Rabbi Chimon bar Yo'haï et la Torah cachée
Les trois temps de la Torah : écrite, orale et secrète, et ce que la kabbale révèle à l'époque.
Rav Oury Cherki
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Il y a un jour particulier pendant le mois d'Iyar, c'est le jour de Lag BaOmer, la Hilula de Rabbi Shimon Bar Yochai. Nous allons donc parler un peu de Rabbi Shimon Bar Yochai et de ce en quoi il est un sage spécifique du peuple juif. Rabbi Shimon Bar Yochai, comme vous le savez, est, à part le fait qu'il est l'un des grands Tanaïm, le maître de la kabbale, la partie ésotérique, secrète de la Torah. Il faut donc comprendre en quoi consiste le fait qu'il y a une Torah cachée.
La Torah se divise, de notre point de vue, en trois canaux essentiels. Pourquoi trois ? Parce qu'il y a trois temps: le passé, le présent et l'avenir.
Le passé appartient au passé. Il y a donc une partie de la Torah qui est, d'un certain point de vue, du passé. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a rien à y rajouter. C'est ce qu'on appelle la Torah écrite, Torah shebiktav. Une fois qu'une chose est écrite, elle est écrite. Elle appartient donc, par définition, au passé. Cela ne veut pas dire qu'elle n'a pas de conséquences pour nous. Nous étudions la Torah écrite et nous en tirons de nombreux enseignements. Mais, du point de vue de la transmission, ce qu'il y avait à écrire est écrit. C'est ce qu'on appelle la Bible, le Tanakh.
Et puis il y a une Torah du présent, c'est ce qu'on appelle la loi orale, celle qui se parle. Elle est dans le présent, elle est vivante: Torah shebe'al pé. Paradoxalement, il existe des livres de la loi orale. Comment cela se fait-il ? Si c'est oral, ce n'est donc pas écrit. C'est comme le bac: il y a soit l'oral, soit l'écrit. Mais plus le temps avance, plus des choses qui étaient orales deviennent écrites, parce qu'elles appartiennent au nouveau passé. Si vous voulez, ce qu'on appelle la loi orale est quelque chose qui avance dans le temps.
Même la loi écrite, avant d'être écrite, était aussi orale. Exactement. De même, la loi écrite, avant d'être écrite, était orale, et puis elle est devenue écrite. On dit: Vaydaber Hachem el Moché lémor, Dieu s'adressa à Moshé en ces termes. Cela veut donc dire que, quand il lui a parlé, c'était la loi orale, et que, après, ce que Dieu a dit a été écrit, et c'est alors devenu la loi écrite. Cela peut prendre quarante ans, aussi. Et le Tanakh a pris quelque chose comme mille ans à s'écrire. C'est-à-dire que, par définition, l'oral devient écrit, et puis il continue.
Et puis il y a la loi de l'avenir, ce qu'on appelle Torah shel Machiah. C'est-à-dire ce qui se révélera un jour des profondeurs de la Torah et qui commence à apparaître à travers la doctrine secrète de la Torah, ce qu'on appelle la kabbale. D'accord ? Vous avez donc ici trois temps, et chacun de ces trois courants a un livre. Il y a le livre de la loi écrite, c'est le Tanakh. Il y a le livre de la loi orale, c'est la Michna. Il y a le livre de la loi secrète, c'est le Zohar. Le Zohar est incompréhensible parce qu'il appartient à l'avenir. Tout est clair maintenant ?
— Oui.
— Oui. Il y a des acquis: au début, une chose est dite, et une fois qu'elle est dite, elle devient un acquis du Klal Israël, donc elle est écrite. Et ça continue comme ça. C'est-à-dire que la Michna, qui fait partie de la loi orale, est devenue la partie écrite de la loi orale. C'est ça la réponse. Vous voulez dire quelque chose ?
— Oui. C'est-à-dire que de plus en plus elles se révèlent. Sur l'axe du temps, il y a une révélation permanente, qui fait qu'un jour nous comprendrons dans la Torah des profondeurs que nous n'y voyons pas aujourd'hui, ou que seulement quelques élus comprennent, et qui deviendra ensuite l'héritage du Klal Israël.
— Bien sûr. Il y a parfois des notions qui, auparavant, n'étaient compréhensibles que pour quelques élus, et qui sont ensuite devenues des choses banales. D'accord ? Les exemples ne sont pas importants pour l'instant.
On va bientôt y arriver. Je ne vais pas rentrer dans un exemple, parce que je veux donner une vision d'ensemble des choses. C'est quoi exactement, cette partie secrète ? Vous savez que les kabbalistes, ceux qui transmettent la kabbale, sont appelés en hébreu Mekoubalim. Ah bon ? C'est très bizarre, le terme ne convient pas. On devrait dire Mekabalim, n'est-ce pas ? Ceux qui reçoivent, puisque kabbale veut dire réception: les sages de la réception devraient être appelés Mekabalim. Et pourtant on les appelle Mekoubalim, qui est un passif, qui veut dire ceux qui sont acceptés, ceux qui sont reçus. C'est très bizarre. Quand a-t-on besoin d'être reçu ? Quand on fait une demande. Quelle est la demande ? La prière, n'est-ce pas ? Mekoubal est donc, par définition, celui dont la prière est exaucée.
C'est-à-dire qu'il y a un rapport entre l'expérience de la prière et le contenu de la kabbale. Vous vous rappelez quand on a étudié les cours sur la prière: de quel don la prière découle-t-elle ? De la prophétie, n'est-ce pas ? Ce sont les prophètes qui ont institué la prière, et c'est en apprenant chez les prophètes que nous prions également. Si vous voulez, la kabbale, à l'origine, c'est la prophétie elle-même. Il y a un temps dans l'histoire où il y a le prophète. Et les paroles des prophètes, ceux qui ne sont pas Moshé, sont appelées dans la Guemara du nom de divrei kabbale, des paroles reçues. Effectivement, parce que c'est le prophète qui est le Mekoubal, dont la prière est acceptée.
Il y a un cas à ce sujet dans la Michna, dans le traité Berakhot, à propos de Rabbi Hanina ben Dosa. Rabbi Hanina ben Dosa faisait la prière, et ces prières étaient exaucées. Non seulement cela, mais il pouvait dire, à la manière dont il avait fait la prière, si elle serait reçue ou non. Il savait qu'après avoir prié pour tel malade, si sa prière était reçue. Il l'annonçait: celui-là vivra, celui-là ne vivra pas. Et la Michna raconte que les sages lui ont demandé: est-ce que tu es prophète ? Là, tu vas très loin. Moi, j'en suis pour l'instant à la question. Les sages lui ont demandé: est-ce que tu es prophète ?
Cette question vous prouve que, pour les hachamim, il y a une relation extrêmement proche entre la prophétie et la prière. Parce que sa prière est reçue, il connaît le secret de la prière, c'est donc peut-être un prophète. Et il répond: non, mais je suis un kabbaliste. Il dit: Mekoubal ani meRabotaï, j'ai reçu de mes maîtres la manière de prier, c'est comme cela que je sais comment ça marche. C'est-à-dire: Mekoubal ani, je suis receveur, ce qui veut dire aussi: je suis kabbaliste. C'est-à-dire qu'il y a une transmission des dons qui se trouvaient auparavant chez les prophètes et qui sont transmis, même à l'époque post-prophétique.
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