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Ahavat Olam et la double présence de Dieu

Pourquoi la prière distingue deux bénédictions : Dieu dans le monde et Dieu dans l'homme, selon Rav Kook.

47 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Tzemach David, la pousse de David et la Gueoula, 53 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour à tous. Nous continuons notre étude approfondie du Siddour. Nous sommes arrivés à Ahavat Olam. Il existe déjà dans la Guémara deux versions du texte d'Ahavat Olam: certains disent Ahava Rabba, d'autres Ahavat Olam. Dans le texte du Nusah Ashkenaz, on dit Rabba, chez les Séfaradim on dit Olam. Quelle est la différence entre les deux ? Rabba veut dire abondant, n'est-ce pas ? Ahavat Olam, un amour abondant.

En hébreu biblique, Olam veut dire éternel. Donc, lequel est le plus grand, Rabba ou Olam ? D'après l'hébreu biblique, c'est Olam qui est le plus grand. En revanche, dans l'hébreu de l'époque de la Michna, c'est le contraire, parce que le mot Olam, dans la Michna, veut dire le monde. C'est donc un amour en faveur du monde, mais ce n'est pas un amour infini. Alors que Rabba signifie grand en araméen, et donc cela veut dire infini.

Donc on a les deux. Ahavta Hamalta Aleinou, tu nous as aimés d'un amour éternel ou d'un amour mondial. Hachem Elohénou, l'Éternel notre Dieu. Qu'est-ce que c'est que cette bénédiction ? Pourquoi faut-il une deuxième bénédiction dans la lecture du Chéma ? Pourquoi ne pas tout faire en une seule ? Parce que nous connaissons la présence du Créateur dans deux dimensions, celle du monde et celle de l'homme. Or l'homme et le monde, ce n'est pas la même chose. Il y a, disons, depuis que l'homme est apparu sur terre, une sorte de divorce.

Si l'arbre est vert, qu'est-ce que cela peut faire à la mer que l'arbre soit vert ?

Cela veut dire qu'il y a une indifférence des êtres les uns envers les autres dans le monde. C'est totalement différent du monde de l'homme, où l'homme cherche une signification à son être. D'accord ? Cela fait donc deux sortes de relations à l'infini. La relation de l'homme envers Dieu s'appelle Yud Ké Vav Ké. La relation de Dieu envers l'homme, Yud Ké Vav Ké. Tandis que la relation de Dieu envers le monde s'appelle Elohim. N'est-ce pas ? Ce n'est pas exactement la même chose.

L'homme est-il un être de nature ou un être moral ? Les deux. Bien sûr, c'est la raison pour laquelle, dans le deuxième chapitre de Béréchit, au moment où l'homme est créé, Dieu s'appelle Hachem Elohim, Yud Ké Vav Ké Elohim. Il y a donc deux dimensions. Et il est très difficile de vivre dans un monde qui est à deux dimensions. C'est très difficile de vivre ainsi. C'est pour cela qu'il y a des tentatives de faire l'unité. En fait, il y a quatre manières d'envisager la chose.

La première consiste à dire que, puisque je suis moi-même une personne, une entité morale, cela veut dire que le monde entier est comme cela aussi. C'est ce que disent les animistes: il y a un esprit de l'arbre, un esprit de la chaise, un esprit du soleil. En fait, le monde est bourré d'entités morales, des personnes, et l'homme est un cas parmi d'autres. Nous sommes, nous aussi, une personne.

Mais la table, bon, c'est également une personne. On trouve cela dans la pensée enfantine: quand un enfant tombe sur le sol, on dit « pan pan » au parquet, qui t'a fait du mal, n'est-ce pas ? C'est comme si c'était une personne, aussi. Cela se retrouve également dans les tribus d'Afrique noire où, dans l'animisme, on considère que tout est habité par un esprit, des esprits au pluriel.

De manière plus évoluée, cela se trouve dans la mythologie. La mythologie considère qu'il y a des dieux en toute chose, n'est-ce pas ? Donc, si je traduis en termes bibliques ce que je viens de dire, cela veut dire que tout est Hachem, tout est Yud Ké Vav Ké. Il y a une deuxième option, exactement le contraire de ce que je viens de dire: c'est l'option pseudo-scientifique qu'on appelle le positivisme. Dans le positivisme, on considère que tout est nature, y compris l'être humain. C'est-à-dire que lorsque j'affirme que je suis une personne, c'est une sorte d'illusion. En fait, je suis une machine, et cette machine a appris à dire « je ». Si je traduis cela en termes bibliques, tout est Elohim, y compris l'homme. Il n'y a pas Hachem, il n'y a que Elohim. Donc, entre les deux opinions que je vous ai présentées jusqu'ici, soit tout est Hachem, soit tout est Elohim.

Pour les positivistes, par exemple, tous les grands problèmes que se posent les philosophes, les moralistes, les religions, seront réglés par la science. Un jour. C'est une sorte d'émouna: un jour viendra où tout sera expliqué scientifiquement, déterministiquement, matériellement. Il existe une religion de la science. Cela existe: il y a des gens pour qui la science est une religion. Pas pour tout le monde. Le vrai scientifique ne veut pas faire de la science une religion.

Le scientifique se contente d'étudier les phénomènes. Mais le commun du peuple a une émouna religieuse en la science. D'accord ? La science, avec un grand S, expliquera tout un jour. C'est une question de temps. C'est une sorte d'émouna absurde, mais enfin, cela se trouve. Donc vous avez deux opinions: soit tout est Hachem, soit tout est Elohim. Oui ? Quoi encore ? Oui, ça c'est vrai. Le maximum, exactement. Maintenant,

les prophètes nous ont dit que Hachem ou Elohim. C'est-à-dire que, pour les prophètes, il y a deux dimensions de la révélation du divin: Hachem, qui s'adresse à l'homme en tant qu'être moral, et Elohim, qui s'adresse à la création en tant que nature, en tant qu'entité impersonnelle. Mais il y a un secret: Hachem est Elohim. C'est-à-dire que Hachem, c'est lui, l'Elohim.

Il existe une unité morale qui se cache derrière les phénomènes de la nature. Cela explique certaines réactions bizarres des juifs. Par exemple, vous avez un juif et un Grec assis sur un banc. Vous connaissez cette histoire: passe devant eux un tsadik qui glisse sur une peau de banane et se casse la jambe. Le juif se dit: mais enfin, c'est un tsadik, il ne mérite pas cela, pourquoi cela lui est-il arrivé ? Le Grec regarde le juif et lui dit: mais tu es fou !

C'est une loi de la nature. On peut désormais déterminer une loi: toute personne qui glisse sur une peau de banane selon un angle tel se casse la jambe. Une loi de la nature. Mais pour le juif, c'est un scandale. Un scandale métaphysique. Qu'est-ce que le juif attendrait ? Que la peau de banane ait des considérations morales ? Elle devrait savoir qui glisse sur elle: est-ce un tsadik ou pas un tsadik ? Comment ? Ce que tu dis là n'est pas évident, parce que l'homme a quand même son libre arbitre.

Non, mais il a décidé de marcher là où il y avait la peau. On peut donc, effectivement, tout ramener à Dieu. Mais en tout cas, même si l'on ramène tout à Dieu, cela voudrait dire qu'on suppose que Dieu agit selon la morale dans toutes les dimensions, y compris dans la nature. Il devrait donc s'arranger, le …

Cours de Machon Meir

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