect religieux, etc.
Voilà qu'apparaît le Rav Kook sur le podium et nous propose une tout autre vision. La techouva n'est pas une démarche humaine: ce n'est pas l'homme qui revient vers Dieu, c'est Dieu qui revient vers son monde. Quand Dieu a créé son monde, celui-ci se trouve déconnecté du divin, et Dieu revient vers lui.
Prenons l'image d'un embryon dans le ventre de sa mère. Il grandit, il est tout chaud, tout heureux à l'intérieur, et un beau jour il est expulsé à l'extérieur. Tout le monde est bien content et applaudit. Le seul qui pleure, c'est le bébé. Soudain il se trouve dans le désarroi le plus total, déconnecté de la source de vie de sa mère. Qu'est-ce que fait la maman ? Elle se penche sur lui et commence à le bercer. C'est comme ça qu'elle infiltre en lui un souffle de vie, de nourriture, et c'est comme ça qu'elle va continuer à l'accompagner pour l'aider à progresser et à se développer.
## Le flux divin et le progrès du monde
Alors de même: dès que le monde a été créé, Dieu revient vers son monde. Ce retour du divin vers le monde, ce flux de divinité, est quelque chose de concret. Tout ce qu'il touche est entraîné vers le développement, le progrès, la croissance. Le Midrash donne une métaphore: derrière chaque plante, derrière chaque fleur, il y a un ange qui se tient et qui la frappe, en lui disant: grandis, grandis, grandis. Évidemment, ce n'est qu'une métaphore, ne cherchez pas des jambes derrière les fleurs. Cela veut dire qu'il y a un mouvement divin qui fait que tout progresse.
En d'autres termes, tout ce qui bouge dans ce monde, tout ce qui est dynamique, et tout est dynamique dans ce monde, n'est que la conséquence de ce flux divin. Ce flux divin, on l'appelle la techouva, le retour de Dieu vers son monde. Et tout ce qu'il touche, il le fait progresser.
Cela apparaît dans une infinité de phénomènes différents, et même contradictoires, bien qu'ils viennent tous de la même source. Comme l'exemple que nous avions donné: le soleil rayonne, il frappe le linge accroché sur les cordes et le blanchit, et il frappe le visage de celui qui lave ce linge et le noircit, le bronze. Le même soleil, deux effets contradictoires.
— Blanchir ?
— Blanchir.
— Alors on pourrait dire qu'il y a deux sources différentes, non ?
Une seule source, qui apparaît de manière différente selon les réceptacles. Oui.
Ce sont des gens coupables, la plupart du temps. S'il y a discorde, si tu veux parler de la discorde conjugale, la plupart du temps les deux sont coupables. Les deux sont fautifs, évidemment. Donc, revenons à notre sujet.
Ce flux de techouva frappe tout ce qui existe, et tout progresse dans ce monde en conséquence de ce flux. S'il frappe une fleur, elle grandit. S'il frappe la médecine, la médecine se développe. S'il frappe la technologie, la technologie se développe, etc. La société se développe, elle connaît des ordres de vie sociale meilleurs. Le monde des finances progresse. Tout est techouva. Toute progression est la conséquence de ce flux de techouva divin.
Dans cet univers infini, il y a aussi un petit boulon qui s'appelle l'homme. Lui aussi est frappé par le flux de techouva, et cela lui donne la pensée de vouloir progresser dans tous les domaines de sa vie. Jusqu'à présent, tu étais un fainéant et un ignare en maths. Et un beau jour tu dis: le temps est arrivé de me prendre en main, de faire des exercices, de mieux me préparer à mes examens. Et voilà, maintenant j'ai 100, alors qu'avant j'avais 50. Techouva.
Jusqu'à présent, tu étais faiblard, avec un gros bide. Et un beau jour tu dis: le temps est venu de me prendre en main et de me muscler, d'être en bonne santé. Techouva au niveau du corps.
Et si je veux m'améliorer, je pense tout d'un coup que le temps est arrivé d'améliorer mon niveau moral, mon niveau de religiosité. Tout est techouva.
## La techouva a priori
De tout cela ressortent plusieurs choses. Première chose: la techouva n'est pas a posteriori, elle est a priori. Elle est constante. On progresse, tout progresse, et l'homme est censé progresser. Mais il le fait différemment des autres créatures, qui sont obligées de progresser et n'ont pas de libre choix. Un chat progresse qu'il le veuille ou non, de même une plante. L'homme, lui, a la possibilité d'accepter d'être emporté par ce flux de techouva et de progresser, ou bien de nager à contre-courant. Mais ce n'est pas lui qui crée ses pensées. Ses pensées viennent du monde céleste.
En d'autres termes, ton cerveau n'est pas un générateur de pensées, c'est une antenne qui capte les pensées venues du monde céleste. C'est à toi de décider de les laisser entrer ou non, et de leur permettre de faire leur effet bénéfique sur ta personnalité.
Donc, premièrement, ce n'est pas a posteriori. Deuxièmement, ce n'est pas une démarche humaine, cela vient du divin. Troisièmement, cela ne concerne pas seulement le domaine de la morale et de la religiosité de cette personne, mais tous les domaines de sa vie, et toujours de plus en plus.
C'est-à-dire qu'il n'y a pas besoin de fauter pour faire techouva. Si l'on compare la techouva à un ascenseur qui t'élève, cet ascenseur a été créé pour gravir les étages, du rez-de-chaussée au 120e, au 220e, au 100 000e, au 100 millions. Si tu as déjà dégringolé dans la cave, tu peux aussi te servir de l'ascenseur pour te relever: c'est a posteriori. Mais en vérité, tu aurais pu prendre l'ascenseur au 10e étage, au 100e, au 200e, et tu le prends quand même pour monter de manière constante.
Si tu as glissé, tu peux aussi te servir de la techouva pour revenir à ton niveau initial. Mais si tu es déjà monté dans l'ascenseur, ne sois pas idiot: ne redescends pas au rez-de-chaussée. Continue à gravir les échelons jusqu'à la fin. Profite du fait que tu es tombé et que cette faute a créé en toi un malaise, un besoin de réparer. Mais ne t'arrête pas au rez-de-chaussée: continue à monter, à avoir envie de monter, toujours.
Malgré tout, tu préfères voyager en avion plutôt qu'en trottinette, malgré les risques que cela entraîne. Si tu tombes d'une trottinette, c'est une petite égratignure. Si tu tombes d'un avion, …
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Ce cours fait aussi partie de la série « Orot HaTechouva du Rav Kook (au Machon Meir) ».
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