Le roi qui règne dans sa solitude : la première bénédiction du Chema
Rav Oury Cherki explique le sens de « Malakh » et « Melekh », le roi qui était et celui qui règne, dans le Adon Olam.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Yerouchalayim, ta ville revient en miséricorde, 49 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Donc, bonjour. Nous en étions à la première bénédiction du Chéma, qui commence par « Ma rabou ma'assékha Hachem, koulam bé'hokhma assita, malé ha-arets kinianékha ». On avait déjà vu les premières phrases.
Combien sont grands ? Le mot rabou veut dire en hébreu « combien sont multiples ». Mais il y a ici une influence de l'araméen: le mot rabah en araméen veut dire « grand ». C'est-à-dire que c'est à la fois multiple et grand.
Ma rabou ma'assékha Hachem, koulam bé'hokhma assita. Combien donc sont grandes ou multiples tes œuvres, Éternel ? Tu les as toutes faites avec de la sagesse. Ça veut dire quoi ? Qu'il y a un ordre. C'est ça que signifie le terme de sagesse: il y a un ordre de la création. Cet ordre est étudié, entre autres, par les physiciens, qui voient l'ordre du monde matériel, le monde physique. Il y a un ordre, on pourrait dire un super-ordre métaphysique, mais c'est un ordre quand même.
L'idée d'ordre donne une limite. Mais ça n'implique pas forcément la dimension morale. La dimension morale apparaîtra dans la bénédiction qui vient après, celle de Ahavat Olam. Malé ha-arets tsédèkha ? Non: Malé ha-arets kinianékha, la terre est pleine de ta propriété, pourrait-on dire. Et là on va rentrer dans une double phrase extrêmement importante: Amelech hameromam levado meaz.
Le roi élevé dans sa solitude depuis toujours, et qui est magnifié, glorifié et élevé depuis les jours du monde. Vous avez compris ce que ça veut dire ? Ça n'a pas l'air très clair. Reprenons la phrase. La phrase se divise en deux. La première, c'est la première partie.
Virgule. Ameshoubach, vamefoar, vemitnassé mimot olam, point. Que ce soit divisé en deux, c'est clair, n'est-ce pas ? Bon. Alors maintenant, rentrons dans le détail. Amelech hameromam levado meaz: le roi qui est élevé dans sa solitude depuis… Ça veut donc dire qu'on parle de ce qui est antérieur à la création. Il est élevé, il est un roi élevé depuis toujours, avant qu'il y ait une création.
Vous connaissez le cantique Adon Olam ? Bon. Quand on dit Adon Olam, Hachem malakh, le maître du monde qui a régné, be'ter kol yetsir nivra, avant que toute créature ne soit formée. Ça veut donc dire que c'est comme si Dieu régnait, alors qu'il n'a pas sur qui régner. Hein ? Justement, c'est ça la question: de quoi est-il roi ? Il y a un dicton en hébreu qui dit Ein melekh bli am, il n'y a pas de roi sans peuple. D'accord ? Donc sur quoi régnait-il avant qu'il ait sur qui régner ?
On dit: un nouveau roi est appelé Araignée. Une araignée, c'est pas un beau nom pour un roi, quand même. Mais en tout cas, si vous regardez bien dans le texte d'Adon Olam, on dit qu'il était malakh. Il était régnant, il parlait au passé. Et à partir du moment où, par sa volonté, tout a été formé, az melekh chemo nikra: c'est alors qu'il devient melekh, son nom est appelé Roi. C'est la différence entre malakh et melekh.
Alors, donnons la solution du problème. Le mot malakh, ou bien melekh hameromam levado meaz, signifie « celui qui a l'intention de régner ». Vous avez compris ? Malakh signifie « celui qui a l'intention de régner ».
Qui a l'intention de régner, qui va régner un jour. Son désir de régner a entraîné le fait que finalement il règne. Donc c'est ce qu'on veut dire ici: Amelech hameromam levado, il était régnant dans sa solitude, meaz, depuis toujours. Mais depuis ce qu'on appelle yemot olam, les jours du monde, c'est-à-dire depuis que l'histoire s'est enclenchée, il règne maintenant. Je vais les faire taire, excusez-moi. Pour la Torah, on est prêt à tout faire. Bon. Donc, je reprends.
Il y a une sorte de règne, on pourrait dire, virtuel. C'est-à-dire que ça ne parle pas ici de l'infini qui est totalement inaccessible à notre pensée. Il s'agit ici de l'infini qui a pour projet de régner. C'est déjà un premier mouvement envers la direction de la création. Et puis après, c'est Dieu qui se manifeste dans les jours du monde, ce qui veut dire dans l'histoire.
Malakh, oui, ça veut dire malakh dans l'intention du règne. C'est le passé, par définition. Les malakhim, ce ne sont pas des malakh. Il y a une différence entre malakh et malakh. Ben oui, ce n'est pas le même mot. Ça n'a rien à voir l'un avec l'autre. Malakh veut dire un ange, et malakh veut dire « il a régné ». Ça s'écrit comme c'est écrit dans le Siddour.
Malakh, un ange, ça s'écrit mem, lamed, aleph, kaf. Tandis que malakh, « il a régné », ça s'écrit mem, lamed, kaf, sans l'aleph. Ça n'a rien à voir. D'accord ? Bon. Voilà, je pense être clair. Donc, un melekh, mais on pourrait dire plus que ça: un ange, c'est un roi à qui on a introduit un aleph. C'est un melekh qui est devenu malakh. C'est-à-dire que c'est l'origine qui s'introduit en lui. C'est tout. Ça n'a rien à voir.
Donc je reprends ici: Amelech hameromam levado meaz, le roi qui est élevé dans ses hauteurs depuis toujours, c'est-à-dire quand il a l'intention de la création. Et puis après, quand il y a l'histoire, il est ameshoubach, mefo'ar ou mitnasé, mimot olam.
Alors, les mots meshoubach, mefo'ar et mitnasé ne sont pas très clairs. Meshoubach, d'habitude, c'est ainsi qu'on le traduit: ça veut dire « loué ». Mefo'ar, ça veut dire « magnifié ». Mitnasé, ça veut dire « qui s'élève ». Quelle est la différence entre les trois ? C'est à peu près la même chose. Mais le fils du Gaon de Vilna, Rabbi Avraham Benagra, explique qu'il faut comprendre ça tout à fait différemment.
Le mot meshoubach s'adresse à la manière dont Dieu est glorifié par les tsadikim. Mefo'ar, comme il est glorifié par les benonim. Et mitnasé, comme il est glorifié par les réchaïm. La société humaine est faite de trois sortes de personnes: tsadikim, benonim et réchaïm. Et chacun a sa manière à lui de louer le Créateur, d'être la louange du Créateur. Le tsadik, ça s'appelle meshoubach. Le benoni, mefo'ar. Le racha, le méchant, mitnasé. En quoi ? Que veut dire très exactement le mot meshoubach ?
Une des significations possibles du mot meshoubach, c'est celui qui est arrêté. Par exemple, arrêter les vagues de la mer. Dans le livre des Tehilim, il est dit: Machbia cheon galim, il fait cesser le tumulte des vagues. N'est-ce pas ? Machbia, il fait cesser le cheon galim, le tumulte des vagues. Donc, dans l'expression de meshoubach, il y a cette idée de se retenir.
Les tsadikim se retiennent. Ils se retiennent de quoi ? Eh bien, ils se retiennent de donner les définitions positives du divin. Oui, mais ils maîtrisent quoi ? Ils se retiennent. Oui, mais qu'est-ce qu'ils voudraient faire et dont ils se retiennent ? Non ? De définir, définir, définir. Voilà. C'est-à-dire que le tsadik, lui, sait que la connaissance du Créateur passe par le silence. …
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